Plaidoyer pour l’intolérance

Communistes staliniens, partisans du chaos, adolescents frustrés, hippies drogués, casseurs sans foi ni loi, anarchistes pyromanes, islamo-gauchistes, féministes mal baisées, crypto-queers, insurrectionalistes illettrés, artistes paresseux, chômeurs dépressifs, crottés en tout genre, révolutionnaires de salon et révoltés de tous les horizons: unissons-nous!

Fini les coïts interrompus, la castration autoritaire de la franchise et les langues de bois remplissant nos cerveaux de brunâtres sciures réactionnaires. Il y en a assez de faire le beau et de donner la patte en branlant gentiment la queue. Dans ce monde de fou, notre pire ennemi, c’est la tolérance. Notre société est extrême – d’un vide extrême. Sa logique est celle de l’accumulation infinie de valeur abstraite. Celle-ci agit tel un trou noir qui, sur un air de Lady Gaga ou de Miley Cyrus, nous aspire vers un avenir sans lendemain. Le réalisme du réformisme et du conservatisme n’est désormais plus qu’une sombre anti-utopie d’irresponsables. La corruption gangrène les institutions, la planète surchauffe, l’économie est devenue tout aussi divine qu’incontrôlable, et la pauvreté tout aussi répandue que violente. Prôner la modération dans de telles circonstances relève de la naïveté, de la complicité ou de la pure stupidité. Les jeunes des ghettos de Rio n’ont rien à faire de la consommation « équitable » et « biologique » en vogue dans les pays du nord; les mères monoparentales d’Hochelaga et de Gaspé n’ont rien à faire du « centrisme » objectif des petits bourgeois d’Outremont ou d’ailleurs; les corps déchirés de la Palestine n’ont rien à faire de la « retenue » d’Israël; et les p’tits vieux assis dans les couches jaunies de leur hospice ne connaissent pas Laure Waridel. Il est impossible de violer avec modération, d’exploiter avec modération et de mourir avec modération. Autant demander à une femme d’être à moitié enceinte ou de se faire « un peu » avorter. La machine qui nous enserre carbure au calcul. Elle est une abstraction portée par une logique irrationnelle dévorant tout ce qui existe pour le transformer en profit. Ce qui n’est pas quantitativement commensurable est considéré à ses yeux sans valeur. C’est à ce processus automate, avant tout, qu’il faut s’en prendre; mais ce dernier engendre nécessairement ses défenseurs assermentés, ses valets fanatiques et ses cervelets de service. Les sphincters du Capital à la Duhaime, les chieuses bourgeoises prétentieuses à la Bombardier, les indécrottables andouilles en majuscules à la Martineau, les grands dindons nerveux à lunettes à la Bock-Côté, les petits curés de campagne à la Bouchard, les arrivistes corrompus et sans talent à la Couillard, les chefs syndicalistes égossés à la sauce FTQ et CSN, les marionnettes de l’apartheid sioniste à la Ravary, les larbins fanatisés à la RLQ, les gros porcs arrogants et protégés du SPVM, les mini-fachos à calottes de Radio X, les égoïstes héritiers sans mérite à la Péladeau, les gros tatas à la Labeaume et les cadavres-technocrates à la Legault ne méritent aucunement notre respect. C’est l’inverse qui est vrai. On ne négocie pas avec une machine, on ne parle pas avec une machine, pas plus qu’on ne lui fait l’amour: on la détruit avant qu’elle ne nous détruise. S’il n’est pas question d’affronter physiquement cette flicaille de l’esprit – du moins… à court terme -, il faudra bien qu’un jour on cesse de les traiter avec un respect qu’ils ne méritent aucunement. Chaque jour, devant des dizaines de milliers d’auditeurs ou de lecteurs, cette élite satisfaite matraque, ment et manipule. Elle défend ses intérêts et ceux de ses patrons. Elle prône la destruction, l’exploitation, la haine de l’étranger, la haine du pauvre et l’abrutissement généralisé. Il faudrait qu’on respecte ces gens qui nous crachent aussi lâchement à la gueule du haut de leur tribune salariée? Il faudrait qu’on reste polis et élégants devant l’incroyable lâcheté de ces pestilents esprits au service des riches et des puissants ? On serait tenu de les traiter avec courtoisie alors qu’ils nous considèrent comme des « terroristes » et des « crottés » chaque fois qu’ils en ont l’occasion? Bref : on devrait ouvrir la bouche et tirer la langue pour y accueillir leurs déjections d’abrutis? Ce n’est pas en respectant l’irrespect et en tolérant l’intolérable qu’on va « relever le débat ». Ces gens-là sont responsables. Ils n’ont peut-être pas de matraques à la main, ils pavent cependant d’or les chemins qui les mènent à nous fracasser le crâne – le chemin de l’exploitation, de la haine, de la guerre et de la pauvreté. Combien de femmes voilées se sont fait cracher dessus suite au tsunami de propos stigmatisant de nos codindes nationalistes et réactionnaires? Combien de policiers ont bandé en lisant les chroniques de Journal de Montréal pendant la grève étudiante? Combien de jeunes sont sous-payés à cause de la chasse aux syndicats ? Combien de chômeurs doivent fréquenter les soupes populaires d’où ils peuvent lire les chroniques de l’IEDM? Combien de déportations vers la torture ont permis les délires paranoïaques et sécuritaires sagement entretenus depuis le 11 septembre? Combien de transgenres abattus par les propos imbéciles des radios-jambons de Québec? Et combien de malades crèvent encore dans les couloirs de nos hôpitaux suite à la vague de coupures sanctionnées par les médias de masse? Un débat digne de ce nom se construit dans le respect de l’autre, dans un esprit d’ouverture, d’égalité et de dialogue. C’est essentiel. Absolument essentiel. Le problème, précisément, c’est qu’il n’existe pas de débats – pas plus d’ailleurs qu’il n’existe de démocratie. Par-delà les fables libérales, ce qui est réel, c’est le spectacle du débat et de la démocratie, un spectacle fort ennuyant où la totalité des idées doit se soumettre aux règles de la théologie du marché et de la prétentieuse « Fin de l’histoire ». Ce spectacle est la négation du débat. Il se construit avec des idées-mortes portées par des langues-mortes et des cerveaux-morts. Certains concepts sont interdits – exploitation, répression, oppression, classe, patriarcat, révolution, révolte, décroissance – alors que d’autres agissent telles des formules magiques – liberté, respect, démocratie, tolérance, progrès, économie, intimidation, violence, islamisme, terrorisme. Précisément parce qu’il impose le respect de règles considérées comme justes et éternelles, aucun système de contrôle n’est plus efficace que celui-ci. La démocratie bourgeoise est la version la plus évoluée de la domination des grands sur les petits. Elle impose à la victime de respecter son bourreau sous prétexte qu’ils sont formellement « égaux ». Détestons-les à s’en arracher les tripes! Même maladroitement, même en frappant parfois au mauvais endroit. Mille erreurs valent mieux que le silence complice : on peut apprendre de nos erreurs, on n’apprend rien de l’inaction. Notre haine des maîtres doit être à la hauteur de notre amour de l’humanité qu’ils méprisent. Être respectables à leurs yeux, c’est accepter d’être dénoyauté, désarmé et inoffensif. Que l’irrespect – le mépris! – le dédain! – le dégoût! – de ces semeurs de misère et de haine se propagent à travers tous les esprits : voilà ce qui est un objectif « respectable » et « modéré »! Une violente et universelle volée de mornifles : voilà ce qu’ils méritent!

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