.jpg.webp)
Pigeon et Pops
Père Emmett Jonhs nous a quittés, mais pas tout à fait.
De lui, on dit qu’il avait un cœur grand comme la mer, qu’il était drôle, dépourvu de jugement, qu’il ne levait jamais le ton, même avec les plus baveux. Sur la page Facebook de Dans la rue, les messages de sympathie s’ajoutent à la dizaine. On y raconte des anecdotes, la fois où il a déménagé un tel, celle où il a acheté une robe de graduation pour une autre, ou celle encore où il a convaincu un jeune de sortir de la rue autour d’un lunch au feu (!) le Commensal. Nombreux sont ceux qui ajoutent qu’il a changé leurs vies. Père Emmett Johns, a. k.a. Pops, est décédé le 13 janvier.
Pops magique
Si Fred avait pu ajouter sa voix aux autres, il l’aurait fait, c’est sûr. Pigeon, c’est comme ça que ses amis l’appelaient, a fréquenté Pops pendant une décennie au tournant des années 2000. « Mon fils avait des problèmes de délinquance, de consommation, disons qu’on avait un contact difficile lui et moi. Son père l’a abandonné. Fred avait décidé que tant qu’à se faire jeter, il allait tout faire pour ne pas se faire aimer. » raconte Sylvie, une des premières a avoir réagi à la mort du fondateur de la célèbre roulotte.
Fugues, centre d’accueil, rue. À 15 ans Pigeon rencontre finalement Pops. « Cet homme-là était magique. Je ne sais pas comment il faisait pour avoir cet effet sur les jeunes. Il avait une écoute à toute épreuve, il faisait preuve d’une humanité qu’on ne voit pas souvent. » Avec Fred particulièrement, il développe une relation de confiance « Au fil du temps, il est devenu son confident, ils se voyaient régulièrement. Dans la rue, c’était son refuge, ‘Si tu me cherches, je vais être chez Pops‘ qu’il me disait quand je m’inquiétais de ne plus le revoir. »
Pigeon avait trouvé son nid
« Quand ce n’était pas le winnebago, il allait au Bunker [un hébergement pour les jeunes ouvert la nuit] ou au centre de jour. Si tu regardes des photos ou des reportages de l’époque sur Emmett Johns, c’est certain que tu vas le voir à quelque part. Il adorait se montrer! » Amour des projecteurs? Peut-être un peu, mais surtout un profond attachement pour le lieu et son principal artisan. « Le lien était si fort qu’un jour, il m’a dit : “Maman, c’est lui mon père”. » Pops disait souvent à ceux qu’il rencontrait de ne pas lâcher et en contrepartie, ne les lâchait jamais non plus.
« Cet homme-là était magique. Je ne sais pas comment il faisait pour avoir cet effet sur les jeunes. Il avait une écoute à toute épreuve, il faisait preuve d’une humanité qu’on ne voit pas souvent. »
Mais l’amour d’une mère et d’un père, biologique ou pas, ne suffit pas toujours. Dix ans à combattre ses démons, c’est long. Ça use. Le 7 février 2007, Pigeon meurt d’une surdose. « Le jour de ses funérailles, il y avait une énorme tempête de neige. J’entre à l’Église pour le service et tout d’un coup, un autobus nolisé se stationne. Un à un, j’ai vu des jeunes de la rue débarquer. Tous des amis de Pigeon. Certains que j’avais déjà croisés, d’autres non. Je n’en revenais pas! Pops s’était organisé pour que sa gang soit là. C’était le plus beau cadeau qu’on pouvait lui faire. Jusqu’à la fin, il a été présent. »
Après le fils, c’est la mère qui a eu besoin de Pops « Sans lui, je n’aurais pas pu passer à travers mon deuil. Il m’a aidé à trouver un sens à tout ça, m’a fait bénir le cercueil. Pour moi, c’est celui qui aura fait le pont entre le Bon Dieu et mon fils. » On y croit ou pas. En tout cas Pops y croyait au Bon Dieu. Mais peut-être que quelque part en ce moment, Pigeon et Pops partagent de nouveau un café et un hot dog.
Identifiez-vous! (c’est gratuit)
Soyez le premier à commenter!
