Peuple contre pétrole : des images fortes qui pointent du doigt les pétrolières

Greenpeace flirte avec l'art de rue, en plein centre-ville de Montréal.

Vous savez, les tours de métal qui trônent au centre du boulevard Robert-Bourassa, coin De la Gauchetière? Ce matin, à 6h, des activistes de Greenpeace étaient déjà en train de les transformer en grands présentoirs.

Présentoir. C’est le mot qu’a utilisé Isabelle L’Hériter, chargée de mobilisation chez Greenpeace Canada, quand je lui ai parlé hier pour en savoir plus sur l’installation que le bureau montréalais de l’organisme préparait. Je vous rapporte ici des extraits de notre discussion, question que vous compreniez ce qui se passe. Et, surtout, ce qui va se passer.

Pointer les responsables

« On a créé cette installation en collaboration avec Roadsworth, un artiste de rue montréalais, m’explique d’abord Isabelle L’Héritier. On ne bloque pas le passage à qui que ce soit, notre objectif c’est que les automobilistes puissent rouler et voir notre message, un message qui n’est pas habituellement présenté dans l’espace public. »

Et disons que le propos est assez clair! Les banderoles imaginées par Roadsworth évoquent les impacts majeurs des changements climatiques, tels qu’inondations, feux de forêt, tornades, sècheresses et vagues de chaleur, tous « gracieuseté d’Exxon, Shell, Chevron, Suncor, BP et Total ». Bref, c’est l’industrie pétrolière qui est pointée du doigt. Un secteur d’activité qui, tout de même, fait vivre beaucoup de Canadiens…

Les changements climatiques dans l’oeil de Roadsworth.

« On sait très bien qu’il y a beaucoup d’emplois liés à l’industrie pétrolière, au pays, m’assure la chargée de mobilisation. On ne veut pas que ces gens-là perdent leur job du jour au lendemain! On veut une transition énergétique pour les épauler et soutenir les communautés concernées par la fin de l’ère des énergies fossiles. Mais là, qu’est-ce qui est fait, en la matière? Est-ce qu’on passe à l’action? On veut faire grandir le mouvement des personnes qui passent à l’action. »

«On ne veut pas que ces gens-là perdent leur job du jour au lendemain! On veut une transition énergétique pour les épauler et soutenir les communautés concernées par la fin de l’ère des énergies fossiles.»

 Ce coup d’éclat s’inscrit donc dans les nombreuses mesures prises dans le cadre de la campagne « People vs Oil », orchestrée par Greenpeace International. Ailleurs dans le monde, des plateformes pétrolières ont été bloquées par des activistes. Qu’elles soient de petite ou grande échelle, l’objectif avoué de toutes les mesures employées est d’affecter les activités des compagnies, au quotidien. « Plus de 1,5 million de personnes ont déjà joint la page Facebook de l’initiative, m’explique Isabelle L’Héritier. À travers ce réseau, on amène les gens à faire des actions de plus en plus engageantes vers des solutions, mais aussi vers de la désobéissance civile. On n’a pas le choix de passer à ces manières-là, parce qu’on ne se fait pas écouter avec les autres outils… »

Roadsworth en préparation dans son atelier.

Afficher sauvagement

Évidemment, les banderoles du boulevard Robert-Bourassa ne sont pas la seule action à prévoir à Montréal. Dans le cadre de la campagne, le bureau montréalais de Greenpeace va aussi lancer une campagne d’affichage sauvage dans les rues de la métropole. Là encore, l’idée sera d’exposer la part de responsabilités des compagnies pétrolières dans les changements climatiques.

Selon Isabelle L’Héritier : « L’objectif, c’est de montrer que les gens se réveillent partout, qu’on est rendu à un stade où on n’en peut plus de se faire dire des mensonges et qu’on reprend le contrôle sur les messages diffusés en pointant les responsables. Afficher ces images-là, c’est donner une voix aux gens frustrés par ce qu’ils vivent, par leur impuissance. Chez Greenpeace, on pense que l’action peut permettre une émancipation, en matière d’éco-anxiété. Pointer les responsables de notre angoisse, c’est une manière de s’exprimer collectivement. »

«Les compagnies pétrolières qu’on vise dépensent chaque année des millions de dollars en pub et en lobbying pour défendre leur bilan climatique et nous, on n’accepte plus ces publicités mensongères.» 

On n’a pas pu me dire quand elle se déploierait, mais chose certaine, cette campagne d’affichage sauvage se fera simultanément dans 25 villes, réparties dans neuf pays. Ici, en plus de Montréal, Toronto et Vancouver seront de la partie. Ailleurs dans le monde, des activistes iront notamment apposer leurs messages dans les abribus publicitaires. Pourquoi là, précisément? « Parce que les compagnies pétrolières qu’on vise dépensent chaque année des millions de dollars en pub et en lobbying pour défendre leur bilan climatique et que nous, on n’accepte plus ces publicités mensongères, me répond la jeune femme. » Voilà qui est clair.

Un virage vers l’art

Vous l’aurez remarqué, ça fait beaucoup d’initiatives artistiques pour un organisme qu’on a surtout associé à des coups périlleux, à travers son histoire. Vous ne rêvez pas… Isabelle L’Héritier me confirme que Greenpeace Canada souhaite de plus en plus utiliser l’art dans l’activisme, puisqu’il a une manière « unique et puissante » de toucher les gens.

Alors voilà, maintenant vous savez à quoi vous attendre. Reste la surprise du quand et du comment.

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