La petite histoire du sac de plastique

C'est pas parce qu'il est difficile à bannir qu'il a toujours fait partie de notre vie.

Les sacs de plastique à usage unique sont bannis à Montréal depuis le 1er janvier. Les commerçants ont en fait jusqu’au 5 juin 2018 pour écouler leurs stocks, mais après, ils risqueront des amendes s’ils continuent à vous offrir un sac pour transporter vos emplettes.

Ça fait longtemps qu’on sait que les sacs de plastique mettent des milliers d’années à se décomposer, qu’ils polluent nos océans, qu’ils s’envolent et s’accrochent partout… et qu’ils sont faciles à remplacer par des sacs réutilisables. Pourquoi, alors, se retrouve-t-on presque tous de temps en temps avec un sac de plastique dans les mains?

Une habitude qui date… juste des années 80

Ça doit être une question d’habitude. Dans le temps de nos ancêtres, personne ne s’inquiétait de ça, les sacs de plastique,  non?

Eh bien, c’est faux. À moins d’avoir une définition très lousse du mot « ancêtres ».

Le polyéthylène, la substance utilisée pour faire les sacs de plastique, a été employé pour la première fois dans les années 1930, et a tout d’abord servi à faire du câble téléphonique. C’est ensuite devenu une composante essentielle pour un type de radar utilisé au cours de la Deuxième Guerre mondiale.

Les chercheurs ont continué à développer le produit, et de plus en plus de compagnies se demandaient comment elles pourraient bien faire pour le commercialiser auprès du grand public, étant donné que monsieur madame Tout-le-monde achète rarement des radars. En 1960, la compagnie suédoise Celloplast a breveté un modèle de tube de polyéthylène servant à emballer des objets (« tubing for packaging purposes »), et l’équipe a même eu la bonne idée d’y percer un trou pour faire des poignées. Le sac de plastique était né.

D’autres compagnies ont emboîté le pas, et les sacs de plastique pour emballer des produits d’épicerie ont été introduits en Amérique en 1979. Les grandes chaînes comme Kroger et Safeway les ont adoptés vers 1982. On peut donc dire que le sac de plastique, c’est un millennial.

Dans les années qui ont suivi, le sac de plastique a connu un boost incroyable, principalement parce qu’il coûtait beaucoup moins cher à produire que son compétiteur américain, le sac de papier. C’est ainsi qu’en 1995, le sac de plastique emballait 80 % des épiceries.

Populaire, le plastique?

L’aspect économique des sacs de plastique a séduit les épiciers sans problème. Pour les clients, c’était autre chose.

Dès leur introduction, ces sacs ont semé la controverse, et pas pour les mêmes raisons qu’aujourd’hui. Certains clients faisaient des crises à la caisse si leur choix n’était pas disponible : les banlieusards préféraient les sacs de papier, qui tenaient bien droit dans le coffre de leur voiture, alors que les urbains appréciaient les sacs de plastique, qui se transportaient mieux en marchant vers la maison grâce à leurs petites poignées.

C’est ainsi que la fameuse question « paper or plastic? », posée par les caissiers et caissières d’épicerie, est devenue emblématique, au point d’inspirer plusieurs expressions de goût variable.

Bannir, c’est pas un peu extrême?

Après avoir eu de la misère à imposer le plastique, on a maintenant de la misère à s’en débarrasser… comme quoi, le défi, c’est toujours de changer les habitudes. Mais bannir ces sacs, est-ce que ce n’est pas un peu drastique comme mesure ? On peut tout simplement les recycler?

Effectivement on peut, mais ç’a l’air qu’on le fait pas. Au Québec, entre 1,4 et 2,7 milliards (!) de sacs sont distribués chaque année, et seulement 14 % d’entre eux sont récupérés.

D’ailleurs, Montréal n’est pas la première ville au monde à adopter ce genre de politique. Dès 2002, le Bangladesh est devenu le premier pays à bannir les sacs de plastique, puisque ceux-ci contribuaient à boucher les systèmes de drainage lors de dévastatrices inondations. Plusieurs pays en voie de développement font pareil, parce que lorsque la collecte d’ordures n’est pas réglée au quart de tour, le problème des sacs de plastique devient rapidement visible au quotidien, pas seulement enterré quelque part.

Plus près de notre réalité, la Californie est devenue à l’automne 2014 le premier État à bannir les sacs de plastique, et au Québec, les municipalités d’Huntingdon, Sainte-Martine et Saint-Anselme le font déjà.

À Montréal, donc, on peut commencer à se faire à l’idée qu’on ne pourra bientôt plus choker à la caisse et demander un sac de plastique. Les petits sacs pour emballer les fruits et légumes seront toutefois tolérés, et les restaurants ne seront pas assujettis aux nouvelles règles.

Et on devra trouver des solutions de rechange pour toutes ces merveilleuses deuxièmes vies que l’on donnait à nos sacs d’épicerie, comme l’emballage de déchets garrochés dans une ruelle le matin de la collecte.

Ou pire.

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