Petit guide de savoir-vivre avec les personnes en situation d’itinérance

Respect, attention, compassion.

Au moment d’écrire ces lignes, la température ressentie à Montréal est -26 oC. Même avec un manteau à 300 dollars, on gèle dehors. La plupart d’entre nous passent un gros 15 minutes dehors maximum avant de retrouver la chaleur de nos maisons, de nos autos ou de nos bureaux, mais c’est pas la même game pour les personnes en situation d’itinérance. Et vous l’aurez peut-être remarqué, à ce temps-ci de l’année, le métro est plein de gens qui cherchent à se protéger du froid.

Qu’est-ce qu’on fait lorsqu’on les croise? On se met des écouteurs sur les oreilles et on regarde par terre plutôt que dans leur gobelet de Tim Hortons? Est-ce qu’il vaut mieux faire comme un humoriste français et se filmer en leur parlant? Les deux options ne sont pas très winner, selon nous.

On a donc discuté avec Pierre Gaudreau, le directeur du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) pour savoir quoi faire lorsqu’on croise une personne en situation d’itinérance par grand froid.

«La première chose à faire, c’est d’avoir une approche de compassion et d’attention.»

Si ça peut sembler évident pour certains, d’autres ont besoin d’un petit rappel: les personnes en situation d’itinérance méritent le même respect qu’on porterait à quelqu’un d’autre. «Les gens qui sont dans la rue 365 jours par année ne sont pas nécessairement isolés, ils ont leurs propres réseaux, mais ils n’ont pas assez d’échanges en général», explique Pierre Gaudreau.

«Il ne faut pas s’en faire si la personne ne nous répond pas, on peut toujours revenir une autre journée. Il y a des gens qui ne veulent pas ou qui ne peuvent pas répondre.»

Donc, l’une des bonnes choses à faire lorsqu’on voit quelqu’un dans la rue, ou dans le métro, c’est d’établir un premier contact. Soit en souriant, en demandant comment ça va ou en demandant si la personne a besoin d’aide. « Il ne faut pas s’en faire si la personne ne nous répond pas, on peut toujours revenir une autre journée. Il y a des gens qui ne veulent pas ou qui ne peuvent pas répondre. »

Pierre ajoute que, même si la personne ne répond pas, lui offrir un contact fait une différence. Interagir avec les itinérants peut les aider à avoir confiance pour répondre quelques jours plus tard ou pour répondre lorsque quelqu’un d’autre les abordera.

«Offrir un peu d’argent, c’est toujours bien aidant.»

En plus d’établir un contact avec la personne, c’est toujours un plus si on peut se permettre de leur offrir un peu d’argent. Certains s’en servent pour acheter de l’alcool ou d’autres substances, oui, mais d’autres en ont besoin pour se payer une chambre ou de la nourriture. Ce n’est pas à nous de juger ce que la personne fait avec l’argent qu’on lui offre.

Pour ceux qui préfèrent « contrôler » l’aide qu’ils offrent, certaines personnes en situation d’itinérance vont accepter de la nourriture ou des boissons chaudes. Sinon, Pierre Gaudreau suggère d’offrir de l’argent aux mêmes personnes. « Il y a beaucoup de gens qui sont dans la rue à Montréal, on ne peut bien entendu pas donner à tout le monde. Ce que beaucoup de personnes font, c’est de donner régulièrement à la même personne. Avec le temps, on finit par savoir ce que la personne fait avec son argent et on peut avoir un impact plus grand dans sa vie. »

Il suggère aussi d’acheter le magazine l’Itinéraire pour contribuer à la réinsertion sociale de personnes qui ont déjà été dans la rue.

«C’est dangereux d’être dans la rue 365 jours par année.»

Vivre dans la rue, c’est dangereux lors des grands froids, mais il faut se souvenir que c’est aussi dangereux le reste de l’année. « C’est normal de vouloir offrir une attention supplémentaire lorsqu’il fait froid, mais être dans la rue, c’est aussi dur sur le corps le reste de l’année », mentionne Pierre Gaudreau.

«S’il y a des gens dehors, il faut s’assurer qu’ils vont bien. Chaque année, il y a des cas d’hypothermie, alors il faut leur parler, leur demander s’ils ont besoin d’aide. Ensuite, s’ils ne vont pas bien, il faut les aider.»

Reste que c’est notre devoir de citoyen de ne pas passer à côté de gens qui auraient besoin d’aide. Quoi faire si on voit une personne qui dort dehors en hiver? Leur parler, puis appeler le 911 ou la police pour qu’ils interviennent au besoin. « S’il y a des gens dehors, il faut s’assurer qu’ils vont bien. Chaque année, il y a des cas d’hypothermie, alors il faut leur parler, leur demander s’ils ont besoin d’aide. Ensuite, s’ils ne vont pas bien, il faut les aider. »

Pour ceux qui seraient inquiets, Pierre Gaudreau nous assure que ce genre de sauvetage fait partie du travail des policiers et qu’ils font parfois affaire avec des intervenants ou des associations communautaires lors de leurs interventions.

Ce qu’il faut retenir de tout ça? Essayer d’établir des liens, donner lorsque possible et appeler les secours si quelqu’un est en danger. C’est assez simple et ça peut faire toute la différence.

Pierre Gaudreau pilote le travail global du RAPSIM, dont le déploiement de la Politique nationale de lutte à l’itinérance, de même que l’action sur la Stratégie canadienne de lutte à l’itinérance (SCLI).

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