Petit cours de féminisme lesbien 101 pour Mme Judith Lussier la lesbienne pas frustrée

Hier, nous avons publié un texte de notre blogueuse Judith Lussier, qui s’est avéré être fort controversé. Aujourd’hui, par souci de présenter les côtés de la médaille, nous donnons le droit de réplique à Valérie Lapointe, qui est une des participantes à l’article «Souper de filles» de notre spécial Lesbiennes.  Voici sa lettre en réponse à l’article d’hier.

Techniquement, je devrais actuellement rédiger mon mémoire de maîtrise qui traite des enjeux identitaires et des rapports de pouvoir qui traversent les sexualités, mais puisque l’on reproche souvent aux universitaires de «pelleter des nuages» et de «rester dans leur tour d’ivoire», j’ai décidé de matérialiser mes connaissances politiques pour en faire un «petit cours 101 de féminisme lesbien pour Mme Judith Lussier la lesbienne pas frustrée».

D’une part, j’aimerais souligner mon appréciation, Judith, pour ta dissociation du magazine Urbania. Notamment parce que j’en ai fait partie ce mois-ci et que tes propos vont à l’encontre de l’article dans lequel j’apparais. Pour cela: merci.

Il existe, il est vrai, quelques frustrations à être lesbienne. Existe-t-il une lesbienne frustrée? Ça, j’en doute! Pourquoi émettre une nuance de la sorte? Et bien, être lesbienne implique une politisation de sa sexualité. Ce n’est pas un choix. C’est une imposition. Avoir une orientation sexuelle marginale vient avec un (re)questionnement des normes qui entourent la sexualité. Tout dans notre être est politique, puisque tout dans notre façon de vivre bouleverse l’establishment de la famille traditionnelle. Ainsi, être lesbienne implique de vivre tôt ou tard des frustrations: un sifflement dans la rue, un commentaire intempestif dans le métro, une taquinerie à la limite de l’acceptable au bureau.  Alors, la lesbienne que tu es, nie-t-elle toute forme de frustration, voire d’exaspération?

D’autre part Judith, il m’apparaît nécessaire de revoir tes typologies. D’abord, qu’est-ce que le lesbianisme? Une idéologie? Un courant de pensée? Apprends-moi, car je t’avoue n’avoir jamais entendu parler du lesbianisme et des lesbianistes. Enfin, peut-être que quelque chose m’échappe en politique … Non! Vraiment, le lesbianisme ça n’existe pas! Par contre, le féminisme existe et les féministes aussi, et il est tout à fait possible d’être féministe lesbienne (hé oui sans le ET entre les deux). Loin de ta définition simpliste, être féministe lesbienne ne renvoie pas à : «s’insurger contre le rouge à lèvres». Cela renvoie plutôt à une réflexion sur les discours dominants qui influencent les sexualités, à un questionnement des rapports de pouvoir qui persistent dans notre société et qui renforcent des inégalités (genrées, racisées, sexuées), à une volonté de transformation du politique ainsi qu’à un désir de visibilisation de différents enjeux. Être féministe lesbienne Judith, ça pourrait très bien être toi!

Alors, avant d’utiliser un argumentaire démagogique qui vise non pas à débattre intelligemment des enjeux qui touchent mon univers et ton univers (puisque toutes deux lesbiennes), mais plutôt à faire violence à certaines, s’il-te-plaît, fais-toi plaisir et… prends une tisane !

Cordialement,
Valérie Lapointe
Lesbienne féministe

Du même auteur