Peter Macleod ne s’est pas battu pour moi

Ce texte est extrait du #33 spécial Hiver québécois | présentement en kiosque

Ma plus belle histoire d’hiver, c’est une histoire de points de suture et de Peter Macleod, avec des accents de tragédie œdipienne.

Une histoire que je souhaite ici purger, parce qu’après un verre de Little Penguin de trop à Noël dans ma famille, il s’en trouve toujours un de nous (moi) pour la raconter avec trop de longueurs au chum d’une cousine qui n’avait pourtant rien demandé d’autre qu’un St-Raphaël moitié-moitié. C’est mon Conte pour Tous, mais avec du sang.

Je suis née à Lac-Drolet, un petit village des Cantons de l’Est d’un peu plus de 1000 habitants. Enfant, l’hiver était consacré à jouer dehors, à la campagne, contrairement à maintenant, où il est consacré à boire un mojito à 12 $ en se disant qu’il faudrait bien se louer un chalet. Jadis, mes hivers étaient teintés de promenades en ski de fond et de frousse d’avoir entendu hurler les coyotes, de ultimate sliding en trois-skis modifié par mon frère patenteux et de tunnels déraisonnablement profonds, loin de l’ISO 9001. Nous traînions souvent à la patinoire du rang, petite et sans prétention, où l’on pratiquait nos slapshot top net en vue du tournoi annuel de hockey-bottine de Lac-Drolet. Celui-ci avait lieu à la patinoire du village, plus belle que la nôtre, arrosée maladivement et sertie de bandes abusivement commanditées (on ne peut rien contre les bottes Royer).

Naître dans un rang me stigmatisa dès ma naissance. Les enfants des rangs sont d’une caste plus vaillante que les enfants du village, et certainement plus encline au sacrifice. Ils se lèvent aux aurores (remplir un autobus scolaire de flos éparpillés sur des milliers d’acres, c’est long en sale), ne possèdent pas de roller-blades (pour cause de garnotte) et préparent une sortie au dépanneur (20 minutes en char) comme des enfants de Blainville préparent une sortie au Biodôme.

Les enfants du village avaient leur petit empereur: Peter Macleod lui-même, vedette en devenir, véritable sex-symbol malgré sa moindre main et un précoce abus de gel. Les enfants des rangs, eux, étaient pognés sous l’égide empoisonnée des frères Bolduc, nos voisins. Trop nombreux et vilains. Ils habitaient tous encore chez leurs parents malgré un âge impossible à cerner (16? 38?), leurs statuts matrimoniaux confus engendrant souvent la construction d’extensions à la maison familiale. Dans leur cour, chars montés, quatre-roues jackés et motocross de compétition : un buffet de burns à volonté.

Le Tournoi annuel de hockey-bottine de Lac-Drolet, c’était notre Woodstock en Beauce, sans La Chicane. S’y inscrivaient des équipes sous trois catégories: Famille, Shop et FTD (Fourre-Tout Défendable), un ramassis de bâtards au lien ténu qui, de toute façon, n’allaient pas gagner. Pour éviter les Clubs paquetés, chaque équipe devait compter au moins un enfant et une femme, et le moins possible d’anciens joueurs semi-pros déchus des villages voisins et de fiers-à-bras aux cartes autochtones pas trop legit, mais jamais trop loin.

Lisez la suite dans le #33 spécial Hiver québécois | présentement en kiosque

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up