Pénis dans vagin : pour ou contre le retrait?

La méthode du retrait est-elle une méthode contraceptive de hippies naïfs, ou s’agit-il d’une technique fiable passée sous silence à cause d’un complot pharmaceutique pour nous faire consommer la pilule et acheter des condoms?

Je me suis récemment posé la question après que des articles dans des médias américains aient attiré mon attention sur cette pratique qui consiste, chez les hétérosexuels*, à s’assurer que l’homme éjacule loin du vagin de la femme lors d’une relation sexuelle pour éviter une grossesse. Selon ces articles, la pratique, aussi appelée “coït interrompu”, serait répandue et en croissance. (Peut-être que la popularité du cumshot en porno y est pour quelque chose?)

Le pourcentage des femmes qui ont déjà utilisé cette méthode a augmenté au cours des dernières décennies, passant de 25 % en 1982 à 60 % en 2010, selon un rapport américain du Centre pour le contrôle et la prévention des maladies.

On parle donc de plus de la moitié des hétéros qui l’auraient déjà utilisé. Par contre, seulement 3 % l’utilisent tout le temps, et un tiers des femmes l’utilisent de temps à autre.

Les partisans de la méthode la vantent comme étant un moyen de contraception tout à fait valable. Mais le débat est vif.

Une rapide recherche en ligne sur le sujet me fait tomber dans des forums de discussion où les deux visions s’affrontent. Unetelle utilise la méthode du retrait depuis des années et ne jure que par elle puisqu’elle n’est jamais tombée enceinte. Yé! Une autre lui répond avec scepticisme, émet des doutes sur sa fertilité…

Une fille dit qu’elle a essayé cette méthode et qu’elle est tombée enceinte après seulement un mois. Merde.

Dans le NouvelObs, une femme fait l’éloge du coït interrompu, une pratique “gratuite, sans ordonnance, pas contraignante et même ludique”. Yé! Mais une autre femme, désillusionnée, pète la balloune de la première en lui répondant être tombée enceinte de cette manière et avoir avorté, alors qu’elle aussi, elle pensait que “ça n’arrivait qu’aux autres”. Merde.

En me replongeant dans mes souvenirs d’adolescence et de cours d’éducation sexuelle, je me rappelle vaguement avoir entendu parler de cette méthode, qui était toutefois présentée comme étant dangereuse et à éviter puisqu’elle ne protégeait ni des ITSS, ni de la grossesse.

Pourtant, dans les articles que j’ai lus, on dit qu’elle serait vraisemblablement aussi efficace que le condom pour éviter les grossesses (à noter qu’elle ne peut effectivement rien contre les ITSS).

En fait, 18 % des femmes qui pratiquent le retrait vont tomber enceintes annuellement, contre 17 % de celles qui utilisent le condom.

Alors, le coït interrompu serait-il la solution miracle pour tous ceux qui n’ont pas de ITSS et qui n’aiment pas les méthodes contraceptives classiques?

J’aime bien crier sur tous les toits que la pénétration vaginale n’est pas obligée d’incarner l’acte sexuel ultime — notamment parce qu’elle n’est pas super efficace pour donner un orgasme à la majorité des femmes — mais il n’en demeure pas moins que ce peut être parfaitement jouissif et que c’est une activité très appréciée des hétérosexuels.

Sauf que certaines personnes — hommes et femmes — n’aiment pas les condoms… Quant à la pilule contraceptive, elle a des effets secondaires et elle est déconseillée pour certaines femmes. Et ce n’est pas tout le monde qui a envie de se faire poser un stérilet ou de se subir une vasectomie sans avoir déjà eu des enfants…

Donc pourquoi n’entend-on pas davantage parler de la méthode du retrait? Les jeunes sont-ils renseignés à ce sujet?

Sur le site de Tel-jeunes, je ne trouve aucune information sur le coït interrompu ni sur les méthodes de contraception naturelle en général. À la page où devrait se trouver l’info, on avise plutôt les adolescents que ces méthodes leur “sont fortement déconseillées”.

Difficile aussi de trouver des infos pour les adultes ailleurs que sur les forums de discussion — qui ne semblent pas exactement peuplés de spécialistes…

J’ai donc contacté la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) à ce sujet. Et, surprise, surprise : l’association de gynécologues ne fait pas vraiment de reproche à la méthode du retrait! La SOGC souligne plutôt qu’il est possible “que les fournisseurs de soins sous-estiment l’efficacité” des méthodes de contraception naturelle ou “qu’ils ne connaissent pas la façon d’offrir des conseils adéquats aux femmes ou aux couples qui souhaitent y avoir recours”.

“La prévalence du coït interrompu est grandement sous-estimée par les cliniciens, puisque cette pratique n’est souvent pas considérée comme un mode légitime de contraception.” – SOGC

L’association a même de bons mots à son propos : “pas dispendieux”, “ne nécessite aucun produit chimique ni aucun dispositif particulier”, “ne requiert pas la consultation d’un fournisseur de soins de santé et est facile à mettre en œuvre à titre de mode principal de contraception ou de mode d’appoint”. Yé!

C’est peut-être grano, mais ça a l’air quand même plutôt génial, dit comme ça.

Je me garde quand même une petite réserve : qu’en est-il du fameux liquide pré-éjaculatoire qui peut contaminer le vagin de spermatozoïdes pendant la pénétration? N’est-il pas redoutable, le liquide pré-éjaculatoire? Je continue de fouiller le document que m’a fourni la SOGC…

Ah, voilà : “le liquide pré-éjaculatoire est composé de sécrétions issues des glandes de Cowper et des glandes de Littre. Une certaine controverse subsiste quant à la question de savoir si le liquide pré-éjaculatoire contient des quantités suffisantes de spermatozoïdes motiles pour mener à la fécondation.” (Motiles, ça veut dire qu’ils gigotent encore.) En fait, selon l’hypothèse présentée dans le document des gynécologues, cela dépendrait des hommes.

Le pré-éjaculat “de certains hommes” (37 % selon l’étude citée, qui porte cependant sur un petit échantillon) contiendrait, “en théorie”, assez de spermatos qui gigotent pour féconder un ovule.

Donc tout dépendrait de ce qu’expulse le pénis de monsieur. Et on pourrait avoir des relations sexuelles avec la majorité des hommes, avec cette méthode, sans aucun risque! Yé!

Maintenant, comment savoir si vous ou votre partenaire éjecte du pré-éjaculat sécuritaire ou pas?

Ça, l’histoire ne le dit pas. Merde.

*À noter : les observations présentées ici peuvent être intéressantes également pour les couples gais trans et non-binaires fertiles, quoique j’ignore si les études abordées ont tenu compte de cette population.

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