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Des ténors de l’économie sont en panique. Les trois mesures du gouvernement Marois, annoncées sans ménagement – la baisse de l’exemption d’impôt sur les gains en capital, la mise en place de deux nouveaux paliers d’imposition pour les plus riches et la fermeture de Gentilly-2 – leur ont fait faire le saut. Et les attaques ont fusé de toutes parts.
Le gouvernement Marois serait le plus « socialisant » de l’histoire. Il pénaliserait le succès.
C’est dans ces termes que la présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec s’exprimait ce matin dans un quotidien. Un autre commentaire opposait développement durable et économie.
Ces propos démontrent une incompréhension des idées fondatrices de notre société libérale construite à coups de luttes immenses (et parfois même de manifestations). John Maynard Keynes doit se retourner dans sa tombe. De plus, ils osent s’en servir pour faire peur. Ça sent la panique. La fin du « bar open » ?
À croire que la redistribution de la richesse, valeur fondamentale de la société québécoise moderne, pénalise le succès. Le plein emploi, l’accès à l’éducation, à la nourriture, et plus largement au bien être pour toute la population n’entre pas dans leur calcul. Le succès ne se définit que par une valeur monétaire dans leurs poches.
Et tout d’un coup, la dette publique québécoise et le déficit budgétaire ne sont plus une priorité. Est-ce dire que la bonne gestion des comptes publics ne doit s’appliquer seulement quand ça fait notre affaire? Des éditorialistes encouragent même le maintien en activité de Gentilly-2. Peu importe si cela coûtera 6 millions de dollars pour chacun des 800 emplois maintenus. Faudra-t-il aussi refaire les règles de la comptabilité?
Montréal se place en tête du classement des grandes villes nord-américaines les plus propices aux entreprises. Mais comme à l’époque de McCarthy, on brandit l’épouvantail communiste.
C’est le gouvernement le plus « rouge » de l’histoire, crie-t-on. Faudrait-il aussi réécrire l’histoire? L’investissement et les taux de croissance étaient beaucoup plus élevés dans les années soixante-dix sous René Lévesque et Robert Bourassa. Les taux d’imposition aussi. À l’époque, l’exemption pour gain en capital n’existait simplement pas.
Aujourd’hui, la moitié du gain en capital est exempt d’impôt. Si un travailleur doit être imposé sur l’ensemble de son salaire, pourquoi devrait-il en être autrement pour le gain en capital? En quoi la réduction de cette exemption à 25 % est-t-elle vraiment injustifiée ?
À croire que le déficit budgétaire du gouvernement, au détriment de la dette publique, est vraiment la meilleure des solutions dans le contexte actuel.
Une autre commentatrice mettait la semaine dernière en parallèle le développement durable et l’économie. L’un ne doit pas desservir l’autre, disait-elle. L’animateur de l’émission n’a pas cru bon d’expliquer ce qu’est le développement durable et que celui-ci n’est pas nécessairement synonyme avec une perte de succès économique. Le développement durable tente d’inclure l’économie dans des calculs à long terme afin de miser sur le profit possible de nos enfants et petits-enfants. C’est un peu comme la bonne comptabilité.
Est-ce vraiment ça pénaliser le succès?
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