Quand j’étais petite, je ne savais pas c’était quoi « un look »

Pellicules et morve de mitaine

La conscience de l’image que je projette s’est allumée dès le jour où j’ai appris que l’apparence comptait et c’est le genre de prise de conscience chiante, qui s’éteint seulement lorsqu’on est saoule, gelée, morte ou victime de démence.

Saoule, je me contrefiche de mes pellicules et bien saoule, même un mamelon sorti ne me fait pas peur. Mais à jeun, dans vos écrans, je tiens à ce qu’on m’écoute plus qu’on me regarde donc je garde mes mamelons pour moi, je me coiffe et j’essaie d’avoir quelque chose d’harmonieux sur le dos, question qu’on se concentre sur ce qui sort de ma bouche plutôt que de fixer des flocons blancs sur mon chandail noir usé.

J’aimerais voyager dans le temps et revivre quelques jours de mon enfance à l’époque où mes amis et moi ne savions pas c’était quoi «un look».

J’ai retrouvé, y’a quelques jours, une photo souvenir. Je devais avoir six ans, fière, au sommet de la montagne qu’on venait tout juste de modeler entre deux bordées de neige. J’avais un habit de ski mal agencé; le manteau était gris, le bas bleu, mes mitaines roses, mon foulard brun étiré jusqu’au milieu du visage et j’avais même une tuque blanche brodée d’un logo rouge et noir d’une marque d’huile synthétique, une tuque que mon père avait probablement gagnée dans un tournoi de balle molle.

Le plus beau dans tout ça c’est que je ne savais même pas que c’était laid. Comme la morve séchée sur mes mitaines d’ailleurs.

Revenir à l’ignorance de l’apparence pour avoir un break de l’image ça sonne doux à mes oreilles. J’aimerais voyager dans le temps et revivre quelques jours de mon enfance à l’époque où mes amis et moi ne savions pas c’était quoi «un look» et qu’on se foutait du jugement des autres. Personne de ma gang se disait: «on s’en fout de ce que les autres pensent!», parce qu’on n’savait même pas qu’ils pensaient.

La haute Couture ne m’avait pas encore annoncé que du corduroy en été c’est un péché mortel et je vivais très bien avec ça.

Je m’ennuie de mon âme d’enfant qui n’en avait rien à cirer que son chandail soit taché, que ses bas de pantalons soient trop courts ou que sa couette basse manque d’originalité. La haute Couture ne m’avait pas encore annoncé que du corduroy en été c’est un péché mortel et je vivais très bien avec ça. (En passant, jeune j’ai déjà pensé que la haute Couture, c’était une de mes tantes assez grande pour mériter le titre de haute. Tu vois bien que j’n’étais pas destinée à devenir designer de mode.)

Je réussis partiellement à retrouver mon âme libéré de l’image, chez moi entre deux apparitions sur scène et surtout à chaque fois que je m’exile dans le bois. Un des plaisirs d’être en milieu sauvage, c’est que les oiseaux s’intéressent peu à mes poils de jambes ou aux vêtements que j’ai décidé de mettre pour les observer.

Au chalet, que mes vêtements soient neufs ou usagés ou même empruntés à mon père, ça m’importe peu. Qu’ils fassent ressortir mes rougeurs ou illuminent mon teint de peau, ce n’est pas important, molletonnés ou mal agencés, c’est le dernier de mes soucis parce que le seul objectif c’est de ne pas être nu en forêt.

Soyons francs, la chose que tu ne veux pas être dans vie à part être un  “Célibataire et nu”, c’est être nu avec les brûlots du Québec. Ils sont violents. Je le sais, j’ai déjà essayé de me faire bronzer en tenue d’Ève au fin fond des bois de la Côte-Nord et je te confirme que c’est une très mauvaise idée.

Je n’avais aucune idée que ce que je portais était laid…

Suite à un de mes passages à la télé, une styliste a appelé mon gérant pour m’offrir ses services. Je suis consciente que je travaille dans un milieu où le look est important, trop selon moi si tu veux mon avis, mais j’ai compris son geste. La dame se cherchait une nouvelle cliente et voulait surement, par le fait même, me donner un coup de main. Je n’ai pas encore un porte-feuille qui me permet de me payer de tels services et faut croire que ça paraît. J’imagine que ça saute encore plus aux yeux d’une professionnelle.  N’en reste pas moins qu’un peu comme au temps de ma tuque d’huile synthétique, je n’avais aucune idée que ce que je portais était laid…

Jusqu’à ce que je me vois à la télé. Sans blague, ma veste corail avait l’air en dépression, mais au moins je n’ai pas morvé sur ma manche.

Pour lire un autre texte de Mélanie Couture: «Les petits cons qui m’ont écorché l’âme».

Humoriste détentrice des écussons jaune, orange, rouge, marron et bleu en natation. La scène, c'est mon Disney Land. Mes grilled cheese torchent.

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