Patate Mallette à Beauharnois

…Et son pain-poutine

Envie d’une poutine on the go? Suffit de sacrer des frites, du fromage et de la sauce dans un steamé. “C’est un peu absurde,” admet le propriétaire de Patate Mallette Alexandre Daneau. “Le cauchemar de Montignac!”

Dans les années 1980, on l’appelait le Gendron-Arsenault-Spécial (ou le GAS pour les intimes du chef-d’œuvre et de sa digestion). C’était le combo idéal post-soir de brosse — “la poutine te repatche, mais le pain imbibe”.

Brillant.

La légende veut qu’il y ait discorde, comme certains chauffeurs de bus Montréal-Valleyfield se proclament encore les inventeurs de celui qu’on surnomme affectueusement le pain-pouts. Aujourd’hui, perte de contrôle : “tu vas me rouler ça serré” a contaminé plusieurs casse-croûtes du Québec. “Mais c’est transgresser le classique que de l’offrir dans une assiette”, précise le friturier. “C’est fait pour être mangé sur le fly, pas avec un couteau et une fourchette. »

Daneau sait de quoi il parle ; sa famille a presque 60 ans de plaques et de friteuses derrière le tablier. Patate Mallette a été construite par ses grands-parents, dans une grange de Saint-Étienne-de-Beauharnois, puis la roulotte a fini par descendre la côte et par s’arrêter pour de bon au 41 Saint-Laurent. Depuis 1956, de génération en génération, la famille Mallette a tout fait pour figer les recettes dans le temps, tenant tête aux amateurs de poutine trop funky ou de cuisine fusion. “C’est déjà assez tough de faire ça comme il faut” indeed.

Par jour de beau temps, on y sert 500, 600 personnes, qui viennent à bout de 2 500 (!) livres de patates. Le tout cuisiné dans une roulotte de 9 pieds par 20 pieds, juste en face du Lac Saint-Louis et de la Place du Marché. Au “centre-ville” de Beauharnois, la vue est magnifique et le snack est à la hauteur. “On est rendus avec une patate qui rayonne un peu trop”, dit-on.

S’il ne réinvente pas le menu, Daneau réinvente la stratégie de l’entreprise familiale. Son gâteau de noces sur trois plateaux, notamment, a récemment dominé les InterWebs. Mallette a près de 5 500 abonnés sur les médias sociaux. La poutine gagne tous les concours et trône au sommet des palmarès de poutinewar.com, La Presse et du Journal de Montréal. Frites dorées, beaucoup de fromage et le trademark : une sauce versée à la théière. Imaginez quand on plonge tout ça dans un pain hot-dog? “Ça goûte un peu le paradis tellement que c’est doux et mou”, résume l’ami réalisateur. C’est next level, l’incarnation même du plaisir coupable. (Notes de la rédaction : prévoyez de quoi vous laver les avant-bras et ne comptez pas les carbs.)

En plus, la Patate Mallette a une façon bien à elle de séduire ses visiteurs et de transformer en rockstar quiconque commande un double cheese. Ils servent « les clients un à un », comme s’ils les connaissaient. En mangeant chez #patatemallette, on a l’impression de faire partie intégrante du buzz, de l’expérience.

D’ailleurs, l’expérience doit être pas pire cool parce que le staff y travaille en moyenne depuis dix ans. Cécile et sa — surprenante — taille fine battent tous les records. “C’est quelque chose, j’ai 74 ans et j’aime encore ça, lance-t-elle. Ça fait 51 ans.”

Fun fact : le propriétaire est aussi comédien et narrateur, prêtant sa (grosse) voix aux aliments M&M et à Molson Canadian. Fermez les yeux au comptoir; vous aurez l’impression d’être dans une pub de char.

Une rondelle en extra

Dans le Suroît, on mange nos rondelles d’oignons avec de la sauce aux cerises. Parle parle, jase jase, paraît que c’est aussi une création de la grand-mère d’Alexandre. “Dans les années 1960, il y avait deux hôtels et un restaurant chinois près de la Patate.”

Voilà qui est réglé.

Votre restaurant du coin, snack-bar, casse-croûte, boui-boui, pizzéria ou binerie mérite sa place au soleil? Écrivez au web@urbania.ca et on va s’en parler!

Je suis jamais partie, Billy.

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