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Supervedette de la Ligue nationale de hockey, Alexander Ovechkin est considéré par plusieurs comme le plus grand buteur de l’histoire du sport. Malgré l’étendue de ses prouesses, l’athlète russe se retrouve depuis quelques jours au centre d’une épineuse tempête politique en lien avec l’actuelle guerre en Ukraine. Tentons de voir plus clair dans cette curieuse affaire.
Ovi s’est établi comme un joueur d’exception dès son arrivée sur le circuit nord-américain en 2005. Personnage charismatique au sourire édenté, il remplit depuis autant les filets adverses que les amphithéâtres. Malgré ses 36 ans bien sentis le coiffant d’une chevelure grisonnante, il est plus populaire que jamais en raison de son actuelle quête visant à dépasser le record du plus grand nombre de buts. Une marque légendaire tenue par nul autre que Wayne Gretzky.
Sans surprise, Alexandre le Grand est également une vedette adulée et ultramédiatisée dans son pays natal. Il y passe ses étés, sa famille y habite toujours, plusieurs de ses commanditaires y sont établis. C’est sa culture, sa patrie, bref, sa maison.
Il n’y a donc rien de trop étonnant à ce que le Kremlin ait vu en lui une excellente portée électoraliste. Poutine a toujours semblé apprécier s’entourer de sportifs émérites, comme un vestige du rayonnement soviétique sur l’échiquier mondial.
Ce n’est donc pas par hasard que Ovechkin ait reçu un cadeau du président à la célébration de son mariage en 2016.
Puis, en prévision des élections présidentielles de 2018, le spectaculaire attaquant lance PutinTeam, une campagne marketing sur les médias sociaux endossant le dirigeant élu. S’associant avec Evgeni Malkin, Pavel Bure, Ilya Kovalchuk, rien de moins que la crème du hockey russe, Ovechkin affirme que l’initiative vient de lui et ajoute que le groupe est apolitique. Un quotidien rapporte toutefois quelques mois plus tard qu’une agence de publicité était à l’origine de l’organisation et que Moscou finançait l’opération. Une mise en scène qui révèle un partenariat en bonne et due forme entre la star et le tsar.
En Amérique du Nord, sa terre de travail adoptive, cette position partisane le place désormais dans l’embarras alors que les sanctions s’accumulent auprès du pouvoir en place. Si plusieurs compatriotes se sont prononcé.e.s en affichant leur dissidence à l’invasion en sol ukrainien, comme le footballeur Fedor Smolov ou le tennisman Andrey Rublev, Ovechkin demeure la grande vedette, autant sur la glace que de l’hésitation.
Le grand cerbère d’origine tchèque Dominik Hasek a catégoriquement refusé les interprétations du capitaine, le traitant de peureux et appelant à la suspension immédiate des joueurs russes dans la LNH.
L’univers de la rondelle se retrouve ainsi coincé dans une scission faisant écho à l’époque de la Guerre froide. Le hockey est sensible pour Poutine. Pour nous aussi.
Il s’agit d’un vieux débat à savoir si les athlètes professionnel.le.s doivent prendre position sur des questions d’ordre politique. Le franc-tireur n’est certes pas un artisan de la tragédie ukrainienne, mais une once de critique aurait eu un lourd impact, tant symbolique que médiatique. Une occasion ratée pour la démocratie.
Les cartes en main sont parfois difficiles à jouer, même pour le plus grand buteur de sa génération. Mais en se rangeant du côté de l’impérialisme moscovite, Ovechkin cautionne un conflit violent décrié par la communauté internationale, et ce, au profit d’impératifs diplomatiques nébuleux. Argent ? Patriotisme ? Sympathie politique ou crainte de représailles ? N’empêche, ça laisse croire que ses intérêts passent loin devant la chute de Kyiv.
Après avoir refusé de s’adresser aux médias jeudi dernier, le capitaine des Capitals de Washington est sorti de son mutisme lors d’une conférence de presse aux airs de gestion de crise. N’osant pas prendre parti, il opte plutôt pour un prudent appel au rassemblement. « S’il vous plaît, plus de guerre. Peu importe qui est dans la guerre — la Russie, l’Ukraine, différents pays — nous devons vivre en paix », dit-il en marge d’une pratique à Philadelphie. Un universalisme jugé minimal et peu convaincant selon plusieurs commentateurs.
Patinant maladroitement sur la sempiternelle carte de l’athlète neutre, il a pris bien soin de ne pas froisser un ami de longue date. Car en dépit de l’actualité, il a choisi de ne pas changer la photo de profil de son compte Instagram, l’exhibant tout sourire avec l’homme fort du Kremlin. En ces temps où le chef d’État se fait plus infréquentable que jamais, il est bien commode au régime que l’une de ses plus grandes vedettes ne déroge pas de son alliance. Un statu quo engageant, évidemment, qui divise.
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La marque d’équipement sportif CCM, dont Ovechkin représente l’une des principales têtes d’affiche, annonçait tout récemment qu’elle retirait toute promotion l’impliquant. « Bien que M. Ovechkin ne soit pas responsable des actions du gouvernement russe, nous avons pris la décision de ne pas l’utiliser (ou tout autre joueur russe) sur aucune communication mondiale de CCM », soulignait le communiqué émis par la compagnie montréalaise. À l’heure de la publication, l’entreprise n’avait pas retourné nos messages.