Germain Barre

On jase satire sociale et influenceurs avec Catherine Brunet

Même si ce qu'on voit sur les réseaux sociaux a parfois l'air d'une vraie joke, peut-on vraiment en rire ?

J’suis chialeux moi dans vie et apparemment que ce n’est pas la plus belle des qualités. J’fais donc des efforts pour chialer un peu moins et être plus positif. Par contre, être tout l’temps positif, ben esti, c’est abrutissant. Des fois, y’a des affaires connes dans vie pis c’est pas avec un sourire niais qu’on les change.

J’suis tombé dernièrement sur les stories Instagram de la comédienne Catherine Brunet, où elle imite avec humour certains influenceurs et j’étais partagé. Une partie de moi se disait « FUCK YEAH! C’est vrai qu’ils ont l’air caves les tabarnacs! » Une autre partie de moi se disait « BEN LAAAA, c’est pas gentil! Vivre et laisser vivre! » J’avais aussi plein de questions. Par exemple, c’est quoi, concrètement, un influenceur? C’est pas toujours très clair, mais si on se fie à ce que l’internet nous dit, un influenceur, c’est une personne active sur les réseaux sociaux qui, par son exposition médiatique, est capable d’influencer les habitudes de consommation dans un but marketing. Bon… Okay. J’me suis aussi demandé si c’était correct de s’en moquer. Y a-t-il une nuance à faire entre la satire sociale et le bullying?

J’ai donc décidé de m’entretenir avec la comédienne afin de jaser de ce phénomène avec elle. Qu’est-ce qui nous gosse avec les influenceurs? Notre malaise est-il justifié ou alors avons-nous juste la switch à bitch? Let’s talk!

Salut Catherine! Premièrement, sache que ton personnage d’influenceur m’fait rire en tabarnak. Selon toi, est-ce que c’est justifiable de se moquer de certaines personnes si c’est pour dénoncer de façon comique quelque chose qui dérange? Est-ce qu’il y a une nuance à faire entre la satire sociale et l’intimidation?

Ce que j’essaye de faire avec ce personnage-là, ce n’est pas du tout de mépriser des gens, c’est vraiment juste de la dénonciation et surtout d’amener le monde à réfléchir un peu… J’suis pas Gandhi non plus, c’est sûr que j’le fais aussi parce que ça m’fait rire. Y’a des gens, pas mal insultés, qui m’ont écrit pour me dire que j’faisais de l’intimidation. Eux, le Bye Bye, ils doivent trouver ça toff en esti!

Es-tu contre le concept en soi d’être payé pour ploguer des produits sur les réseaux sociaux, ou alors est-ce vraiment juste la façon dont c’est fait qui te dérange? Admettons des influenceurs qui n’ont pas l’air cruches, c’tu correct?

Honnêtement, j’suis qui moi pour juger du métier de quelqu’un… Mon malaise, effectivement, vient surtout dans la manière dont c’est fait. Ce qui me dérange, c’est que c’est de la pub, mais présentée sous forme de « ah c’est cool, c’est juste ma vie »… Mais c’est pas vrai… C’est pas ça, leur vie. C’est d’la publicité.

Justement, j’me demandais la différence entre un comédien qui se fait engager pour être porte-parole d’un produit et un influenceur. Dans l’fond, la différence, comme tu dis, c’est qu’un influenceur, c’est sa vie au complet qu’il fake…

Exactement! C’est surtout dommage pour les jeunes, qui sont encore pas mal influençables. Être ado et voir autour de toi des gens dont la vie au grand complet a l’air d’une pub, ben c’est dérangeant. Ça envoie comme message que si tu prends de belles photos dans des endroits cools, que t’as l’air d’avoir une vie extraordinaire, que tu montres tes foufounes à la plage, ben tu vas faire du cash, tu vas être populaire, tu vas être connu, tu vas être beau et parfait et te faire engager partout. Y’a plein de jeunes qui m’écrivent pour me demander comment devenir connu. J’me demande toujours, okay, mais c’est quoi ta passion? Qu’est-ce que tu veux faire? J’peux pas croire que ta passion c’est d’avoir une montre Daniel Wellington… Ça peut pas être une passion, ça…

Y’a quand même des influenceurs qui sont sincèrement passionnés et spécialistes d’un certain domaine et qui sont approchés par des compagnies à cause de leur talent ou de leur niveau d’expertise, non?

C’est vrai! On en voit plein de belles affaires. Y’a aussi des gens hyper talentueux qui se partent des pages ou des chaines YouTube et ça leur permet de se faire découvrir. Ça, c’est super.

Tu travailles en télé depuis que t’es petite. Trouves-tu que maintenant, avec les réseaux sociaux, tout est mélangé? Une personnalité publique est une personnalité publique, qu’elle soit un artiste de talent ou juste quelqu’un de random qui fait des photos sur internet?
C’est vrai qu’on se fait un peu toute mettre dans le même bassin alors que ce n’est pas du tout le même métier et ce qui est dommage, c’est que les producteurs consultent beaucoup les réseaux sociaux pour engager des gens en tant que comédiens et en tant qu’artistes. On accorde beaucoup trop d’importance aux réseaux sociaux, comme si c’était un lieu sacré où tout est important. On n’a comme pas le droit de trouver ça bizarre, que des gens deviennent des espèces de panneaux publicitaires ambulants. Tant mieux si des gens utilisent ça à leur avantage pour faire de l’argent, je ne vais pas juger comment ils gagnent leur vie, mais moi, en tant que comédienne, j’ai pas envie de sentir cette pression-là, de sentir que je dois pratiquement me prostituer sur les réseaux sociaux pour avoir un fucking rôle dans un film.

On s’arrange tous un peu pour être à notre meilleur sur les réseaux sociaux. Si on critique les influenceurs, mais qu’on passe nous-mêmes 20 minutes à choisir une photo avant d’la publier, est-ce qu’on est hypocrite?

Les réseaux sociaux en général, c’est un peu tricky et tout le monde semble avoir une relation amour-haine avec ça. J’pense qu’il faut juste que ça reste le fun… Publier des trucs qui nous représentent vraiment. Se poser des questions. Est-ce que la photo représente un vrai moment? J’sais que j’sonne comme une vieille personne, mais c’est juste que si la seule chose que tu publies est en lien avec ton apparence, faut que tu te demandes pourquoi tu fais ça? Pourquoi tu veux des likes? C’est peut-être pour ça que ça me fascine autant, j’ai pas encore vraiment compris le fond de tout ça.

Peut être que y’en n’a pas, de fond. C’est peut-être vraiment juste une façon rapide d’avoir une dose d’attention et de validation, sans plus.

Peut-être! On est peut-être juste un peu nonos, en effet. J’espère quand même que ça va évoluer différemment… Pas dans la culture du vide et du superficiel. En ce moment, on le voit beaucoup avec par exemple les participants d’OD qui sortent de là et qui sont soudainement glorifiés…

Parlant d’ça, est-ce que des shows comme XOXO et OD, c’est moins inoffensif qu’on le pense? Est-ce que c’est vraiment juste du divertissement selon toi ou on alors est-ce que ça valorise la futilité et ça crée une génération d’caves?

C’est pas inoffensif du tout, ça entretient notre voyeurisme et ça entretient surtout justement la culture du vide, parce qu’il se passe rien là-dedans. C’est intéressant ce phénomène-là parce que j’trouve que ça en dit long, pas nécessairement sur les participants, mais sur notre société. Ça en dit long que ça nous intéresse.

Ça montre aussi à quel point, en tant que société, on prend plaisir à détester collectivement quelqu’un…

Oui et que ça nous rallie, même. J’trouve ça un peu hypocrite parce qu’on l’écoute et non seulement on l’écoute, mais on vénère les participants. Ils finissent avec des « jobs » d’influenceurs, ils se font engager pour animer des trucs… Après ça, on comprend pourquoi les gens veulent participer à ce genre de show. C’est pas eux qu’il faut blâmer.

C’est qui justement qu’il faut blâmer? Les producteurs? Le public?

Oui! La production et le public. C’est nous qui avons un problème. On rend ces gens-là connus. Avec ce cash-là, quelle série de fiction qu’on aurait pu faire? Quel documentaire on aurait pu produire? En même temps, ça existe pour une raison. C’est peut-être pour nous mettre le nez dans l’caca. C’est ça que vous aimez? Ben c’est ça que vous avez comme vedettes et comme télé.

Admettons qu’une compagnie t’offre de collaborer en tant qu’influenceur, tu fais quoi?

Je m’en fais souvent proposer des affaires et des fois, les cachets n’ont pas de criss de sens tellement ils sont élevés! Pour le moment, j’ai pas mal toujours dit non, mais j’comprends pourquoi y’en a qui disent oui. Faudrait que le produit représente sincèrement mes valeurs. Un moment donné, on m’a proposé une collaboration pour genre un shampoing et ça devait avoir l’air d’être comme dans ma vie de tous les jours. Je devais pluguer le shampoing comme je pluguerais mes souliers préférés. J’me disais, ben voyons donc, vous me dites en plus comment la faire, votre pub!?! Produisez une pub et crissez-là à la télé, rendu là!

Est-ce que tu trouves que c’est de la paresse de la part des entreprises de demander à des gens qui ont un gros following de promouvoir de façon un peu poche leurs produits, plutôt que de se casser la tête avec de belles campagnes publicitaires legits?

C’est pas de la paresse. C’est vrai qu’à la télé, tu n’atteindras pas vraiment les ados donc j’comprends qu’ils se tournent vers les réseaux sociaux. Par contre, y’a une façon de faire les choses… Un moment donné, J’ai publié une photo de moi tellement photoshoppée sur les réseaux sociaux que ça en était ridicule. C’était évidemment une blague, mais les gens pensaient que c’était vrai. Il est là le problème, les gens ne font plus la différence entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas.

Admettons dans 10 ans, selon toi, tu penses que ça va avoir l’air de quoi?

Ben j’espère que ça va avoir évolué d’une belle façon. Que le monde sera influencé par ceux qui travaillent fort et qui ont une passion, plutôt que vers la facilité et la culture du vide.

Et qu’au-delà de leur image, ils auront de quoi de pertinent à dire? 

Exact! Il faut avoir quelque chose à dire!

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