Elie Chap

Offrir des souvenirs heureux, pas juste des vieilles cannes de macédoines

En 2015, Moisson Montréal a distribué 16 000 paniers de Noël à des familles dans le besoin. Il s’agit ici d’un seul organisme, dans une ville, pour une période de l’année seulement.

Le stress alimentaire est particulièrement manifeste lorsqu’on est confronté à l’abondance du temps des fêtes. Les couleurs éclatantes, les gâteries, les cadeaux, les excès, la joie et le bonheur … tout ça exacerbe la faim quand elle t’accompagne pour t’endormir.

Les banques alimentaires offrent de l’aide à des dizaines de milliers de famille au Québec et cette année encore, elles se tourneront vers nous pour amasser des dons, du temps et des denrées pour ces familles dans le besoin.

Je le sais, parce que je l’ai vécu.

Plusieurs de mes Noëls, plus jeune, étaient bonifiés d’un panier de denrées à la maison. Dans mon La Tuque natal, l’offre était quand même généreuse en raison de l’abondance des denrées et du petit nombre de familles dans le besoin. La pauvreté, dans une petite ville de région, ce n’est pas un problème qui est moindre, mais souvent l’encadrement est meilleur, le coût de la vie est plus bas, la générosité des gens a un impact plus direct.

Dans mes infortunes, j’ai eu la chance d’avoir des paniers de Noël amusants avec des gâteries, des petits cadeaux, des gâteaux Vachon et même de l’argent sonnant à l’occasion pour s’offrir une petite attention.

Évidemment, le but premier d’un panier de Noël est d’offrir une alimentation adéquate face à la précarité financière. Donc oui, ça en prend des légumes en conserve, des patates en flocons et des pâtes avec de la sauce.

Donnez-en, donnez-en beaucoup même.

Sauf que quand vous êtes sollicités pour un don, que ce soit à votre travail, dans un commerce ou à la maison, prenez un petit instant pour penser à l’impact que votre don aura sur une personne qui le reçoit à quelques jours de Noël.

Si on vous offrait une canne d’artichauts un peu bosselée et un sac de riz blanc: quelle serait votre réaction?

Et si on ajoutait une bûche de Noël dans ce même don, juste une, même celle en liquidation à la pharmacie, quelle serait votre réaction?

Offrir des denrées pour un panier de Noël, c’est plus que nourrir une famille. C’est aussi des souvenirs que l’on offre aux enfants qui déballent ces paniers avec leurs parents. Ouvrir un panier de Noël, c’est comme un cadeau. On ne le perçoit pas en premier en fonction des repas qui pourront en découler, mais plutôt en fonction du plaisir qu’on pourrait en soutirer.

Une boîte de Joe Louis, c’est banal, mais c’est un sourire instantané pour un enfant entre deux paquets de spaghetti.

Un Kinder Surprise, c’est un sèche-pleurs que l’on achète presque avec dégoût en attendant de payer à l’épicerie, mais ça peut faire la journée d’un bambin qui n’a même pas l’option de faire un caprice avec l’espoir d’obtenir quelque chose dont il n’a pas besoin.

Une barre tendre dans un lunch à l’école, ça peut égayer même le plus triste des sandwichs pain blanc et poulet pressé.

Offrir des bons souvenirs, c’est aider à transformer une situation malheureuse en petits moments de bonheur éphémère. Des petits moments qui ne règlent pas la situation à long terme, mais ça peut aider à façonner des adultes de demain qui ne sont pas amers d’avoir reçu de l’aide.

J’en suis. Avec le recul, je suis très reconnaissant même si à l’époque je le vivais avec une grande dose de honte et de chagrin.

Quand je savais que je n’allais pas avoir un nouveau manteau malgré les quelques trous et l’allure défraîchie, un petit gâteau emballé sous vide ne me donnait pas plus chaud l’hiver, mais il m’offrait un petit baume temporaire. Ça ne fait pas oublier qu’on soupe au grilled-cheese au baloney pour le troisième soir de suite, mais ça peut alléger le tout, offrir un petit répit, aussi minime soit-il.

La prochaine fois que vous passerez devant une boîte de don, perdez le réflexe de simplement vider vos fonds d’armoire et rien d’autre. Si vous n’avez pas envie de manger une canne de thon et de la macédoine pour souper, probablement qu’un enfant dans le besoin n’a pas plus envie que vous … sauf qu’il n’a pas toujours le choix.

Offrez des bons souvenirs, des alternatives, un choix devant la faim. Rien que ça, parfois, ça aide à diminuer la honte, la gêne et le sentiment d’être rejeté par la société pour un enfant qui ne comprend pas forcément pourquoi il n’a pas les mêmes cadeaux que ses amis à l’école.

On nous martèle l’esprit des fêtes à la télé, les rabais, la surconsommation, les cadeaux, la bouffe. Tout ça, on le prend pour acquis dans notre quotidien. On augmente la facture sur la Visa pour se faire plaisir, faire plaisir à nos proches. Mais n’oubliez pas que les familles dans le besoin sont exposées aux mêmes publicités que vous, à cette même réalité, sauf qu’elle est souvent loin, très loin, comme un rêve inaccessible.

Parce que, je peux vous le dire, c’est difficile de passer un joyeux Noël quand on se demande si on pourra déjeuner le lendemain matin.

Pour lire un autre texte de Stéphane Morneau: « Papa, pourquoi ne va-t-on jamais voir mamie? »

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