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Octobre s’éteint tout juste. Au Québec, de tous les mois, octobre est probablement le plus chargé en lourds rappels historiques.
Hier, 1er novembre, nous avons célébré le 25e et funeste anniversaire de la mort subite de René Lévesque. Cette date est inscrite à jamais au calendrier des éphémérides; triste et pathétique clôture d’un mois déjà morne.
Comme bien des gens, j’en ai profité pour adresser une fière chandelle à M. Lévesque, que j’admire comme aucune autre figure publique; bien qu’il soit parti avant ma naissance. Je n’aurai au fond connu de lui que son héritage, que le temps a fini par diluer, à bien des égards…
Je marchais donc dans la rue, et j’observais le paysage froid et pluvieux de l’automne tardif. Je me disais qu’il y a quelque chose de profondément ironique à voir ces millions de feuilles d’érables mortes et jaunies joncher le sol. Comme pour nous rappeler, année après année, qu’octobre aura été le théâtre des plus grands tourments de l’unifolié. Il y a d’abord eu l’octobre de 1970. Moins souvent évoqué, l’octobre de 1992; avec l’échec de l’accord de Charlottetown. Puis, évidemment, l’octobre de 1995…
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Bref, on s’en fout de ma grosse abeille. Si je vous raconte tout ça, c’est simplement pour illustrer que l’opinion des gens de mon âge sur ce référendum (et sur la question souveraine) ne s’est pas construite à partir de notre expérience directe de celui-ci. Nous étions encore dans les vapes de la petite enfance.
Notre opinion a d’abord été façonnée par celle de nos parents. Puis, nous avons grandi et avons forgé la nôtre, à partir des récits captés et de la littérature disponible. Notre position quant à la souveraineté du Québec ne s’est donc pas campée dans l’urgence d’un scrutin, ni même dans un contexte favorable à ce genre de discussion, sur la place publique. Après tout, on venait soi-disant de « régler la question », pour de bon.
Pourtant, notre opinion s’est tout de même forgée; quelle qu’elle soit. Le débat n’est pas mort. Il s’est mené en catimini, dans les chaumières, autour d’une, deux ou quinze bières. Et ce même si la question nationale a pendant un temps été reléguée au troisième sous-sol des priorités (probablement à raison), à l’Assemblée nationale.
En ce sens, ne devrait-on pas envisager que l’opinion des gens de ma tranche d’âge sur le projet souverain s’appuie forcément sur des préceptes inédits; voire en rupture avec ce qui a naguère été mis de l’avant? À mon avis, poser la question, c’est y répondre. Et à voir l’actuelle agonie du OUI à la dérive, cette question semble nécessaire…
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Le Québec vient d’élire un gouvernement souverainiste, le premier depuis un moment. Or, celui-ci nous fait présentement la démonstration en puissance de la sclérose du projet qu’il propose. Le vétuste navire péquiste essaie de colmater ses failles béantes avec le nationalisme du désespoir.
Fondamentalement, le nationalisme est un sentiment vide. Il doit se subordonner à d’autres idéaux pour être fécond. S’il ne se conjugue qu’avec lui-même, il devient dogmatique, voire carrément réactionnaire. Et j’ai la désagréable impression que présentement, le nationalisme québécois vit dans le déni de ses propres tares.
Au lieu d’accepter qu’il faille repenser de fond en comble le projet souverain avant même d’oser le brandir à nouveau, on se cramponne à une « urgence identitaire » aussi bidon que discriminatoire.
Et il n’y a pas que le PQ à blâmer. Si ce n’était que ça, ça serait déjà pas trop mal! La nécrose souverainiste par excès patriotique est un mal rampant. Par exemple, vous êtes-vous déjà attardé à ce que sont devenus les textes de Loco Locass; qu’on brandit encore comme un « fleuron » de la gent artistique engagée, progressiste, et tout le tralala? Scusez, mais crisse!
Les Géants
En somme, nous sommes des surhommes uniques
générés par le génie génétique de l’Europe et de l’Amériqu
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Moi, quand j’ai lu ça, j’ai l’estomac qui a fait trois tours. On est rendu bas en crisse dans la dérive nationaliste, là! Transposer le surhomme de Nietzsche dans un contexte ethnique, vraiment ? Ouch…
Or, au lieu de s’attaquer à la mascarade patriotique, on s’invente des lubies comme la laïcité ou le renforcement des politiques linguistiques pour prolonger l’aveuglement. Le Québec semble englué dans ce paradigme douteux, de plus en plus vicié.
Oh, et peut-être suis-je en fait la seule à contempler, la larme à l’œil, l’anéantissement complet et irrémédiable du projet souverain, à grands coups de sentiments dépassés. Peut-être. J’ose croire que non.
Et si Lévesque nous voyait aujourd’hui s’en aller maladroitement avec nos skis nationalistes tout amochés, je me demande s’il serait fier de ce que nous avons fait de son héritage.
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