Noël et notre santé mentale  : le stress de l’intimité

Il y a un mot anglais qui me fascine : « Togetherness ». En français, on dirait « unité », « intimité », « camaraderie », « cohésion ». Ça dépend. J’aime l’image qu’évoque ce mot. Le fait d’être ensemble. D’être bien, ensemble.

Y’a pas un mot qui me semble plus apaisant. C’est le Noël du dictionnaire!

Si les fêtes sont pour certain.e.s un festival de partys obligés et d’yeux au ciel, de mon côté c’est ce qui me ramène à ce que j’ai de plus précieux : ma famille, mes ami.e.s et notre amour. Juste du beau. Ou presque.

Le deuil

Ok. Noël me ramène aussi invariablement à ce que je n’ai plus. Mon père.

Quand une personne qu’on adore s’éteint en plein temps des fêtes, le réveillon perd de sonlustre sur un moyen temps. C’est d’emblée la période parfaite pour la nostalgie, alors imaginez quand on a de bonnes raisons de s’ennuyer… Tout cover de Michael Bublé nous invite à replonger dans notre passé. Chaque flocon, sapin, guirlande, lait de poule nous ramène à la
personne aimée. Celle qui ne pourra pas participer aux festivités. Celle pour qui on serait prêt à tout donner, question de regarder un dernier film collés. Celle qu’on veut ravoir dans notre « togetherness ».

Dans le Harvard Health Publishing, le Dr Micheal Miller remarque que « si le deuil est récent, la période des fêtes peut paraître comme un affront. Les célébrations soulignent à quel point les personnes se sentent seules. »

C’est vrai. On peut se sentir terriblement seul.e, même parfaitement entouré.e.

Heureusement, dans le cas du deuil, ça finit par s’estomper. Ça ne disparaît pas, mais ça se transforme. Surtout si on arrive à briser le silence, à parler de l’absent, à l’intégrer à de nouveaux rituels. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont des experts.

J’veux dire, je suis qui, moi? Une coach de vie, peut-être? Surement la pire. (Celle qui vous encourage à faire faire votre portrait par un homme qui utilise son pénis à titre de pinceau. Celle qui a déjà failli se faire bleacher l’anus au party de bureau, juste pour voir. Celle qui… En tout cas.)

Le stress

Cela dit, nul besoin d’être endeuillé.e pour filer un mauvais coton pendant le réveillon. L’idée de l’unité peut être terriblement anxiogène, qu’on soit orphelin.e ou non.

Selon le psychologue Sébastien Dupont, Noël vient avec une injonction sociale à s’aimer. Il faut correspondre à l’image rêvée des fêtes, celle reproduite par nombre de films, de cartes et de publicités. Vous savez? Le souper heureux, suintant de cohésion? Or, toute famille n’est pas aussi rose bonbon. La pression de l’intimité peut causer un important stress chez les personnes évoluant dans un milieu houleux. Pour elles, la mascarade n’a rien d’amusant.

« Il y a le stress lié à la quête de l’idéal, le stress temporel (lié à la course contre la montre), celui de la volonté d’harmonie, celui des obligations (ménage, préparation des repas), etc. »

Et ce filtre culturellement imposé sur nos sentiments n’est malheureusement pas la seule source d’angoisse liée aux fêtes. Dans un article de l’Agence Science-Presse, la journaliste Isabelle Burgun cite la psychologue Christine Grou : « Il y a le stress lié à la quête de l’idéal, le stress temporel (lié à la course contre la montre), celui de la volonté d’harmonie, celui des obligations (ménage, préparation des repas), etc. »

Pour quantifier cette pression, soulignons que dans ce même article, une chercheuse du Centre d’études sur le stress humain (de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal) évalue que les Fêtes provoquent un stress semblable à celui qu’on vit en changeant d’emploi…


Le Père-Noël joue avec notre équilibre mental, année après année. Vous irez dire ça à votre petite nièce qui trippe dessus. Il est temps qu’elle le sache.

La solitude


Je suis privilégiée. Je peux compter sur des personnes formidables pour m’accompagner dans la période trouble du 23 décembre au 2 janvier, permettant d’y associer un feeling d’indéfectible cocon. Or, ce n’est pas le cas de tous.

Au Québec, on estime qu’environ 15% de la population vit de manière isolée. Imaginez le fardeau de l’injonction sociale à s’aimer, quand on n’a personne sur qui déployer notre affection…

L’an dernier, j’ai passé quelques heures avec des personnes âgées esseulées, réunies dans une grande fête organisée par l’organisme Les petits frères de Montréal. Le 25 décembre le plus touchant de ma courte vie. Autour de moi, des sourires affichés sur le visage de bénévoles, comme de participant.e.s. Une pause de solidarité dans un quotidien d’abandon. Un Noël en partie rescapé.

« Nombreuses sont celles qui déclarent que c’est paradoxalement lorsqu’elles sont entourées que ce sentiment est le plus vif. Il s’agit alors du sentiment de ne pas être aimé, de ne pas être reconnu, de ne pas être compris… »

Remarquez, même en ayant des amis et une famille, on peut vivre une véritable carence de camaraderie, pendant les fêtes. Revenons au psychologue Sébastien Dupont : « Parmi les personnes qui sont particulièrement sensibles au sentiment de solitude – notamment les adultes dépressifs –, nombreuses sont celles qui déclarent que c’est paradoxalement lorsqu’elles sont entourées que ce sentiment est le plus vif. Il s’agit alors du sentiment de ne pas être aimé, de ne pas être reconnu, de ne pas être compris… »

De quoi avoir envie de crisser Rudolph et sa gang aux vidanges.

Au-delà du deuil, des nombreuses sources de stress et de la solitude, il y a de multiples raisons pour lesquelles ont peut en vouloir aux Fêtes. C’est légitime. Cessons de succomber à la pression du bonheur imposé! Vivons notre 25 décembre comme on l’entend.

Au fond, tout ce que je nous souhaite, cette année, c’est de trouver notre « togetherness » entre deux crises. Avec les gens qu’on aura choisis. Ou nous-mêmes. Le self-care, c’est un joli cadeau à s’offrir…

(C’est mieux que le séchoir à cheveux que j’ai reçu en 2007, en tout cas.)
Joyeux Noël!

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