Nodules – La fois où j’ai abandonné les sites de rencontre

C’était l’hiver. L’hiver il fait froid et on a pas envie d’être seul (du moins, pas moi) et on se dit, « Pourquoi ne pas tenter ma chance sur un site de rencontre » (du moins, moi).

Je m’inscris alors sur un site favorisant les rencontres que je nommerai : Roseau Compact. Photo, bio, message, click! Profil créé. Je fais alors le tour des photos de filles cutes et j’envoie des invitations préfabriquées ici et là. By the way, avec la technologie maintenant omniprésente dans nos vies, il n’y a absolument aucune raison pour qu’une personne n’affiche pas de photo sur son profil. Sérieux là, je connais personne qui a fait genre : « Elle a pas de photo, mais son profil est teeeeellement intéressant!!! » NON! Bref, une fois mes invitations envoyées, j’attends…

C’est surement le fait d’avoir inscrit que l’argent n’était pas une priorité pour moi (lire entre les lignes que je suis pauvre) qui a réduit mes chances de réussite auprès des top modèles que j’avais sélectionnées. Je décide alors de réduire mes critères de beauté et également de lire les messages sous les photos… Quoi, du texte!?? Semble que oui. Après quelques interactions peu concluantes avec la gent féminine, je décide de laisser tomber la drague virtuelle.

Quelques semaines passent et je reçois un courriel inattendu de Roseau Compact. Une jeune fille, qui à première vue semble plutôt prometteuse, requiert mon attention. De fil en aiguille, on s’ajoute sur Facebook, on jase et finalement le jour de la première date arrive.

On se donne rendez-vous dans un bar à quelques rues de chez moi. « Je vais porter un foulard en léopard pour que tu puisses me reconnaître », dit-elle. Mais à ce moment je soupçonne qu’elle aime les motifs léopard et qu’elle ne veut juste pas se l’avouer. J’arrive le premier, je commande un verre et me place au fond du bar pour la voir entrer. Elle pénètre les lieux et m’apparaît un peu courte sur pattes avec un petit extra de poids qui ne figurait pas sur ses photos, mais honnêtement, c’est pas si mal. Elle a une belle démarche, un beau sourire et un beau foulard. On boit une ou deux consommations, on apprend à se connaître puis elle me dit « Il y a beaucoup de bruit ici, ça se peut que je manque de voix au courant de la soirée, j’ai des nodules sur les cordes vocales ». J’essaie de m’imaginer un peu ce que sont des nodules le temps qu’elle aille fumer une cigarette et je me dis que ça ne doit certainement pas l’aider, mais bon… Elle revient et je lui propose d’aller dans un bar plus tranquille question d’épargner sa voix.

On se dirige donc en direction d’un bar qui, quelle coïncidence, se trouve près de chez moi. D’autres verres s’en suivent et, fouillez-moi pourquoi, elle sort le sujet des enfants! Oui oui, du genre « Veux-tu avoir des enfants toi? ». « Tout seul c’est difficile tsé! », que je réponds en pas drôle que je suis. Un peu plus sérieusement je lui dis que j’en adopterais peut-être un jour (première erreur, j’aurais déjà dû avoir quitté). Elle se met alors à critiquer mon choix avec véhémence et ferveur au point où elle commence à manquer de voix. En gros, ses arguments sont qu’elle étudie en psychologie, que les enfants adoptés sont terribles à cause du sentiment d’abandon qu’ils ressentent et qu’ils font toujours des fugues. Je rétorque doucement en disant qu’avec beaucoup d’amour de la part des parents, c’est faisable. Puis, je crois avoir sauté des bouts à cause de l’alcool, elle en est maintenant à me raconter que sa mère la frappait avec une cuillère en bois quand elle était jeune et qu’elle a des troubles de la personnalité. Elle me demande de l’appeler par un autre nom (non c’est pas vrai, je blague). Mais, à ce moment je me demande quand même ce que je fais là.

« Bon il est minuit et demi, j’ai du boulot demain », que je dis.

« Un samedi? », demande-t-elle.

« Heu, oui », que je réponds.

Je sors alors à l’extérieur et elle me précède. On est au coin de ma rue et elle me demande si le métro est encore ouvert. Je dis que je ne crois pas (deuxième erreur, j’aurais dû mentir). En résumé, son auto est à Longueuil (LONGUEUIL!!??), elle y habite et elle n’a pas d’argent pour le taxi. « Really!!!? C’est quoi, tu veux que je te prête de l’argent pour le taxi, que j’aille te reconduire, t’avais pas prévu retourner chez vous un moment donné sti!!? », que j’aurais aimé lui dire. Mais ça a plutôt sorti comme : « ben j’ai un futon ». Le message s’est étrangement transformé en cours de route du cerveau à la bouche.

On entre chez moi et je lui indique l’emplacement du futon. « Tu me prêtes un pyj? », m’interroge-t-elle, avec sa voix de plus en plus rauque. Une petite pensée s’introduit dans ma tête: « comment on en est arrivé ici déjà? ». Je lui sors donc une paire de joggings et un t-shirt de loup puis lui prête ma chambre le temps qu’elle se change (troisième erreur, c’était un piège). « C’est bon! » qu’elle me croasse à travers la porte. J’ouvre et je la vois blottie sous ma couette. Force est d’admettre que je ne suis plus maître de ma chambre. Je me résigne donc à dormir sur le futon, mais avant que j’aie fait un pas, ma charmante invitée s’exclame avec la grâce d’un butch de cigarette : « Tsé c’est ton lit, tu peux dormir avec moi ». J’accepte tel un chien qu’on oblige à faire le beau. Je prends bien soin de rester de mon côté du lit, mais elle rapproche ses fesses dangereusement et se dandine en ronronnant (réellement).

« Ah pis f**k! » dit la voix de la raison qui avait crissé le camp.

Je décide de faire ça court, pas trop de préliminaires, une couple de coups de bassin, merci bonsoir… ou presque. En simili gentilhomme que je suis, je me dis que je pourrais au moins lui faire un peu plaisir la pauvre (dernière erreur, j’allais m’en rappeler pour le reste de ma vie). Je glisse doucement ma main là où il faut et commence mon petit manège quand un bruit étrange se fait entendre près de mon oreille. On aurait dit un char avec un problème de starter, une voiture qui s’étouffe, mais doucement. C’était elle!

Plus tôt dans la soirée, j’essayais de m’imaginer la conséquence de ses fameux nodules. J’en avais pleine connaissance à cet instant même et je n’étais pas au bout de mes peines. L’auto a fini par partir, mais j’aurais souhaité ne jamais y être embarqué. Plus je pesais sur le gaz, plus le pot d’échappement grondait. J’avais l’impression de tâter Marge Simpson, fois dix. Quand ça a été terminé, j’étais un peu traumatisé mais soulagé. Je me suis assuré que mes colocs ne s’étaient pas réveillés en pensant qu’il y avait eu un tremblement de terre. Heureusement, non. J’imagine que la gorge devait lui piquer pas mal car elle m’a demandé un pichet d’eau (pas un verre, UN PICHET, ciboire!). Je suis allé dans la cuisine, j’ai rempli mon blender d’eau, je l’ai colissé sur ma table de chevet et je me suis endormi recroquevillé dans un coin de mon lit (en pleurant).

Le lendemain matin, quand elle s’est levée, j’ai fait semblant de dormir. Elle a essayé de me réveiller en faisant du bruit par exprès, j’ai fait semblant de dormir. Elle m’a dit « Salut! Rrr rrr » (j’ai tremblé de mon être), j’ai fait semblant de dormir. Je ne l’ai plus jamais revue, mais parfois, la nuit, quand une voiture pas de muffler passe dans ma rue, je me réveille en sueur et je me dis que ce n’est pas vrai.

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