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Photo : Jean Bourbeau

Nicolas Winding-Refn fait les choses à sa manière

Le réalisateur du mythique « Drive » était de passage en ville pour présenter « Her Private Hell » à Fantasia.

20 juillet 2026
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« Les expériences collectives sont l’âme de la démocratie. Alors que les politiciens nous divisent, la création a encore le pouvoir de nous rassembler ».

Nicolas Winding-Refn est revenu au septième art par conviction.

Ça faisait 10 ans que le réalisateur danois n’avait pas fait de films. Fort du succès de son film d’horreur psychédélique sur l’univers de la mode The Neon Demon, Refn s’est lancé corps et âme dans d’ambitieux projets télévisuels avec Too Old To Die Young et Copenhagen Cowboy.

Her Private Hell marque un retour à ses premiers amours.

« La télévision offre d’incroyables possibilités sur la durée. On peut aussi étirer le plaisir autant qu’on le souhaite en appuyant sur pause », explique le réalisateur en matinée de presse au Four Seasons. « Le cinéma, c’est plus philosophique. Le pouvoir de rassembler les gens, c’est quelque chose qu’on a pas encore délégué aux algorithmes et à l’IA ».

Her Private Hell prend officiellement l’affiche le 24 juillet, mais le public du festival Fantasia a eu droit au film en première canadienne jeudi dernier. À la fois fracture partielle avec l’esthétique néo-noir qui l’a fait connaître et un retour vers certains sujets qu’il a exploré dans le passé, il s’agit d’un autre projet farouchement original qui risque de polariser les audiences. Vous aller adorer ou détester.

Personne ne regardera Her Private Hell en se disant « ouin, c’tait pas pire ».

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Un fantasme nourri (en partie) par la téléréalité

Pour faire une histoire courte, Her Private Hell suit Elle (Sophie Thatcher), une jeune actrice à la recherche de son père et le soldat K (Charles Melton), qui souhaite secourir sa fille de l’enfer, alors qu’une brume engloutit la métropole où ils vivent et apporte avec elle une créature meurtrière.

Suite spirituelle à The Neon Demon si elle en est une, Her Private Hell explore à nouveau la relation précaire et souvent toxique des jeunes femmes avec la célébrité. « J’adore la téléréalité où des jeunes femmes privilégiées sont mises en compétition. Il y a quelque chose de si primaire là-dedans. C’est clairement quelque chose que j’ai commencé à explorer avec The Neon Demon, mais j’ai poussé la note plus loin ici. Je dois préciser que j’ai deux filles. C’est une dynamique que j’ai vécu à la maison », raconte le réalisateur, un sourire en coin.

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Contrairement à ses classiques qui célèbrent Los Angeles, on est ici plutôt dans une sorte de cauchemar éveillé. Coincés tout en haut d’un hôtel quasi-désert au milieu d’une métropole anonyme, les personnages de Her Private Hell évoluent dans un monde onirique qui bafoue les lois de la logique.

Photo : Jean Bourbeau
Photo : Jean Bourbeau

« C’est toujours plus agréable de faire les choses la première fois. Sauf faire l’amour peut-être », cabotinait Winding-Refn à la classe de maître qu’il donnait au Cinéma du Musée vendredi après-midi. « J’avais envie d’essayer quelque chose de nouveau. Tout est artificiel dans ce film. Les illusions deviennent réelles et les émotions n’en deviennent que plus puissantes ».

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Parfois huis-clos situé à même une chambre d’hôtel, parfois réflexion cauchemardesque de Drive et Only God Forgives, la charge émotionnelle de Her Private Hell est assumée par Sophie Thatcher et Havana Rose Liu, qui y livrent des performances à la hauteur de leur talent. Leur relation a quelque chose de très Hitchcockien. « Elles se soutenaient beaucoup pendant le tournage. C’était très girl power sur le plateau », précise Refn.

Her Private Hell est un film très frondeur et assumé qui jure avec les attentes à bien des égards, comme nous y a habitué Nicolas Winding Refn. On ne l’aime pas parce qu’il pourvoit à la demande, maisparce qu’il crée de nouvelles demandes. J’aurais pu faire avec moins de l’histoire du Soldat K et plus de la relation entre Sophie Thatcher et Havana Rose Liu. mais c’est quand même un privilège d’avoir un réalisateur foncièrement original qui ose faire des films comme ça en 2026.

Photo : Jean Bourbeau
Photo : Jean Bourbeau
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La liberté de réussir, mais la liberté d’échouer aussi

Nicolas Winding-Refn est un personnage rare dans l’industrie cinématographique. Adoubé par le milieu après avoir fait Drive (à mon avis un des meilleurs films commerciaux du 21e siècle), il n’est pas allé cogner à la porte des grands studios pour faire des films à 200 millions de dollars de budget. Plutôt, il a redoublé sur sa vision créative et assumé son indépendance.

« Je fais ce que je veux faire et je le fais à ma manière. Si ça plante, j’en prends l’entière responsabilité. Si ça s’avère un succès, j’en prends l’entière responsabilité aussi. »

« Vivre ma vie comme je l’entends est ma seule injonction comme être humain. Je veux montrer aux plus jeunes que la seule façon d’être complètement libre et heureux créativement, c’est de faire les choses à sa façon », explique le réalisateur.

Photo : Jean Bourbeau
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Cette indépendance, Refn l’aura assumé sur la forme, comme sur le fond au fil des années. Notamment en fondant byNWR, une sorte de quartier général créatif où il fait un peu de tout, de la production de ses films à la restauration d’œuvres oubliées. Il a aussi exploré ses excentricités avec des œuvres plus difficiles comme Only God Forgives et Too Old To Die Young.

À ce sujet, je me suis risqué à lui demander pourquoi il laissait souvent de longs silences dans ses scènes de dialogue. Le rythme ralentit à un tel point que le cadre devient en quelque sorte une peinture, et c’est devenu une de ses marques de commerce. « L’idée a probablement commencé à germer quand j’ai regardé Once Upon A Time in the West. L’immobilité et le silence sont, en quelque sorte, des fondements de la transe religieuse. La création et la religion sont deux façons de transcender la réalité à mon avis. Ça implique de se replier sur soi, de l’immobilité et du silence ».

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Cette immobilité et ce silence, on les trouve un peu moins dans ce nouvel opus. Partiellement à cause de la bande sonore omniprésente de Pino Donaggio, ancien collaborateur de Brian de Palma. Ceci dit, Her Private Hell demeure une production éclectique et férocement singulière. Parce que Nicolas Winding-Refn ne connaît qu’une façon de faire les choses – la sienne.

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