Comment ne pas échouer à la simple tâche de rentrer dans un bar

L’échec, l’échec, l’échec, l’osti d’échec.

C’était le thème du mois de janvier pour les collaborateurs d’URBANIA. Esti que j’me suis demandée c’que j’allais écrire là-dessus. J’parle-tu de MES propres (et fucking trop nombreux) échecs personnels ou ben j’y vais d’un billet moralisateur sur comment l’échec te rend plus fort avec un p’tit solo d’violon en pièce jointe?

Ni l’un ni l’autre, j’ai rien à t’apprendre et j’suis trop orgueilleuse pour me mettre à raconter mes pires fouarreries (?). Ça fait qu’on va rire des autres à la place, c’est ben plus le fun.

Ça doit ben faire 12 ans que je travaille dans les bars. J’ai arrêté souvent pour me consacrer à d’autre chose, mais je finis toujours par y revenir tôt ou tard. Si y’a bien quelque chose que j’ai constaté au fil des années, c’est que c’est pas donné à tout l’monde de réussir à être un bon client. Et là, je parle pas de quantité de consommation ou même de tip, je parle juste de réussir à être un client correct, qui fait pas eye-roller le staff du bar jusqu’à la migraine.

Et ça commence avec : comment ne pas échouer à la simple tâche de rentrer dans un bar. (Et/ou n’importe quel établissement où se trouvent des bipèdes vertébrés qui te servent et avec qui tu interagis.)

Pour les besoins de la cause, je vais prendre pour exemple un bar qui aurait un prix d’entrée et un vestiaire.

C’est étrange, mais j’ai pu observer un phénomène fort intéressant qui a l’air de se reproduire d’un bar à l’autre.

Dans le vestibule ou à l’entrée, au plafond ou je ne sais pas trop, se trouve un espèce de vortex super-turbo-puissant. Comme un genre de tunnel vertical invisible qui suce la substance grise des gens qui passent en dessous. Quand ils traversent le cadre de porte, j’ai remarqué que leur intelligence, flanquée de leur savoir-vivre, se faisaient aspirer sans pitié par ce vortex, nous laissant à nous, le staff, le soin de gérer la loque inconsciente qu’ils sont devenus.

Parce que oui, si tu te laisses faire par le vortex, va falloir qu’on t’gère, parce que le vortex aura différents effets sur toi.

Vortex de la langue

Tout à coup, tu souffriras d’une carence de langage, car tu auras oublié comment employer des formules DE BASE telles que : “Salut” ou “Bonsoir”.

Va aussi falloir qu’on devine ton nom, parce que tu seras devenu-e juste trop niais-e pour l’exprimer. Comme dans :

— Chsaguesss!
— Ok c’est quoi ton nom?
— Chsaguess.
— C’est quoi ton nom?
— J’sua’ guess!
— C’EST QUOI TON NOM?
— JE SUIS SUR LA GUEST LIST!
—…
—…
—…
— AH! C’est Pierre-Jean-Jacques Tartempion, Duc de Milouse.
— BAAAAONNN.

Vortex d’orientation

Même que des fois, si tu te laisses sucer l’âme par l’infâme vortex d’esti, tu vas juste carrément pas savoir où tu t’trouves, pis va falloir encore que nous, on vienne te rappeler en te tapant sur l’épaule que : “Hey, c’est l’entrée du bar icitte, y’a des gens qui attendent pour rentrer, va donc texter ailleurs.”

D’autres fois, tu vas juste nous ignorer en passant tout droit devant nous, tel Homer Simpson avec un burger au bout d’un bâton. Je fais cette comparaison parce que crisse, c’est de ça que t’as l’air ok?

(Ben non pas toi. Toi, t’es cool, viens on boit des shooters, su’mon bras pis toute.)

Vortex ”J’habite encore chez ma mère.”

Si t’as réussi à passer toutes ces étapes, t’arrives devant la personne au vestiaire, pis tu sais–tu c’que tu vas faire? Tu vas donner ton manteau, tout croche avec les manches à l’envers pis tu vas sacrer ton camp sans même attendre ton ticket, et là, ENCORE UNE FOIS, va falloir qu’on s’occupe de toi, qu’on te court après pour te donner ton ticket et qu’on te rappelle gentiment que c’est pas gratuit, et c’est là que tu vas nous pitcher ton 2$ avec mépris, parce qu’on te DÉRANGE.

Vortex de la révolution permanente

Pour d’autres personnes, le vortex a comme un effet contraire. Au lieu d’absorber le gros bon sens, il injecte une dose de rébellion qui n’a clairement pas sa place dans un bar. Dans ce cas-ci, au lieu de devenir carrément épais, le sujet se rebelle à tous propos, sur le prix, sur l’attente dans la file, sur que le vestiaire est pas gratuit, sur que finalement y’était pas sur la guest, etc etc. Un vrai p’tit Trotsky personnifié.

Écoute-moi ben, mon p’tit révolté en herbes toé, le bar où tu vas boire un verre n’est pas une figure d’autorité que tu dois combattre à tout prix, c’est un lieu de LOISIR qui t’accueille chaleureusement sous son toit pour t’offrir ce qu’il croit qui va te rendre heureux. C’est une place qui existe pour que t’ailles du FUN, allo, esti.

J’vais m’arrêter ici, mais j’aurais vraiment pu continuer longtemps, 3-4 chroniques au moins.

J’aurais pu parler de quand t’arrives au bar, que t’as les pompes de fut DANS LA FACE pis que tu me demandes si j’ai d’la bière en fut. Oui oui, t’as déjà fait ça souvent. Tu peux être tête en l’air en esti quand tu veux. Mais bon, mon billet porte sur ton entrée au bar seulement, t’as même pas un verre de pris, imagine c’que j’aurais pu dire sur ta sortie.

Mais tout ça, c’est pas d’ta faute. C’est la faute au maudit vortex. Je sais bien que t’es une bonne personne qui veut juste s’amuser, moi aussi tsé. Il y a une seule façon de ne pas être victime du vortex, et c’est très facile.

C’est de simplement prendre conscience de ce qui t’entoure.

That’s it.

T’arrives à quelque part et tu décolles tes yeux de ton nombril/cellulaire. J’te demande pas de repérer les portes de sortie ou de remarquer comment la barmaid est habillée, t’es pas James Bond, on a bien vu. J’te demande juste de RÉALISER que t’es dans un endroit public, qui ne tourne pas autour de toi. Que cet endroit a un fonctionnement que tu dois respecter parce que cedit fonctionnement a été établi pour que tout se passe bien et qu’à la fin, on soit tous heureux.

C’pas ça qu’tu veux? Qu’on soit tous heureux?

Moi en tous cas je l’souhaite, ton bonheur, c’est pour ça que je travaille là-dedans, ce serait l’fun que ce soit réciproque.

Pour lire un autre texte de Mad Amesti : “Sans condom”

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