#moiaussi : le bilan et la suite

Ou l’importance des mots justes.

Presque trois mois après le début de la vague de dénonciations et de la viralité du #moiaussi, on se demande ce qu’il adviendra du mouvement : va-t-il sombrer dans l’oubli, enseveli sous de nouveaux scandales? La prise de conscience collective est-elle assez profonde pour changer des comportements très ancrés dans nos imaginaires sociaux? Question de garder le fil, on a écrit un petit bilan qui permet d’avoir une vue d’ensemble du mouvement et des changements qui en ont découlé.

Le début en version simple

En 2006, l’activiste Tarana Burke crée le #metoo, pour encourager les femmes à dénoncer les auteurs de violence sexuelle (histoire originale à lire ici).

En 2014, dans la foulée du scandal sexuel impliquant l’animateur Jian Gomeshi, la Fédération des Femmes du Québec lance le mot-clic #agressionnondénnoncée.

En octobre 2017, l’actrice Alyssa Milano invite toutes les femmes qui ont été victimes d’harcèlement sexuel à utiliser le #metoo. En quelques jours, la planète s’approprie le mot-clic dans différentes langues. Ici, c’est devenu le #moiaussi. Les dénonciations fusent de partout et continuent de sortir à ce jour.

Le commentaire le plus fréquemment lu et entendu depuis le début, c’est le fameux: «On n’avait pas réalisé l’ampleur du problème.» Certains disent que c’est justement cette immense variété de concepts implicitement inclus dans le mot-clic qui l’a fait devenir aussi viral : #moiaussi, c’est personnel et inclusif à la fois. « Harcèlement », « agression », « viol », « inconduite », plusieurs mots ont été utilisés pour définir différent types de comportements à dénoncer. Il y a désormais moins d’ambiguïté parce qu’on a pris le temps de mieux définir ce qui constitue un comportement inacceptable et abusif. D’avoir les mots justes, ça permet à tout le monde de trouver celui qui raconte le mieux son histoire.

Remise en question des structures de dénonciations en place

À la suite des chamboulements que les dénonciations ont entraîné dans le milieu culturel, plusieurs organismes ont signé « La déclaration pour un environnement de travail exempt de harcèlement qui témoigne de l’engagement du milieu culturel ». Cette initiative de l’Union des artistes (UDA), vise à abolir la « loi du silence » en affirmant adopter un niveau de « tolérance zéro » face à tout ce qui peut constituer une forme de harcèlement.

Du côté du SPVM, la ligne spéciale créée pour les dénonciations du 19 octobre au 6 novembre aurait reçu 463 appels. Sur ce nombre, 98 ont mené à l’ouverture d’une enquête (chiffres : Huffpost). L’initiative a donc porté fruit, mais est-ce suffisant pour que ce genre de plainte soit pris plus aux sérieux à partir de maintenant?

Dans la plupart des milieux (on l’espère!), les dénonciations de masse ont eu pour effet de forcer les employeurs à questionner les moyens mis à la disposition des employé.e.s en cas d’harcèlement, d’inconduite ou d’agression. En sensibilisant les hommes à la portée de leurs actes et de leurs paroles, on adresse la base du problème, on commence du début, reste donc à voir si le message a bien été intégré.

Les petites grandes actions qui font jaser

Femmes et hommes à travers les monde ont usé de créativité pour faire parler du mouvement et de ce qui doit changer. Par exemple, ici, l’humoriste François Bellefeuille a vendu son Olivier pour 10 100$, un montant qui sera remis aux CALACS (Les centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractères sexuel). Cet organisme est aussi l’instigateur des chaînes de trombones visant à soutenir les victimes d’agression à caractères sexuel. Cela a permis d’informer le public des diverses ressources à leur disposition en cas d’harcèlement, d’inconduite ou d’agression.

Aux États-Unis, il a été annoncé que plusieurs acteur.rices porteront du noir lors de la cérémonie des Golden Globes du 7 janvier prochain pour illustrer leur soutien aux victimes d’harcèlement.

Redéfinition du mot « consentement »

#moiaussi a remis au coeur de l’attention médiatique un débat sur un bien grand mot qui semble avoir une définition des plus malléables : le consentement. D’ailleurs, on ne se tanne toujours pas de la petite vidéo sur le thé, qui l’explique si bien.

Parlons-en!

#moiaussi nous a finalement permis de faire le point sur tout ce qu’on endure parce que « c’est comme ça ». Ce genre de mouvement nous permet de nous rendre compte collectivement que personne n’a à accepter des comportements archétypaux qui dégradent, rabaissent et déshumanisent. Pour que ça atteigne notre conscience collective, souhaitons que le message soit incarné au-delà des unes et des statuts Facebook, qu’on revienne à la source, qu’on reconstruise nos mentalités au complet pour se défaire d’un sexisme systémique insidieux et malsain. Allons-y, on a les mots pour le dire.

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