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Durant la pandémie, dans le village de Saint-Germain à Kamouraska, les quelque 300 habitant.e.s voyaient leurs fins de semaine devenir un peu plus bruyantes. Dans la salle municipale, près de 60 percussionnistes se retrouvaient pour taper du tambour, dans un contexte d’isolement presque total.
Rythmes brésiliens, samba, reggae : cette joyeuse bande de riverain.e.s emprunte des inspirations de par le monde pour les faire découvrir aux Kamouraskois.es ravi.e.s. Lorsque je les vois sous la pluie, devant l’ancienne église du village, les musicien.ne.s débordent presque de leur scène improvisée.
« C’est simple : t’as envie de jouer, viens t’en! », lance néanmoins à la foule le chef d’orchestre, Maxime Éthier.
C’est à peu près ce qu’il a aussi écrit sur un groupe Facebook de la région il y a deux ans et très vite, les gens des environs étaient au rendez-vous. Depuis, son petit projet communautaire a amené la troupe à se produire à travers le Québec, et a même assuré la cérémonie d’ouverture des Jeux du Québec.
Faites la rencontre du Mississippi Sound System!
Originaire de Joliette, Maxime Éthier étudie la musique et travaille comme musicien et compositeur à Montréal pendant près de douze ans. C’est au début de la pandémie que l’envie de retourner en région le prend, alors qu’il se voit offrir un poste comme compositeur au Cirque de la Pointe-Sèche.
Au fil des confinements successifs, Maxime se met à parler avec des ami.e.s de la région pour mettre sur pied une action communautaire qui permettrait aux gens des villages environnants de se retrouver (en toute sécurité) et d’échanger.
« Il y avait un ensemble de percussions à Rimouski qui a arrêté durant la pandémie. Mes amis de Kamouraska me disaient qu’ils aimeraient bien voir un truc du genre, dans la région. Il y avait des gens qui conduisaient des heures pour aller jouer dans d’autres villes, explique Éthier. Je suis donc allé sur un groupe Facebook et j’ai dit que je cherchais des drummers, ou au moins des gens qui avaient moindrement du rythme. »
« Dans notre groupe privé sur Facebook, je crois qu’on a près de 160 membres, ajoute-t-il. Il y a des gens qui sont là depuis le début, d’autres sont partis et revenus. On a aussi des gens qui viennent juste passer leurs étés dans le coin et qui se joignent au groupe. »
Dans un aussi petit village, les tambours, tam-tams et maracas envahissent l’espace sonore. Ce qui ne déplait pas forcément aux habitant.e.s, puisqu’assez rapidement, des passant.e.s demandent au groupe de se produire en spectacle. Depuis ses débuts, la troupe en est à un peu plus d’une trentaine de spectacles, ce qui lui aussi permis de grandir.
« J’ai toujours tenu à ce que ce soit gratuit; je ne suis pas rémunéré, précise l’organisateur. J’ai toujours dit : ‘Tu viens avec ta bière et tes bouchons, c’est tout!’ Donc au fil des spectacles, j’ai pu investir dans du matériel, dont des tambours typiquement brésiliens, 24 drums et un local de pratique. »
Dans le Mississippi Sound System, peu de musicien.ne.s sont expérimenté.e.s, ce qui ne transparaît pas sur scène. Leurs yeux s’illuminent, leurs hanches se mettent à brasser, alors que leurs yeux sont intensément rivés sur Maxime, comme des guerrier.ère.s attendant le signal du commandant.
Avec des compositions qui peuvent durer plus de quinze minutes, difficile de croire que certain.e.s d’entre eux et elles n’avaient jamais touché un tambour auparavant! Cela est peut-être dû, estime Maxime, au langage universel que sont les percussions. De plus, les rythmes de carnaval dans lesquels se spécialise l’ensemble ont quelque chose de primal, à la fois instinctif et entraînant.
Pour celui dont le but était simplement de jammer avec d’autres gens le weekend, le Mississippi Sound System a grandi pour devenir quelque chose de plus grand que lui, selon Maxime Éthier.
Le cirque où travaille Maxime étant fermé, COVID oblige, il investit l’espace avec une vingtaine d’autres personnes pour une première pratique. Ayant des codes d’ensembles de samba, où le chef mène à l’aide d’un sifflet, il explique son fonctionnement aux néophytes qui peuvent à partir de certaines bases freestyler quelque peu sur les peaux des différents tambours, d’abord fournis par Maxime puis amenés par les participants. Assez rapidement, le groupe grandit de semaine en semaine.
« Mon intention était juste de faire une activité qui ne coûte pas d’argent. Je voulais juste que les gens puissent venir et que je puisse leur livrer certaines de mes connaissances, conclut-il. Au final, j’ai réussis à rapatrier une trentaine de personnes, qui se connaissent ou pas. Ça fait de super belles rencontres. La musique est un prétexte pour rassembler les gens; on ne sait pas comment l’autre joue, comment il bouge. Quand tout le monde réussit, il y a une satisfaction collective. »