Minuit Moins Cinq : Réanimer nos vieilles guénilles (et vaincre le capitalisme)

La mode est la deuxième industrie la plus polluante au monde (tout juste derrière le pétrole). Loin de Milan, de New York et des autres épicentres du design, trois jeunes femmes de L’Anse-Saint-Jean ont fondé une coopérative saguenéenne pour s’attaquer au problème. Leur mission?Créer du neuf avec du vieux et remettre l’humain au cœur de l’industrie textile. Autoportrait de celles qui, depuis juillet 2017, détournent quotidiennement plusieurs sacs de linge du dépotoir, machine à coudre à la main et sourire aux lèvres.

Cet article est tiré du magazine Spécial Extraordinaire 2018, disponible sur notre boutique en ligne.

Marielle Huard / Comptable maison / Taureau ascendant balance

Julie-Vanessa Tremblay / Cheffe de production / Taureau ascendant vierge

Pascale Boudreault / Webjoueuse (et responsable des communications) / Poisson ascendant sagittaire

Quand on nous demande ce qu’on fait dansla vie, on répond…qu’on a créé une start-up de mode zéro déchet dans le fond du Saguenay, drette sur le bord du fjord. Qu’on est de jeunes professionnelles rurales qui font de la magie en créant de nouvelles affaires (comme des t-shirts, des bandeaux et des sacs bananes) avec du vieux linge récupéré… Et on ajoute immanquablement :« Mais inquiète-toi pas là, ça n’a pas l’air d’un patchwork notre affaire! » On le précise parce que le récupéré rime souvent avec un style découpage/recollage un peu hippie, et ce n’est pas du tout l’avenue que nous avons choisie.

On aime croire que… la surconsommation a ses limites et que,bien naïvement, on est une alternative à la mort de personnes au Bangladesh. Que la région, c’est cool, et que notre action coopérative contribue à la réflexion sur le territoire, l’habitat et le développement. Que le spirit de Minuit moins cinq va se propager, lentement mais sûrement, pour nous amener à repenser notre façon de consommer. Que tous les corps sont magnifiques. Que les poules auront des vêtements.

Pour l’année à venir, on veut… investir plus de boutiques du coin et éventuellement avoir un point de vente dans chaque région du Québec! Bien sûr,il faudrait aussi qu’on mette en ligne un site internet complet… Techniquement,ce sera pour l’automne. [NDLR : En attendant, il y a Etsy.] On aimerait également mettre sur pied un événement annuel de liquidation de nos produits avec d’autres commerçant-e-s et artisan-e-s du coin. Finalement, à court ou moyen terme, on souhaite ouvrir un centre de tri textile régional pour sauver tous les fonds de garde-robe du coin. Peut-être serait-ce aussi un centre pour favoriser l’inclusion des personnes avec des difficultés d’insertion sociale ou encore pour aider les personnes migrantes à s’intégrer à nos communautés.

L’accomplissement dont on est particulièrement fières, c’est…d’avoir créé un safe space sans même y avoir réfléchi. Les personnes passent à l’atelier pour jaser, qu’elles soient tristes, frustrées ou contentes. Elles se sentent en confiance, écoutées. Elles s’assoient à la table de coupe, on leur donne de petites tâches, et là ça chiale, ça aide, ça rit, puis ça repart le cœur un peu plus léger.

Dans le meilleur des mondes… on en finirait avec le capitalisme, le patriarcat et le racisme. On y travaille tranquillement, à notre échelle, avec notre coopérative aux décisions horizontales, notre pratique du care et nos tâches variées. On aurait aussi une économie locale forte et ouverte sur les autres; on accueillerait à bras ouverts les personnes en difficulté et chacun pourrait porter le linge qu’il veut quand il le veut. C’est naïf notre affaire, mais tant qu’à rêver, ce serait niaiseux d’y aller doucement… Oh, et évidemment, dans ce nouveau monde sans oppression, il n’y aurait plus de nuées de mouches noires en juin.

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