La mixologie, c’est out. Ce qui est dans le vent, c’est la bière de microbrasserie (et définitivement pas l’expression « dans le vent »). C’est pour ça qu’URBANIA a décidé de s’y intéresser en faisant des portraits de microbrasseries d’ici. Parce que de plus en plus de gens en parlent, mais aussi parce que c’est un bon prétexte pour boire sur la job.
Dans un article publié en décembre dernier, l’expert en bière Philippe Wouters qualifiait la microbrasserie L’Hermite de « secret le mieux gardé du monde de la bière ». Établie en 2013 à Victoriaville, la brasserie n’a commencé à distribuer ses produits en canettes qu’au début de l’année dernière. Alors on a décidé de faire notre part pour que le secret ne soit plus si secret.
Discussion avec Geneviève Bouffard, cofondatrice de la microbrasserie L’Hermite.
Pilsner Czech : Victo tatouée sul cœur
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La microbrasserie L’Hermite, c’est d’abord le projet de Marc Lefebvre et William Hébert, deux brasseurs amateurs qui se sont rencontrés pendant leurs études à l’UQTR, l’un en génie mécanique et l’autre en génie chimique.
Quand ils ont eu l’idée d’ouvrir leur propre brasserie à Victoriaville, c’est un peu par hasard si Geneviève Bouffard s’est jointe à leur projet. La cofondatrice raconte : « Au départ, j’étais déjà supposée lancer une micro avec deux autres partenaires. Notre conseiller à la caisse a vu les deux projets passer en même temps, il nous a mis en contact pour qu’on mette nos énergies en commun plutôt que de se concurrencer. »
Après qu’un pépin ait forcé ses partenaires originaux à abandonner le bateau, la Victoriavilloise s’est donc tournée vers Marc et William pour leur proposer son aide dans leur projet, surtout qu’elle avait des atouts complémentaires à leur offrir. « Eux avaient beaucoup de compétences au niveau brassicole et moi, j’avais travaillé plusieurs années en restauration. Le fit s’est fait tout naturellement. »
« On trouvait ça intéressant d’offrir un lieu de rassemblement, d’apporter un certain dynamisme à la ville. »
C’est donc en février 2013 que L’Hermite a ouvert ses portes au centre-ville de Victo. Pourquoi Victoriaville? D’abord parce que deux des trois fondateurs y ont grandi (Marc, lui, vient de Sherbrooke), mais également pour offrir un point de rencontre aux gens de la région. « À Victoriaville, on est une petite population d’environ 45 000. On trouvait ça intéressant d’offrir un lieu de rassemblement, d’apporter un certain dynamisme à la ville. »
Comme le boom des microbrasseries a tardé à arriver dans la région du Centre-du-Québec, les trois entrepreneurs ont évidemment dû faire face à certains défis à leurs débuts. « Quand on a ouvert, y a pas une journée qui passait sans que je me fasse demander de la Molson ou de la Labatt. Y a fallu éduquer une partie de la clientèle, leur montrer c’était quoi la bière de micro. »
En souvenir de ces débuts modestes, on commence donc notre dégustation avec la Pilsner Czech, une lager simple et rafraîchissante.
Notre appréciation
Lager bohémienne
Alcool : 5,2 %
D’un jaune vif légèrement voilé surmonté d’un mince col blanc, la Pilsner Czech présente des arômes floraux, de céréales craquantes et un soupçon mielleux. En bouche, le côté floral est encore très présent, puis fait place aux saveurs herbacées et de céréales. Une légère amertume s’invite dans une finale bien sèche. Une bonne bière de soif.
IPA américaine côte ouest : À la mode de chez eux
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Si on assiste de plus en plus à une hyperspécialisation des microbrasseries, les brasseurs de L ’Hermite, eux, ont fait le choix ratisser assez large dans leur éventail de produits, tout en se laissant guider par leurs goûts personnels. « William est un amateur d’IPA, le houblon l’attire vraiment. Marc, c’est plus un amateur de levures, donc les saisons, c’est vraiment ses bières préférées. Et une autre chose qu’on aime beaucoup, c’est les produits barriqués. Dès notre deuxième année, on s’est procuré des fûts de chêne pour commencer à expérimenter avec ça. »
Évidemment, la tentation peut être forte de se laisser séduire par les modes du moment. Sans leur tourner le dos, Geneviève Bouffard privilégie toutefois une approche résolument stratégique. « Quand t’es un entrepreneur, faut que tu brasses des choses qui te plaisent, mais faut aussi que tu sois logique par rapport au marché. Il y a un équilibre à trouver au travers de ça. C’est pour ça qu’on n’a pas fait de milkshake IPA, par exemple. Comme on n’aime pas particulièrement ce style, on préfère le laisser aux autres pour nous concentrer sur d’autres produits. »
Le meilleur moyen de suivre les modes demeure de les créer soi-même.
Le meilleur moyen de suivre les modes demeure de les créer soi-même. C ’est un peu ce qu’a fait L’Hermite en lançant trois produits barriqués (une strong bitter, une scotch ale et un vin d’orge) qui ont profité d’un buzz considérable l’automne dernier. « On est contents de la réception parce que c’est vraiment quelque chose qu’on veut continuer à faire. On aimerait sortir entre 4 et 6 brassins barriqués par année. »
Deux de ces bières ont d’ailleurs été vieillies en fûts de scotch Bowmore, ce qui enchante particulièrement la Victoriavilloise. « Ça faisait longtemps qu’on en voulait, c’est assez difficile à trouver! Pour les avoir, on a travaillé avec Matera. On a même été capables de choisir la distillerie qu’on voulait alors que normalement, c’est super compliqué. »
Quand on lui demande quels produits ont le plus contribué à faire connaître L’Hermite chez les amateurs de bière, Geneviève Bouffard répond sans hésiter. « La première bière qui nous a vraiment fait connaître, si on recule en 2014, c’est notre IPA Côte Ouest. Et depuis qu’on distribue en canettes, je te dirais que notre IPA Côte Est marche très bien. » Bref, on peut presque que dire que L’Hermite connaît du succès d’un océan à l’autre.
De notre côté, c’est sur la côte ouest qu’on prend une pause pour notre deuxième dégustation.
Notre appréciation
West Coast IPA
Alcool : 6,6 %
D’un doré voilé surmonté d’un col blanc moyen de bonne tenue, la IPA américaine côte ouest présente des arômes résineux, d’orange et de pêche sur un fond légèrement malté. La bouche est fidèle au nez, mais avec davantage d’accent sur l’orange et moins de malt. Une amertume moyenne s’étire en finale, accompagnée de relents d’orange sucrée. Un bon choix si vous voulez faire changements des éternelles NEIPA.
Vin d’orge : Brasser moins, mais brasser avec soin
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Là où L’Hermite va à contre-courant, c’est au niveau du format de ses canettes. La brasserie privilégie en effet la version de 355 ml à celle, plus courante, de 473 ml. Si certains y voient un choix stratégique, Geneviève Bouffard remet tout de suite les pendules à l’heure. « C’était simplement le format qu’on préférait en tant que consommateurs de bière. Parce qu’on se le cachera pas, c’est pas le format le plus rentable. Faut que t’en vendes plus pour faire le même volume. Donc au niveau stratégique, c’était peut-être pas la meilleure décision! »
Malgré cela, la Victoriavilloise voit tout de même des avantages notables à la petite canette. « Moi, je suis pas très grande, pas très grosse. Les grandes canettes, je trouve ça intense un mardi soir… Et avec les petites canettes, la bière reste froide, elle a pas le temps de réchauffer l’été. »
« Quand les bières partent de chez nous, elles sont encore froides en arrivant chez le client. »
Parlant de froid, L’Hermite exerce un contrôle presque maladif sur les conditions d’entreposage de ses produits. « À l’usine, on a construit une chambre froide de 900 pi2 : 100% de notre inventaire est maintenu entre 0 et 2 degrés. Donc quand les bières partent de chez nous, elles sont encore froides en arrivant chez le client. Et on fait nos propres livraisons pour s’assurer de la rotation et de la fraîcheur des produits.
Un autre avantage du format 355 ml, c’est que contrairement aux grandes canettes qui sont produites seulement aux États-Unis, les petites proviennent du Canada, ce qui cadre avec les ambitions écologiques de la brasserie. « On composte, on génère très peu de déchets, on revalorise la drèche… On essaie aussi d’intégrer de plus en plus de grains et de houblons québécois dans nos bières. »
Et qu’est-ce qui attend L’Hermite dans un futur rapproché? En 2020, Geneviève Bouffard entend déployer plus d’efforts pour faire connaître encore davantage la brasserie. « On est inscrits pour Chambly cette année, on va faire quelques petits festivals, mettre un peu plus d’énergie sur les réseaux sociaux, montrer qu’on est là. »
La Victoriavilloise désire également augmenter la production, mais pas à tout prix. « On veut juste atteindre le volume de production qu’on s’est fixé. On n’a pas l’ambition d’être les plus gros au Québec, on ne veut pas devenir des gestionnaires. L’objectif, c’est de continuer à s’amuser. Faire des recettes qu’on a envie de faire, des collabos avec des gens qu’on apprécie, trouver des fûts qui nous font tripper, essayer des styles qu’on n’a pas encore travaillés… »
Le plaisir avant tout, donc. Difficile de trouver une cause plus noble à laquelle lever notre verre… de vin d’orge affiné en barrique de cabernet sauvignon!
Notre appréciation
Vin d’orge anglais
Alcool : 9,3 %
D’un brun foncé surmonté d’un col beige moyen, ce vin d’orge présente des arômes de sucre d’orge, de caramel, de cassis et de confiture de framboise. En bouche, la framboise vient à l’avant-plan, accompagnée de notes chocolatées, de raisin et d’un côté torrréfié. Une légère amertume s’invite dans une finale étonnamment peu sucrée. Une bière délicate, bien équilibrée, qui s’apparente presque davantage à une scotch ale, mais qui n’en n’est pas moins délicieuse.