Microbrasserie du mois – Brasserie Mille-Îles

Brasserie Mille-Îles en trois bières.

La mixologie, c’est out. Ce qui est dans le vent, c’est la bière de microbrasserie (et définitivement pas l’expression « dans le vent »). C’est pour ça qu’URBANIA a décidé de s’y intéresser en faisant des portraits de microbrasseries d’ici. Parce que de plus en plus de gens en parlent, mais aussi parce que c’est un bon prétexte pour boire sur la job.

Avant 2017, Terrebonne n’était pas une terre si bonne pour les amateurs de bière québécoise. Aucune microbrasserie n’avait alors pignon sur rue dans la ville lanaudoise, pourtant 10e en importance au Québec. Heureusement, la brasserie Mille-Îles, qui fête ces jours-ci son troisième anniversaire, est venue changer la donne.

Discussion avec Maxime Lapointe, cofondateur de la brasserie Mille-Îles.

Best Bitter anglaise : deux frères (mais pas le duo musical)

La brasserie Mille-Îles, c’est le projet de deux frères, Maxime et Étienne Lapointe. S’ils caressaient depuis longtemps le rêve de démarrer une entreprise ensemble, ils n’avaient jamais pensé au milieu brassicole. Pourtant, Étienne brassait depuis qu’il avait 18 ans, se remémore son frère. « Il a commencé dans le sous-sol chez nos parents. Il a suivi des formations théoriques et pratiques de brassage et a travaillé chez Brasseurs Illimités quelques années pour prendre du galon. »

Ajoutez l’expérience en gestion et les études en administration de Maxime, les planètes se sont rapidement alignées. « Les produits maison d’Étienne commençaient à avoir pas mal d’allure. On s’est dit que la business qu’on avait toujours voulu partir ensemble, ça pourrait être ça. On avait chacun nos forces, on trouvait que c’était un bon complément pour faire cette entreprise-là. »

Les frères Lapointe ont donc consacré pratiquement toute l’année 2015 à mettre leur projet sur papier. Puis, en 2016, ç’a été la recherche de financement et d’un local, pour finalement obtenir le permis et mettre leurs premiers produits sur les tablettes en janvier 2017.

«Entre le moment où on a commencé notre plan d’affaires et celui où on a ouvert, le marché a complètement changé.»

Bref, le processus de création de la brasserie a été long, mais à en croire Maxime Lapointe, c’est justement ce qui fait leur force. « Entre le moment où on a commencé notre plan d’affaires et celui où on a ouvert, le marché a complètement changé. Y a des dizaines de nouvelles micros qui ouvrent chaque année. Mais on avait tellement passé de temps sur notre projet que peu importe ce qui arrivait, on allait jusqu’au bout. »

Aujourd’hui, cette patience et cette rigueur semblent avoir été payantes, puisque Mille-Îles a le vent dans les voiles. « On a vraiment commencé juste à deux. Une journée, je faisais les ventes, le lendemain j’allais livrer, le surlendemain je faisais des ventes, puis je retournais livrer. Rapidement, on a dû engager des employés. On est rendus une équipe de six et ça va encore augmenter bientôt. »

Question de rendre hommage à ces débuts modestes, notre première bière en dégustation est la Best Bitter anglaise, qui faisait partie des tout premiers brassins sortis des cuves de Mille-Îles en 2017.

Notre appréciation

Best Bitter anglaise

Alcool : 4,4 % | IBU : 32

D’un ambré étonnamment pâle surmonté d’un col blanc cassé moyen, la Best Bitter anglaise présente des arômes maltés, de noix grillées et de caramel. Un soupçon résineux est également détectable. En bouche, le caramel demeure, accompagné de noix pralinées et d’une présence plus marquée du côté floral et résineux des houblons. La finale est modérément amère et sèche. Une bière remarquablement équilibrée!

Espresso Kenya AA : veiller au grain

Lorsqu’on démarre une microbrasserie, on a nécessairement l’ambition de créer des produits impeccables. Les frères Lapointe n’y font pas exception. Mais pour se démarquer, les Terrebonniens adoptent une attitude que l’on pourrait décrire comme de la rigidité flexible. « C’était important, pour nous, d’offrir une gamme solide de produits réguliers et saisonniers. Mais les habitudes des consommateurs changent rapidement, les gens ont de plus en plus soif de nouveauté, donc c’est important aussi de rester aux aguets pour répondre aux attentes. »

La nouvelle gamme lancée par la brasserie Mille-Îles pour son troisième anniversaire correspond d’ailleurs parfaitement à cette mentalité. Dans cette série aux canettes monochromes, chaque couleur représente un style qui connaîtra des variantes selon les modes et les saisons. « La canette noire, c’est notre stout impérial. On vient d’en sortir un affiné en baril de bourbon qui a contenu du sirop d’érable. La prochaine fois que la canette noire va revenir, ça va être encore un stout, mais sous une autre forme. Un sweet stout, par exemple. Ça reste la même recette de base, mais avec des ingrédients différents. »

Pour se démarquer, les Terrebonniens adoptent une attitude que l’on pourrait décrire comme de la rigidité flexible.

Une chose qui ne changera jamais, par contre, c’est le talent. Sur ce point, Maxime Lapointe tient à rendre hommage à son frère : « Étienne, sa force, c’est les produits de style anglais et les produits plus maltés. Il a vraiment un talent pour mélanger les grains et arriver à une bière vraiment bien balancée. Je pense à notre Brown Ale avec laquelle on a gagné la bière de l’année aux Canadian Brewing Awards en 2018 avec son tout premier brassin. »

Étrangement, quand on demande à Maxime Lapointe quels produits ont permis à Mille-Îles de se démarquer sur le marché, ce ne sont pas nécessairement les bières anglaises et maltées qui ressortent. « Quand on a sorti notre Double IPA, c’est là que les détaillants se sont mis à nous appeler pour distribuer nos produits. La Sabro Juicy IPA aussi a connu beaucoup de succès. Plus récemment, on reçoit de bons commentaires sur l’Espresso Kenya AA, qu’on avait brassée pour notre deuxième anniversaire et qu’on vient de ressortir. »

On pensait donc avoir la vie dure pour décider laquelle des trois serait notre deuxième bière en dégustation (dans le doute, prenez les trois, nous direz-vous). Heureusement pour notre foie, l’Espresso Kenya AA est la seule en distribution présentement.

Notre appréciation

Stout au café

Alcool : 7,5 % | IBU : 40

D’un noir opaque surmonté d’un col moka moyen, l’Espresso Kenya AA présente des arômes de café corsé et de chocolat noir, accompagnés de subtiles notes fruitées et de caramel. En bouche, le café domine, suivi de cerises noires et de chocolat. La texture est étonnamment onctueuse pour une bière à 7,5% d’alcool. En finale, l’amertume du café demeure un moment, laissant éventuellement place à des effluves sucrés. Si vous aimez le café, c’est la bière pour vous!

Scotch Ale : distribuer pour mieux régner

Depuis le début de notre série de portraits de microbrasseries, une remarque est souvent revenue : dans le marché actuel, si t’as pas de broue pub, ça va être difficile de survivre. Pourtant, Mille-Îles ne fait que de la distribution. Et Maxime Lapointe a une explication toute simple l’expliquer. « On s’est concentrés là-dessus parce qu’on était juste deux. On n’avait pas le budget pour engager de la main-d’œuvre et on n’avait pas la place pour un salon de dégustation. On s’est dit qu’on commencerait par ça et qu’on verrait après. »

Heureusement pour les Terrebonniens, le succès a été au rendez-vous dès le début, notamment en raison de la proximité qu’entretient Maxime avec ses clients. « Une des raisons pour lesquelles ça fonctionne, c’est qu’on s’occupe nous-mêmes de nos ventes. Les clients aiment ça passer directement par la brasserie plutôt que par le représentant d’un distributeur. Aussi, le fait d’être à Terrebonne, pas loin de Montréal, ça fait qu’on peut continuer à livrer nous-mêmes à nos clients. »

Lanaudière était l’une des régions avec le moins de microbrasseries par habitant.

Et justement, pourquoi Terrebonne? Outre le fait qu’ils y ont grandi, les frères Lapointe y voyaient une bonne opportunité d’affaires, puisque Lanaudière était l’une des régions avec le moins de microbrasseries par habitant. C’était donc logique de s’y installer. Sans compter qu’ils ont eu la chance de trouver un local qu’ils ont pu facilement adapter à leurs besoins. « Quand on a commencé à regarder pour des locaux, y avait juste une rue zonée pour les brasseries. Comme il y avait un bâtiment en train de se construire, on a pu orienter les travaux en fonction de nos besoins, comme les pentes dans le plancher, le revêtement des murs… Ça nous a sauvé beaucoup de coûts d’amélioration locative. »

Et maintenant qu’ils sont bien implantés dans le milieu brassicole, qu’est-ce qui attend les frères Lapointe dans les prochaines années? Outre le lancement de leur série monochrome, les Terrebonniens regardent de plus en plus du côté des produits barriqués et haut de gamme. Une augmentation de la capacité de production est également dans les plans. « On est plusieurs années en avance sur notre plan d’affaires. On commence à manquer d’espace, donc on considère agrandir le local. On aimerait aussi avoir notre propre usine un jour, avec salon de dégustation et boutique intégrée. »

Juste avant de mettre fin à la conversation, on s’est permis une dernière petite question à Maxime Lapointe : est-ce que c’est grâce à Mille-Îles si la ville est de Terrebonne humeur? Après un petit rire, l’entrepreneur nous a répondu avec humilité. « Le slogan existait déjà avant qu’on arrive… Mais on essaie d’y contribuer le plus possible! »

Vous savez ce qui nous rend de Terrebonne humeur, nous? Déguster une Scotch Ale de la brasserie Mille-Îles.

Notre appréciation

Scotch Ale

Alcool : 7,7 % | IBU : 15

D’un brun foncé aux reflets acajou surmonté d’un col beige qui disparaît rapidement, la Scotch Ale présente des arômes de caramel, de fruits rouges, de noisettes torréfiées et de carrés aux dattes. En bouche, le côté torréfié est plus présent, toujours accompagné de caramel, de dattes et d’une pointe d’érable. La finale est bien sucrée, presque collante, avec une amertume qui rappelle le caramel brûlé. Du réconfort en canette!

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