Merci, Catherine Dorion, de me dire que je suis laid

Elle n'a pas peur de nous mettre la réalité en pleine face.

Je me trouve souvent pas beau. C’est correct. Ça arrive. Je travaille un peu sur moi-même, puis je me trouve un peu plus beau. Il y a moyen de s’arranger seul. J’ai le contrôle de ma vie et je fais les choix nécessaires pour l’améliorer. Par contre, ce n’est pas aussi simple en grand groupe. En ce moment, j’ai l’impression que le Québec se trouve laid. On pourrait travailler sur nous pour l’embellir, mais, à la place, on critique Catherine Dorion.

C’est impressionnant comment des gens sont motivés à haïr Catherine Dorion. On pourrait parler de biens d’autre chose, mais non. Mademoiselle Dorion est une politicienne en t-shirt, il faut en parler.

Jusqu’à maintenant, j’ai entendu parler de sa tuque et de son niveau de langage : François Lambert a dit d’elle que c’était une épaisse et Global News l’a accusé d’avoir un VUS. (Finalement, elle n’a même pas de VUS. Zut. Une raison de moins de l’haïr)

Le point positif dans tout ça : on entend plus parler de Mademoiselle Dorion que de l’horrible Musulmanie. Les auditeurs de Télé-Métropole ont enfin trouvé pire que les « races » : une gauchiss grano. « Sauvez-nous! Elle va nous forcer à prendre l’étobus! »

La population a beaucoup de difficulté à se faire dire qu’elle est laide par quelqu’un qui a aussi des failles. On aimerait se faire remettre à notre place par un être tout puissant qui a réponse et solution à tout, mais non. C’est Catherine Dorion qui s’est proposée pour nous sauver.

Ce qu’on reproche surtout à Catherine (je l’appelle maintenant par son prénom. J’ai décidé qu’on était rendu des amis.) c’est de nous dire qu’on est laid. La population a beaucoup de difficulté à se faire dire qu’elle est laide par quelqu’un qui a aussi des failles. On aimerait se faire remettre à notre place par un être tout puissant qui a réponse et solution à tout, mais non. C’est Catherine Dorion qui s’est proposée pour nous sauver.

Jour après jour, on se fait dire que notre mode vie est nocif. Même les gestes les plus anodins ont un impact sur le monde. Les pailles tuent des tortues, acheter un téléphone encourage les mauvaises conditions de travail et écouter de la musique sur Spotify empêche les artistes de manger. Moi-même avec mes airs d’étudiants en sciences humaines, je dois constater que je suis nocif pour l’environnement. Ma Honda Civic 2007 n’éjecte malheureusement pas des câlins par son pot d’échappement.

Notre réflexe n’est pas de se demander comment on a fait pour ressembler à ça. Non. C’est de cracher sur notre reflet pour s’empêcher de se voir.

Dans tout ce niaisage autour de Catherine Dorion, ce que je vois c’est que, pour une fois, une politicienne nous met un miroir en plein visage. Nous n’y sommes pas habitués. C’est ça qui nous fâche. Notre réflexe n’est pas de se demander comment on a fait pour ressembler à ça. Non. C’est de cracher sur notre reflet pour s’empêcher de se voir. On lui en veut de nous montrer nos mauvais côtés. Sauf que ce n’est pas la faute ni de Catherine ni du miroir. On a tout simplement l’air de ça.

Quand j’ai un bout de persil pris entre mes dents, j’aime beaucoup qu’on me le dise avant de sortir dehors. C’est ça qui se passe. On a un méchant gros morceau de persil dans la bouche, on est déjà dehors, puis Catherine est une des personnes qui nous l’a dit. Ce n’est pas elle qui a mis le persil là, écoutons là pour connaître ses stratégies d’enlevage de persil avant de crier qu’elle dit n’importe quoi.

En ce moment le paysage est laid, mais on peut de l’embellir juste un peu. Prenons le temps de nous regarder dans la glace, faisons les efforts pour s’embellir et laissons Catherine tranquille. Ce n’est pas elle qui nous a mis du persil dans face.

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