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« Même si le pire arrive, on va être corrects »
Dans « Moments magiques », Geneviève Pettersen raconte comment une mère et sa fille traversent les tempêtes ordinaires.
« Je m’excuse, ça se peut que j’aie à prendre un appel. Ma fille s’est blessée dans un cours d’éducation physique et elle est supposée me donner des nouvelles. »
Venue me rejoindre dans un café des Shops Angus pour parler de son nouveau roman, Moments magiques, Geneviève Pettersen fait immédiatement écho à sa protagoniste. L’autofiction a la cote dans le milieu littéraire québécois, et la tentation de faire un raccourci intellectuel est très forte. Surtout que l’autrice et chroniqueuse en a déjà utilisé les codes pour son best-seller, La déesse des mouches à feu.
Or, Moments magiques n’est pas une œuvre d’autofiction. « Ce livre-là a été inspiré par plusieurs histoires qui m’ont été racontées par des femmes sur Instagram », explique Geneviève, ajoutant que la dédicace s’adresse à elles. « Ça faisait longtemps que je voulais écrire sur la maternité. Créer un personnage qui ne tombe pas dans les stéréotypes. Les mères sont souvent la méchante ou une sainte absolue. »
Moments magiques raconte l’histoire d’une jeune maman qui doit élever sa fille seule après que le père de cette dernière l’ait abandonnée au beau milieu d’un souper. Dans un récit marqué par l’abandon et la précarité, on traverse une série de scénarios qui vont des petites insécurités aux pires anxiétés parentales. Émotionnellement, on en prend pour son rhume.
On est loin de La déesse et de La reine de rien, mais on y retrouve le réel cru et l’intériorité percutante qui caractérisent l’univers littéraire de Geneviève Pettersen. C’est un roman sur une mère, mais tout le monde peut s’y retrouver.
Raconter avec des fantômes
Un des mécanismes qui rend la lecture de Moments magiques immersive est la série d’absences, de non-dits et de questions en suspens avec lesquelles doit composer la protagoniste. Mère et fille se construisent à travers une série de manques et de drames tout en réussissant à tirer le meilleur l’une de l’autre.
« C’est drôle parce que quand on donne une entrevue sur un roman, on y réfléchit plus que lorsqu’on l’écrit. Une autre question en suspens, c’est : pourquoi la mère décide de lui raconter tout ça ? Elle choisit ce qu’elle veut bien révéler. Je trouvais intéressante l’idée d’une mère qui veut raconter sa vérité à sa fille, mais sa démarche est loin d’être parfaite », affirme Geneviève.
Un autre fantôme qui plane sur le roman est celui de La déesse des mouches à feu, un succès monstre adapté au théâtre et au cinéma, qui teint encore la perception de son écriture. Geneviève admet avoir elle-même de la difficulté à s’en défaire. « Le plus grand défi a été de ne pas pervertir mon ton. Je voulais que ça demeure moi sans que les gens aient l’impression de lire Catherine », précise-t-elle.
Elle n’est d’ailleurs pas la seule à voir ces liens avec la protagoniste de ses deux premiers romans.
Émilie Perreault, animatrice à Il restera toujours la culture, lui a confié, à la suite de sa lecture de Moments magiques, avoir eu l’impression de lire un livre écrit par la mère de Catherine. Geneviève m’assure que ce n’est pas le cas, sans avoir toutefois trouvé la théorie farfelue.
Bien que Moments magiques évoque l’imaginaire parfois glauque et abrasif des romans précédents de Geneviève Pettersen, il s’agit d’une impression qu’elle souhaiterait transcender : « Ça va être le bout quétaine de l’entrevue, mais j’avais envie d’écrire quelque chose qui fait du bien. Pas quelque chose de parfait, mais quelque chose qui te fait sentir qu’on va être corrects. Que même si le pire arrive, on va être corrects. »
Un timing particulier
Moments magiques se retrouve en librairie exactement trois semaines après que se soit achevée la campagne électorale de Pettersen comme candidate de la CAQ dans le comté de L’Assomption. Une circonscription ayant autrefois appartenu à l’ancien chef et fondateur du parti, François Legault. Même si le projet s’est soldé par une défaite aux mains du candidat péquiste Maxime Laporte, Geneviève affirme que ces quelques semaines ont contribué à changer sa vision des choses.
« J’ai fait une campagne très terrain. Je suis allée voir les gens et j’en suis sortie inspirée. Je me rappelle particulièrement d’une visite dans une maison pour aînés. Le pouvoir de la communauté à briser l’isolement, c’est quelque chose de très fort qu’on est en train de perdre. Je trouve ça triste. Y a des gens là-bas qui m’ont confié qu’ils seraient peut-être plus en vie sans cet endroit-là. Imagine », révèle l’autrice.
Geneviève affirme aussi ne pas avoir l’impression qu’elle sera victime d’un ressac suite à ce saut en politique. De toute façon, chaque fois qu’elle publie un roman, elle est toujours aussi nerveuse. « Au moment où ça sort, je deviens tellement stressée. J’ai tellement peur que les gens n’aiment pas ça. Quand j’ai su que le roman allait faire l’objet d’une critique dans Le Devoir, je n’ai pas dormi de la nuit. À partir de quatre heures du matin, je rafraîchissais la page continuellement. »
Bien sûr, elle n’avait pas à s’en faire. Ce matin-là, Moments magiques a récolté ses premiers éloges, une réaction à la hauteur du matériel. Geneviève me confie qu’avant même que ne paraisse la première critique, elle avait déjà eu la meilleure de la part de sa fille de 19 ans, la même qui s’est blessée dans son cours d’édu. Celle de sa fille de dix-neuf ans. La même qui s’est blessée dans un cours d’éduc. « Elle m’a dit : “Maman, quand je lis tes romans, j’oublie que c’est toi qui écris.” C’est le plus beau compliment que je puisse recevoir. »
Ç’a été un gros automne pour Geneviève Pettersen, mais elle va être correcte. Sa fille aussi, d’ailleurs. Rien de trop grave. Une blessure dans un cours d’édu, c’est une autre petite tempête du quotidien à gérer.
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