Maripier Morin  : aller au bout de sa curiosité

Discussion avec Maripier Morin, qui présente « le projet de sa carrière ».

URBANIA et Z s’unissent pour vous faire découvrir une femme qui n’a pas froid aux yeux.

L’air de rien, ça fait près de 15 ans que Maripier Morin est sur nos écrans de télévision (pas mal pour une femme âgée de seulement 33 ans).

Comme elle est très présente dans le paysage télévisuel québécois, on en vient à avoir l’impression de la connaître. La preuve : en lui parlant au téléphone pour cette entrevue, j’avais l’impression de parler avec quelqu’un que je connais depuis longtemps… sauf qu’on ne s’était jamais parlé de notre vie.

Mais la connaît-on vraiment? C’est ce qu’on va voir cet automne, puisque dans sa série documentaire Mais pourquoi?, Maripier a décidé de se dévoiler complètement, allant littéralement jusqu’à se mettre à nu.

Entrevue avec une animatrice qui n’a peur de rien (ou presque).

 

Comment décrirais-tu le concept de Mais pourquoi?

C’est une série documentaire immersive par laquelle j’ai décidé d’approfondir des sujets sur lesquels je me posais énormément de questions, et qui se trouvent aussi à être des sujets assez tabous de notre société. 

Parmi les sujets traités, il y a les jeux vidéo, la nudité, le fitness… comment as-tu choisi ces thèmes?

Ça a été super facile, les sujets se sont imposés d’eux-mêmes. On s’est demandé : « C’est quoi, les grands tabous de notre société, quels sont les sujets qui font réagir? » Évidemment, les premiers qui sont sortis sont l’argent, la religion et la nudité. Ensuite, on s’est demandé : « Qu’est-ce qui dérange, qu’est-ce qui choque, qu’est-ce qui a énormément de succès? » Là encore, la nudité s’est imposée!

Je me demandais si je pouvais, en m’entraînant intensément pendant six mois, être prête pour faire un combat. Rapidement, ils ont dû freiner mes ardeurs. Même TKO, qui est l’espèce de club-école du UFC, m’a refusé l’accès!

Ensuite, le jeu vidéo, qui est l’une des industries les plus lucratives au monde. Plus lucrative que l’industrie du cinéma. Mais en même temps, on sait que ça crée de grandes dépendances. C’est rare qu’on va dire de quelqu’un qu’il est accro au cinéma, ou qu’il est accro à la littérature. Mais on va parler de jeunes qui sont accros aux jeux vidéo, on sait que ça crée des dommages au cerveau, que ça crée un isolement.

Et moi, jeune, je n’ai jamais joué aux jeux vidéo, je n’ai AUCUN intérêt pour les jeux vidéo. Donc je trouvais ça le fun d’aller à la rencontre de cet univers que je ne connaissais pas du tout.

Le dernier [épisode] qu’on a fait porte sur le fitness. Pour être franche, au départ, le désir – qui était un peu fou quand j’y repense –, c’était le UFC. Je me demandais si je pouvais, en m’entraînant intensément pendant six mois, être prête pour faire un combat. Rapidement, ils ont dû freiner mes ardeurs. Même TKO, qui est l’espèce de club-école du UFC, m’a refusé l’accès!

Donc là, je me suis dit qu’il y avait le monde du [Bikini] Fitness, qui est intense. On se demande pourquoi elles font ça. Il n’y a pas d’argent à gagner, ce n’est vraiment que pour la réussite personnelle et le développement de soi.

Je comprends pourquoi quelqu’un embarque dans une cage et se bat pour 50 000 $… mais s’entraîner pendant des mois pour gagner un trophée en plastique, c’est quand même intense aussi!

Est-ce que tu comprends mieux maintenant que tu l’as fait?

Oui!

Il y a des sujets que je n’ai pas réussi à décoder, pour lesquels mon questionnement a persisté. Mais au moins, mes réflexions ont avancé. 

Le jeu vidéo, moi, j’accroche pas. Mais j’ai été évaluée par une neurologue, et j’ai appris que mon cerveau ne fait pas partie de la catégorie de cerveaux qui sont atteints par les jeux vidéo.

Quand on regarde la bande-annonce, on voit que tu sembles avoir été affectée émotionnellement par certains des sujets. Est-ce qu’il y en a qui ont été particulièrement difficiles à traiter?

Ils l’ont tous été.

Mais je me rends compte qu’en 2019, le plus grand tabou qui persiste, c’est l’argent. Je sais que c’est cet épisode-là qui risque de susciter le plus de réactions.

Il y a deux choses : d’abord, au Québec, on ne parle jamais, jamais d’argent. C’est le démon. On est vraiment nés pour un petit pain.

L’autre chose, c’est l’ambition féminine. Je ne suis pas la plus grande porte-étendard du féminisme, peut-être que je ne m’exprime pas autant sur le sujet que d’autres le font, mais s’il y a une chose qui me pue au nez, qui me met vraiment en colère, c’est la réaction par rapport au succès que certaines femmes peuvent avoir, surtout le succès financier.

Si t’en fais [de l’argent], farme ta yeule pis parles-en pas! Il y a des hommes qui ont des entreprises, ils génèrent des milliards, on en est fiers, on dit que ce sont des fleurons québécois. Quand il y a une fille dont l’entreprise va bien, on n’en entend pas parler… mais crisse, le matin où elle se plante par exemple, ben là, ils font leurs choux gras avec ça, que ce soit Mahée, que ce soit Caroline Néron, on est toujours attaquées là-dessus.

Le sujet le plus personnel, par contre, j’hésite entre la nudité et les bébés. Il y a un de ces épisodes où je suis allée trop loin, et l’autre où ça a juste mal viré.

Est-ce que tu sens que ça t’a changée d’avoir fait Mais pourquoi?

Complètement. 

Et je ne dis pas ça pour exagérer pour vendre un show de télé.

Je n’avais aucune idée à quel point c’était gros, ce dans quoi je m’embarquais, à quel point ce show-là allait être prenant, physiquement et émotionnellement. 

Je n’avais aucune idée à quel point c’était gros, ce dans quoi je m’embarquais, à quel point ce show-là allait être prenant, physiquement et émotionnellement. Je me suis lancée là-dedans un peu naïvement. Je me trouve un peu stupide parce que c’était toutes mes idées, et finalement, je me suis dit que j’en ai beaucoup trop pris!

Pour moi, il y aura eu un avant et un après Mais pourquoi?, concernant mon regard sur les gens, sur la façon qu’on a de juger les gens, de regarder un peu de loin sans aller au fond des choses, juste regarder en surface ce que ça nous fait comme réaction sans aller plus loin et comprendre la démarche derrière tout ça.

En 2019, les réseaux sociaux nous gardent dans ce carcan-là, de juger son prochain sans le connaître; on est une génération d’images, et c’est malheureux. J’avais envie de faire quelque chose qui allait me sortir de ça, parce que je ne suis pas différente, je fais partie de ça moi aussi.

Referais-tu l’émission, sachant tout ce que tu sais aujourd’hui?

(Elle hésite et se met à rire.)

… ah crisse, je me chicane avec ma productrice là-dessus! (Rires.)

En fait, j’ai l’impression que c’est l’aventure d’une vie. Ce que j’avais à comprendre, je l’ai peut-être déjà compris. Cependant, il y a deux sujets qu’on n’a pas pu faire, que je trouvais pertinents et qui m’excitaient beaucoup.

Si c’était à refaire, peut-être que je me lancerais dans ces deux sujets-là, que je n’ai pas pu toucher.

Est-ce qu’on peut savoir lesquels?

C’est une bonne question, mais je vais les garder pour moi, parce qu’on discute d’une éventuelle saison 2…

*****

L’émission Mais pourquoi ? sera diffusée les mercredis à 21h dès le 30 octobre sur les ondes de Z.

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