Germain Barre

Manon Grenier à la cantine

Manon mange à la cantine mexicaine avec sa « frennemy » Renée Drainville.

C’est à la cantine mexicaine

Dans son riz aux tomates

Que Renée Drainville a trouvé un cheveu

« Mon dieu, Ménon, regarde si y’est long » 

Renée avait beau tirer, le cheveu finissait pu d’émerger

Comme un foulard de la bouche d’un magicien

Et plus Renée tirait, plus son sourire s’élargissait

Car la longueur du cheveu

Est toujours proportionnelle

À la grosseur du rabais

« Ça l’air c’est moé la luckeuse aujourd’hui! » Renée a dit

En déposant délicatement le cheveu sur une napkin

Comme un nouveau-né dans son berceau

Puis, avec l’élan de la gambleuse qu’on peut pu arrêter, elle a dit:

« D’un coup que j’trouve de quoi d’autre… »

Avant de plonger ses deux mains baguées

Bien profond dans le riz fumant

Comme pour faire accoucher une biquette

Elle tâtonnait, concentrée, les yeux fermés

Prête à dénicher l’Atlantide perdue

Inspirée par Renée, j’me suis mise à zieuter mon assiette

Pour trouver de quoi me plaindre moi aussi :

« Ouan, j’pourrais leur dire que mon poulet y’est caoutchouteux… »

C’est là que les narines de Renée se sont dilatées

Deux trous noirs prêts à m’aspirer

Comme c’est toujours le cas quand est contrariée

« Ménon, si on commence à se plaindre toué deux 

Y me prendront pas au sérieux

Pis j’aurai pas mon escompte »

J’ai même pas eu le temps de répliquer

Que Renée claquait des doigts pour attirer le serveur

L’enchaînement d’évènements était surréaliste

Non seulement Renée a pas payé son assiette

Mais le cuistot est apparu

Pour lui remettre un pot de jalapeños

Pis un certificat-cadeau

Un peu plus

Pis était promue gérante

Tout ce qu’on m’a remis à moé, c’était la cuenta

Pis deux nananes emballés paresseusement

Avant de nous laisser partir, y nous ont offert un polaroïd souvenir

Sur la photo, Renée arbore un grand sombrero

Savamment incliné sur le côté

Avec l’arrogance de ceux qui ont pas déboursé

Son oeil rendu rouge vif par le flash

Et c’est seulement en m’attardant sur la photo

Une fois seule à la maison

Que je me suis rendue compte

Que c’était l’oeil de quelqu’un

Qui avait tout orchestré

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