Manger l’hiver

Ce texte est extrait du #33 spécial Hiver québécois | présentement en kiosque

J’ai commencé par manger le banc de neige. En fait, j’ai commencé par manger le plastique dans les fenêtres, à cause du paysage de tranche Single™ que ça faisait.

Ensuite j’ai mangé le banc de neige. Et toute la petite roche qui venait avec. Et tout le gros sel aussi. Puis j’ai mangé vingt-cinq carcasses de beaux-sapins-rois-des-forêts. Je me suis enfilé quatorze épaves de vélos (et autant de cadenas en U). Je leur ai rongé le frein jusqu’à la moelle. Leur ai grugé la rouille tout le tour du corps. Et ensuite j’ai attendu l’autobus 55 en me gelant les doigts. Et j’ai mangé l’horaire de l’autobus 55. J’ai mangé le temps entre moi et l’autobus 55. Et quand l’autobus 55 est finalement arrivé, je l’ai mangé pièce par pièce. Et comme la charrue passait pour manger l’asphalte, j’ai mangé la charrue aussi avant que la charrue ne me mange. Et j’ai mangé le gars dans la charrue aussi. Et j’ai eu ses dernières paroles prises entre les dents pour le restant de la journée. Et c’est là que j’ai eu soif. Je me suis trouvé une station d’essence. J’ai bu du diesel. J’ai bu du sans-plomb. J’ai bu de l’huile à moteur. J’ai bu du liquide à freins. J’ai bu de l’antigel bleu. J’ai bu de l’antigel mauve. J’ai bu du mercure aussi. J’ai bu le mercure à moins vingt. J’ai bu le mercure à plus cinq. J’ai bu le Celsius. J’ai bu le Farenheit et ça goûtait pareil. J’avais les pieds pleins de gadoue. Je suis entré dans le métro Jarry. Et j’ai croisé le petit Sisyphe du métro Jarry avec sa vadrouille, pris dans l’éternel recommencement du jus de bottes dans l’escalier roulant. J’ai mangé le petit Sisyphe du métro Jarry et sa vadrouille pleine de garnotte. Il y avait beaucoup de monde. Il faisait chaud. Je suais à grosses gouttes. J’ai mangé les tuques d’animaux sur les têtes d’adultes. Ensuite j’ai mangé les adultes sous les tuques d’animaux. Et ça faisait de l’électricité statique dans ma bouche. Et je commençais à trouver que cette journée n’allait nulle part.

Lisez la suite dans le #33 spécial Hiver québécois | présentement en kiosque

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