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Loi sur les hydrocarbures: est-ce que le Québec devrait copier la France?
Ce serait le début de la « fin des énergies fossiles ».
En décembre dernier, alors que le Québec s’apprêtait à se geler le bout des orteils, le pays de Molière a adopté un projet de loi qui vise à mettre fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures comme le pétrole et le gaz naturel d’ici 2040. Ce serait le début de la « fin des énergies fossiles », selon le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot.
Le Québec serait-il capable d’implanter une loi de ce genre? « Ce serait très facile », avance Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie aux HEC Montréal. Facile notamment parce que le Québec n’exploite ni pétrole ni gaz naturel sur son territoire. « Une loi comme la loi française serait plus symbolique qu’autre chose », selon le professeur.
Il n’y a aucun puits de pétrole ou de gaz naturel actif au Québec en ce moment. Des puits ont déjà bel et bien existé, mais ceux-ci avaient pour mission d’explorer le potentiel pétrolier du sous-sol québécois. Ces gisements de bactéries décomposées se retrouvent surtout dans l’est du Québec, notamment en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent.
Une loi dégriffée
Pierre-Olivier Pineau avance que la portée de la nouvelle loi française sera « minime, voire nulle », étant donné que la France n’exploite que très peu d’hydrocarbures. Environ 815 000 tonnes de pétrole sont extraites du sous-sol français chaque année. Ça peut paraître beaucoup, mais ce chiffre ne représente qu’un tout petit pourcent de la consommation annuelle de pétrole chez nos cousins français. Les 99 % restants sont importés d’Arabie Saoudite, du Kazakhastan, du Nigéria et d’autres pays producteurs d’or noir.
Le Québec importe la totalité de son pétrole et de son gaz naturel. Pour qu’une loi puisse avoir un peu de mordant, elle devra empêcher l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, comme le gaz de schiste, pour les années à venir. Mais, comme l’affirme Pineau, les contextes politiques et économiques peuvent toujours changer. « On peut toujours révoquer une loi. Ce n’est pas comme si c’était inscrit dans la constitution », rappelle-t-il.
Se sortir du pétrole
Pour le professeur des HEC, la solution est de consommer moins de pétrole. Devinette : quel domaine est le plus pétrolivore? Le transport, bien entendu. Selon le site web du Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, le ¾ du pétrole consommé au Québec est évacué par un pot d’échappement de voiture ou de camion.
« Il faut commencer par informer la population et ensuite réglementer si on veut diminuer notre consommation de pétrole ».
Pour se sortir du pétrole, il faut passer à l’action. « C’est un peu comme avec le tabac », compare-t-il. « Il faut commencer par informer la population et ensuite réglementer si on veut diminuer notre consommation de pétrole ». Pour le professeur, la solution passe par, d’un côté, limiter l’usage de la voiture et, de l’autre, offrir des solutions alternatives à la bagnole comme le transport en commun, le transport actif et l’autopartage.
La production mondiale de pétrole se chiffre à environ 33 millions de barils par jour, soit environ 1600 fois la capacité pétrolière française. Le Québec devra faire plus que d’adopter des projets de loi symboliques s’il veut réellement faire face au réchauffement climatique, tout comme la France.

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