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À chaque mois de décembre, quand la plupart des gens de mon entourage se mettent à sacrer d’avoir à se pitcher dans un centre d’achats quelconque pour faire une razzia d’achats de Noël, moi, je suis excitée, voire sereine.
J’adore ce rendez-vous cyclique qu’est le temps des fêtes qui marque la fin et le début de quelque chose.
Je vous écrirai dans un autre texte tout l’amour que j’ai pour ces deux semaines de fin d’année, ce sera un texte délicieux, bourré de mièvre et de pet nat. Mais pour l’instant, je me concentrerai sur un seul des aspects du temps des fêtes; le temps des bilans. Le moment où l’on se dit ce qu’on a réussi, et ce qu’on a moins bien réussi. Ce vers quoi on tend. Ce qu’on veut éviter.
Le tout se fait souvent de façon personnelle et intime, mais d’autres bilans, et certaines résolutions peuvent être collectifs, communautaires, sociétaux même, non?
Il y a plusieurs « fin d’année ». Fin d’année financière, fin d’année télévisuelle , fin d’année d’horoscope chinois, et fin d’année scolaire. Je propose donc, à l’aube de la fin d’année scolaire, qu’on prenne peut-être l’habitude d’en faire un temps de bilan et de résolutions?
Je sais que certains profs vont lire ça en disant : « Ben oui, on en fait des post-mortems, fin juin, espèce de nouille! » Oui, non je comprends, je sais…
Et j’en profite ici pour témoigner de mon admiration et de mon amour aux professeur.e.s, et aux éducat.eur.ice.s. Je ne veux pas taper sur un clou qui a déjà la tête bossée de coups, mais selon moi, vous êtes la tabarn**k de base, et c’est scandaleux que votre profession soit si peu célébrée et ne soit pas rémunérée (selon moi) à la hauteur de tout ce que vous faites. Sincèrement.
J’écrirai un autre texte sur mon admiration et mon respect des professeur.e.s, ce sera aussi un texte délicieux, avec une possible préface de Simon Boulerice, tiens.
Je parle comme peuple. Comme société. Comme angle humain, d’histoire et de legs… Est-ce qu’on ne pourrait pas faire le bilan, chaque année, de ce qu’on ne veut plus et ce qu’on souhaite dans la formation des humains de demain?
Au risque de déplaire à Lélé-13-ans-Hermione, qui évoluait très bien dans ce système scolaire axé sur la performance, les résultats, et la création de futurs travailleurs, devrions-nous prendre un petit deux minutes pour réenligner notre façon de voir l’éducation? Notre façon de voir l’évolution d’un enfant dans son parcours scolaire, mais surtout, son parcours de cœur et d’âme, en âge?
Est-ce qu’on ne voudrait pas donner aux gens-qui-forment-les-prochains-gens non seulement les moyens de leurs ambitions, mais aussi des alliés? Leur donner des missions humaines concrètes et diversifiées? Leur donner un coup de pouce, et partager ce fardeau d’éducation avec les personnes, les gens en général?
Est-ce qu’on pourrait pas décider comme société que, là où est rendu le monde aujourd’hui,
Dans ce qu’on défend,
Dans ce qu’on veut protéger,
Dans ce qu’on veut éviter,
Dans ce qu’on veut développer,
Dans ce à quoi on aspire,
Dans ce qu’on veut chérir,
Dans ce qu’on a besoin de dire et de redire,
Dans nos réflexes mal aiguisés,
Dans nos habitudes à changer,
Qu’il n’y a pas que des matières scolaires et des résultats sur 100?
Loin de moi l’idée d’enlever de la valeur aux notions qu’on apprend, et loin de moi l’idée, encore, de remettre le travail entre les mains des ultra-travaillantes-et-pleines-de-craie-et-d’encre-rouge-de-correction des enseignant.e.s, mais… est-ce qu’on ne pourrait pas voir l’éducation comme quelque chose de nettement plus large que « les notions, les matières »?
Ou sinon, pourrions-nous revoir les matières?
Je suis pas mal convaincue d’avoir déjà croisé un agresseur sexuel avec une excellente moyenne.
Je suis pas mal convaincue d’avoir déjà entendu des discours politiques de gens qui sortent de l’université, mais qui remettent en doute les droits de certains groupes de personnes.
Je suis pas mal certaine d’avoir vu un érudit ne pas savoir cultiver la terre.
Je suis pas mal certaine d’avoir vu des gens diplômés être incapables de partager. (Alors que c’est pourtant bien une notion enseignée à la garderie.)
Et je suis pas mal certaine d’avoir déjà croisé des gens savants, mais très méchants. Des gens savants, mais individualistes. Des gens savants, mais nocifs.
Et aussi…
Je suis pas mal certaine de m’être fait enseigner beaucoup de choses par des gens qui n’ont pas les diplômes – ou de diplôme d’ici, et qui ont amené mes réflexions plus loin, et les ont enrichies.
Je suis pas mal certaine d’avoir été fessée-fort-dans-face-par-une-leçon-de-vie provenant d’un enfant de 5 ans.
Je suis pas mal certaine d’avoir parlé à une dame âgée, qui n’avait jamais étudié au-delà de la sixième année du primaire, et d’avoir réalisé pas mal plus de choses que dans un cours d’histoire.
Je suis pas mal certaine que les valeurs de mon ex-beau-père qui n’était pas très lettré, mais plus-vaillant-que-vaillant, plus-doux-que-doux, et plus-généreux-que-généreux, sont plus enrichissantes que celles véhiculées par des hommes qui ont des places de parking à leur nom, et qui sacrent des claques marquées de leur nom : « père », ou « amoureux » aux visages de ceux et celles qui sont chez eux.
Dans mon rituel du temps des fêtes, les deux pieds dans la neige, dehors, j’écris sur un papier ce que je laisse derrière, et je le lance dans le feu. Dans les étincelles et les flammèches qui montent vers le noir, et vers les étoiles, j’envoie mes souhaits.
En cette fin d’année scolaire, je sais ce que j’écrirais sur le papier et je sais surtout ce que j’enverrais dans les flammèches.
Pour moi, il y a une « réforme en éducation » à faire dans nos cœurs, dans notre tête. Et qui doit se faire au-delà du système.
Je pense aussi qu’il y a une réforme à faire dans notre façon de traiter les enseignant.e.s et les éducat.eur.ice.s. À lire dans mon prochain texte. Après mon texte-shrine de Noël.
Je pense qu’il y a une réforme à faire dans ce qu’on a envie de léguer aux gens qui sont plus petits, mais qui seront, selon toutes vraisemblances scientifiques, plus grands et bons que nous, qui les précédons.
N.B. Il n’y a pas de prochain texte de prévu, c’était évidemment une récurrence utilisée pour la blague. URBANIA ne cautionne en aucun cas cette promesse, et attendra vos plaintes et demandes pour me commander un autre texte si tel est le désir de son lectorat. Hihi.