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Photo fournie : Hommage à Bob Bissonnette – William Bisson et son band

L’éternel succès de Bob Bissonnette

Dix ans après la mort du chansonnier, le public en redemande.

4 septembre 2026
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Une décennie après son décès dans un tragique accident d’hélicoptère au Nouveau-Brunswick, la musique du hockeyeur devenu chansonnier Roberto « Bob » Bissonnette incarne encore cette tension entre succès critique et amour du public.

Au moment d’écrire ces lignes, Bissonnette compte 192 851 auditeurs mensuels sur Spotify. C’est environ le double de Lou-Adriane Cassidy (96 168), récipiendaire de douze Félix au dernier gala de l’ADISQ. Près du double des Louanges aussi (102 784). Dix ans après sa mort, la musique de Bob Bissonnette résonne toujours autant. Un exploit encore plus impressionnant quand on considère que l’ensemble de sa carrière se résume à trois albums parus en l’espace de six ans.

Bissonnette n’est plus, mais il continue à vivre dans le cœur des Québécois.

Les moments importants n’ont pas l’habitude de s’annoncer et requièrent du temps pour qu’on en saisisse l’ampleur. Pourtant, entendre la pièce Mettre du tape su’ ma palette dans des circonstances plus qu’optimales allait altérer la trajectoire de William Bisson. Du moins, ça allait marquer le début d’une aventure musicale. « Les premières tounes que j’ai grattées à la guitare, c’était du Bob Bissonnette. On gravite vers les chansons qui nous parlent. Surtout à cet âge-là », confie le natif de Thetford Mines.

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Aujourd’hui âgé de 26 ans et gestionnaire de compte dans une entreprise d’érable, William Bisson est le visage d’un des six groupes hommage à Bob Bissonnette qui parcourent actuellement la province. Oui, oui, il existe six groupes hommages au chansonnier : À l’Os, le Chris Chelios Band, Gorgée mon Bob, Lemay pis sa gang, Salut Bob Gorgée et finalement, William Bisson et son band.

Non seulement la musique de Bissonnette est toujours aussi appréciée, elle est encore largement jouée en spectacle. Un phénomène dont peu d’artistes font l’objet.

Le king des tentes blanches

William Bisson a eu la chance de voir Bob Bissonnette en spectacle une dizaine de fois pendant la courte carrière du chansonnier, majoritairement lors de festivals, où le chansonnier était en forte demande. « Bob, c’était le king des tentes blanches. C’est là que se trouvait son public et c’est encore là qu’on joue. Pas exclusivement, mais sa musique est plus populaire que jamais, en festival », révèle le jeune chanteur.

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Il a même eu la chance de s’entretenir brièvement avec Bissonnette avant un spectacle. « J’étais loin de la scène, derrière la console pendant le test de son et c’est lui qui est venu me parler. Ce moment-là montre exactement qui il était. Bob, c’était un rassembleur. Il était très charismatique et chaleureux. Il connectait avec les gens. »

Au-delà de la musique, la personnalité du chanteur est une variable importante pour expliquer son succès. Sa bonne humeur infatigable, sa facilité à créer des liens et son éthique de travail ont fait de lui un personnage public fort sur scène comme en dehors. Les chiffres et les hommages qui s’enchaînent témoignent d’ailleurs de sa capacité à capter et à garder l’attention sur lui.

« À ma connaissance, c’est un des premiers artistes à avoir utilisé Instagram comme outil de travail pour annoncer ses spectacles et nous, les jeunes, on était tous déjà là-dessus. Il a développé son public en marge des médias traditionnels en partie à cause de ça », continue William.

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Mais la musique, elle ? Sans qu’il ne réinvente quoi que ce soit, les chansons de Bob Bissonnette sont impossibles à confondre avec celles d’un autre chansonnier. Il occupait un créneau qui lui était propre et la nature rassembleuse de ses textes en faisait un incontournable des partys de famille. Bob Bissonnette chantait sur le hockey et la bière avec une voix qui rejoignait un public bigarré.

Mis à part sa vision des relations hommes-femmes, je préfère largement Bob Bissonnette aux « classiques modernes du terroir », comme les Kaïn et Vincent Vallières de ce monde. Je ne choisirais peut-être pas d’écouter du Bob Bissonnette par moi-même, mais, tant qu’à écouter un chansonnier, je préfère qu’il parle de sa poche de hockey que de son petit cœur brisé.

Selon William, la passion, l’enthousiasme et l’érudition avec lesquels Bissonnette chantait notre sport national était une autre pierre angulaire de son succès. Étant un ancien joueur professionnel, rien de bien surprenant à ce qu’il ait choisi cette trajectoire.

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Le musicologue Laurent Bellemare (qui ne connaissait pas la musique de Bob Bissonnette avant que je ne requière son avis) est en partie d’accord avec l’analyse de William. « Musicalement, on est dans un registre très convenu. Par exemple, la progression des accords sur Toune de bière est l’une des plus utilisées en musique pop. Tout le monde l’a déjà entendue. C’est vraiment au niveau des paroles et des thèmes que Bissonnette se démarque. »

Le musicologue et le musicien s’accordent aussi pour dire que la musique de Bissonnette est faite pour se consommer en spectacle. Et les chiffres leur donnent raison : William et son groupe se produisent entre 35 et 50 fois par année et, rappelons-le, ils sont l’un des SIX groupes hommage à Bob Bissonnette au Québec.

« Chaque fois, c’est l’âge de la foule qui me fascine. On y voit beaucoup d’ados, c’est un public qui se renouvelle. Des jeunes de 15,16 ans, qui connaissent toutes les chansons par cœur, c’est des jeunes qui ont grandi avec sa musique », raconte William.

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Y sont toutes folles

Les détracteurs de Bob Bissonnette sont, eux aussi, encore présents en 2026. Par-dessus tout, ils lui reprochent la chanson aux paroles misogynes Y sont toutes folles.

Il n’y a pas 50 façons d’interpréter la chanson. Bob Bissonnette n’est pas un chanteur qui fait dans le lyrisme ou la métaphore. Est-ce là un faux pas excusable ?

« Je pense pas que ce soit quelqu’un de fondamentalement misogyne parce que c’est pas un thème récurrent dans ses chansons. [Bob] n’est généralement pas un personnage controversé, mais Y sont toutes folles occupe une place importante dans son registre. Elle a eu son vidéoclip, elle est appréciée en spectacle, elle a plus de 8 millions d’écoutes sur Spotify », nuance Laurent Bellemare.

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Même si Y sont toutes folles a un caractère moins rassembleur, William assure qu’elle ne cause pas de problème en spectacle et qu’elle est appréciée tant par les hommes que les femmes. « C’est un de ses grands succès. C’est certain que si je ne la joue pas en spectacle, je vais m’en faire parler. Je pense pas qu’il était sérieux en écrivant ça. À la base, ses chansons sont comiques, elles doivent être prises avec un grain de sel. Mais c’est pas moi qui l’ai écrite, alors je peux pas trop me prononcer là-dessus. »

C’est là où Laurent Bellemare diverge « C’est une chanson qui normalise la misogynie ordinaire. Tout ce qu’on reproche aux femmes, ce sont des comportements assez banals. Au début, il demande à ses auditrices de ne pas prendre ça personnel, mais si tu regardes les commentaires de la chanson, les gens la prennent tous au premier degré », explique le musicologue.

Un coup d’œil aux commentaires YouTube (sur le clip qui compte 6,6 millions de vues) lui donne raison :

Capture d’écran tirée de YouTube.
Capture d’écran tirée de YouTube.
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Y sont toutes folles est problématique pour ceux qui n’aiment pas Bob. Son public, lui, ne s’en formalise pas. Même après les années #metoo, elle ne fait pas entorse au souvenir de l’ancien hockeyeur.

« Il ne vise pas un public qui écoute de la musique de façon critique. C’est fait pour être joué en spectacle, passer un bon moment ensemble et passer à un autre appel. C’est pas tout le monde qui écoute de la musique pour les mêmes raisons », résume Laurent Bellemare.

Comment se souvenir de Bob Bissonnette ?

La question n’est pas de savoir si la musique de Bob Bissonnette a bien vieilli ou même si elle mérite qu’on s’en rappelle. Elle continue de vivre à travers son public et ses thématiques (généralement) rassembleuses combinées à son caractère festif la rendent agréable à passer de génération en génération. C’est d’ailleurs mon neveu Mathéo qui m’a fait écouter Mettre du tape su’ ma palette pour la première fois. Il devait avoir environ 10 ans.

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Au-delà des objections qu’on pourrait formuler sur certaines de ses chansons, on perçoit l’héritage de Bissonnette bien au-delà de la scène, entre autres grâce à sa fondation ayant pour but de faciliter l’accès des jeunes au sport et à l’art.

« On donne une partie du cachet de chaque spectacle à la fondation. Avant, on donnait à la fondation Le petit répit de Québec où Bob s’était aussi impliqué. On a changé quand la fondation Bob Bissonnette a été mise sur pied », explique William.

William Bisson et son groupe. (Photo fournie par William Bisson.)
Photo fournie : Hommage à Bob Bissonnette – William Bisson et son band
William Bisson et son groupe. (Photo fournie par William Bisson.)
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Le souvenir de Bob Bissonnette demeure fermement ancré auprès de son public, peu importe ce qu’en pense la critique. « Il est décédé alors qu’il était au sommet de sa gloire. Il était rassembleur, un bon vivant. Les gens en gardent un souvenir positif. Un souvenir qu’on rattache à sa musique », avance Laurent Bellemare.

Alors, comment se souvenir de Bob Bissonnette ?

« Comme une rock star », conclut William.

Photo tirée de la page Facebook de Bob Bissonnette
Photo tirée de la page Facebook de Bob Bissonnette
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