.jpg)
Avec l’été vient indubitablement une accalmie dans l’actualité. Au-delà de 30 degrés Celsius, les choses évoluent au ralenti. À croire que les passions s’évaporent au soleil.
En ces temps de mouvance et d’indignation, je crois cependant que ce n’est pas une mauvaise chose. Le recul estival permettra de mettre certaines choses en perspective.
Ça fera certainement des textes moins fougueux et embrasés pour quelques semaines, certes. Mais pour ma part, je dirais même que j’adore ces espèces de « temps morts » de l’actualité, parce qu’ils permettent d’attirer l’attention sur des faits qui passent autrement inaperçus, éclipsés par les bombes médiatiques qui accaparent les unes durant l’année.
C’est donc une très bonne chose de laisser place aux histoires qu’on murmure normalement au ras des marges…
Par exemple, si elles avaient eu lieu il y a deux mois, dans la foulée des méga-manifs, des affrontements de Victoriaville et de la Loi 78, les présidentielles égyptiennes auraient probablement été reléguées au troisième sous-sol de l’actualité. Non pas que les événements de la récente crise sociale aient bénéficié d’une attention médiatique indue, au contraire. Mais le cas égyptien est fascinant. Il en dit long sur le défi que représente l’implantation d’une réelle démocratie dans un pays aussi brinquebalant que l’Égypte post Moubarak. Il s’agit d’un exemple à la fois patent et désarmant que le soulèvement populaire ne suffit pas toujours à porter une transition démocratique saine et solide. Malheureusement.
Pour faire un petit catch up, au cas où ça vous aurait échappé, les Égyptiens en sont actuellement à choisir celui qui succédera, par voix démocratique, à Hosni Moubarak. Mais voilà que plus d’un an et demi après les premiers soulèvements de la Place Tahrir, le peuple se trouve à nouveau dans une impasse.
Alors que l’horizon électoral se limite à deux options extrêmement décevantes en regard des ambitions démocratiques qu’on caressait, la tension est palpable, et la déception sur tous les visages.
Le deuxième tour des élections présidentielles, dont le scrutin a eu lieu le weekend dernier, opposait un candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, à Ahmed Shafiq, l’ancien Premier ministre de Moubarak, considéré comme n’étant guère plus que l’extension déguisée de l’ancien régime. Rien pour incarner le « changement » qu’on réclamait dans les rues.
Pour illustrer le ridicule de la situation, c’est comme si, aux prochaines élections, on nous proposait comme seuls choix de Premier Ministre pour succéder à Charest : Michelle Courchesne ou Monseigneur Turcotte…
C’est en effet dire que la « transition démocratique » égyptienne reposera entre les mains d’une excroissance de l’ex dictature… ou entre celles de la droite religieuse conservatrice. Il y a de quoi sortir des crisses de grosses casseroles, si vous voulez mon avis !
Malheureusement, dans un pays déjà échaudé où le couvercle des dites casseroles menace perpétuellement de sauter, c’est probablement par un tonnerre de coups de feux que se soldera la grogne populaire. La démocratie se parachèvera au corps à corps.
Je vous épargne les détails du vote – si ce n’est de mentionner que le taux d’abstention fut ridiculement élevé – mais à ce jour, on ne connaît toujours pas l’issue du scrutin. Les autorités électorales en repoussent continuellement l’annonce, en raison des nombreuses plaintes reçues pour fraude électorale.
Entre temps, la tension monte dans la population et les deux candidats, frimeurs malicieux, s’autoproclament tour à tour vainqueur des élections.
Très franchement, c’est une situation à s’en fendre l’âme. Tant de sueur, de larmes et de sang pour une révolution qui plafonne en un simulacre démocratique frustrant et rétrograde.
Si je vous dis tout ça, c’est bien sûr parce que je pense que le dossier mérite d’être suivi avec grand intérêt, mais aussi parce qu’il n’est jamais superflu de réitérer qu’il faut prendre grand soin de nos institutions démocratiques. Elles sont précieuses et si, si facilement aliénables…
Ah, et pendant que nous sommes dans la rubrique « dérives politiques trop peu médiatisées », il y a un autre cas qui me fascine depuis quelques mois et qui fait vraiment, vraiment trop peu jaser, même en Europe : la Hongrie.
Grâce à ce cool blogue franco-hongrois je suis depuis quelques mois les dérives aux relents antisémites nauséabonds du gouvernement conservateur de Viktor Orban. Ça fait très, très peur.
Pour faire une histoire courte, depuis le début de son mandat en mai 2010, Orban est vivement critiqué de par l’UE pour ses politiques constitutionnelles jugées « liberticides » et flirtant dangereusement avec l’extrême droite. Principalement, il y a deux propositions d’amendements constitutionnels qui ont fait badtripper les observateurs étrangers, (outre son projet de loi pour conférer un droit de véto sur le budget d’État à la Banque Centrale hongroise) :
1) Une loi extrêmement restrictive sur les médias. On y prévoit que les publications qui produiront un contenu pas assez “équilibré politiquement” pourraient écoper d’amendes très salées
Or, l’organe chargé d’infliger ces amendes serait des plus discutables: les cinq membres de ce Conseil des médias seraient issus du Fidesz, le parti de Viktor Orban. Ah-euhm !
2) Une loi sur la reconnaissance et la liberté de culte. Elle viserait en fait à réitérer l’état « fondamental » hongrois, pour s’en tenir aux racines chrétiennes et magyares « pures ».
Déjà, on peut questionner le sous texte d’un tel projet de loi. Mais quand on surprend un membre du gouvernement à commander un test de pureté génétique à un laboratoire commercial, certifiant « l’absence d’ascendants juifs et roms », on peut légitimement grimper dans les rideaux. C’est très, très inquiétant. Lisez l’article. La Hongrie serait-elle en train de devenir le terreau de la résurgence fasciste en Europe ? Eh bien je suis loin d’être la seule que ça inquiète…
Les scandales à saveur néonazie se multiplient de plus belle. Tenez, ça, par exemple.
La communauté juive réagit, mais rien n’y fait.
La sombre menace qui plane dans l’air hongrois ne fait pas encore réagir à travers le monde. Pourquoi ? Bonne question. Très bonne.
Enfin.
Vous devez vous demander pourquoi je vous parle de tout ça. Eh bien il n’y a pas vraiment de raison, si ce n’est que parce que ça en dit long sur les érosions démocratiques à appréhender, si on baisse notre garde.
Aussi, même lorsqu’on a l’impression que l’actualité est « plate », il suffit de regarder ailleurs pour constater qu’il n’y a pas que sur les incendies de maison et les vols de dépanneurs qu’on peut se replier pour se sustenter. L’actualité est fait des petites choses qui, à force d’être colligées, font sens. Et la vigilance paie toujours. Je crois.

Identifiez-vous! (c’est gratuit)
Soyez le premier à commenter!