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Les textes gagnants du Marathon d’écriture intercollégial en primeur
Une nouvelle édition, sous la présidence d'honneur de Guillaume Lambert

URBANIA et le Marathon d’écriture intercollégial s’unissent, à l’occasion de cette 31e édition, pour vous présenter les deux gagnant.e.s et leur texte.
Le Marathon d’écriture intercollégial, créé au Cégep André-Laurendeau en 1991, rassemble chaque année les écrivain.e.s, journalistes, auteurs.trices et éditeurs.trices de demain. Ils et elles écriront plusieurs textes pendant 24h, notamment celui du concours littéraire où les étudiant.e.s participant.e.s doivent remettre un texte de 250 mots en lien avec une thématique donnée.
Nous vous présentons aujourd’hui les deux textes gagnants, accompagnés d’un mot du président d’honneur, Guillaume Lambert.
Bonne lecture à tous et à toutes!
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Après avoir été membre du jury il y a quelques années, j’ai eu la chance en 2021 d’être le président d’honneur de la 31e édition du Marathon d’écriture intercollégial.
J’ai pris mon rôle au sérieux et j’ai choisi le thème suivant pour le concours : « Avoir su, je me serais tu. » Un thème contemporain s’il en est un, et qui peut être à la fois multiple et complexe. Après avoir donné le coup d’envoi du marathon et un premier atelier d’écriture de paroles de chansons avec l’amie Laurence Nerbonne, j’ai dévoilé le thème. Les participants et les participantes s’en sont emparés l’ont fait leur. Il en est ressorti une multitude de textes, tous plus riches les uns que les autres.
Certain.e.s ont inventé une histoire rigolote de pied dans la bouche qui vire mal, d’autres ont pointé du doigt cette culture de l’opinion qui nous obsède depuis que nous sommes entrés dans l’ère des réseaux sociaux. Certain.e.s ont écrit une comédie romantique, d’autres, une histoire d’horreur. Pris au premier ou au second degré, ce thème a pu servir tous les récits, et j’ai été heureux d’en découvrir la richesse et les possibilités.
En tant qu’auteur moi-même, j’ai été très inspiré par ces participant.e.s. Je suis sorti de mon expérience avec la certitude que cette génération avait quelque chose à dire, et qu’elle était en train de trouver sa façon singulière de s’exprimer, peu importe le média.
Félicitations à tous les participants et participantes, mes hommages aux finalistes, et des fleurs pour les gagnant.e.s, dont vous découvrirez les textes ici!
Guillaume Lambert
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Coquille vide
Premier prix
Par Natalia Uzcategui, Collège Ahunstic
Je me suis réveillée avec les lèvres rouges aujourd’hui. Je me suis vêtue de couleurs vives à cause de mes lèvres rouges. Je sors et je marche avec fierté à cause de mes lèvres rouges.
Est-ce que les autres me regardent?
Je suis une œuvre d’art. Je suis un canevas qui a explosé en sortant du lit. Mes cheveux flottent au vent, mes yeux percent les tiens et mes lèvres sont rouges.
Une fille (une femme?) comme moi devrait parler. Tu t’attends à ce que je parle. Tu t’attends à entendre une voix ferme, sensuelle, velouteuse, confiante, douce, inébranlable ou puissante. Tu t’attends à des mots tranchants comme mon regard, tu t’attends à une présentation audiovisuelle.
Chéri… je ne vis pas pour toi. Je ne suis pas pour toi. Je ne vis pas. Je ne suis pas. Je suis une œuvre d’art. Je suis une affiche colorée. Je suis comme une peinture : muette. Mon allure a créé un personnage dans l’imagination. Pour toi, je suis un mensonge.
Je suis silencieuse depuis longtemps. J’ai une voix, mais j’ai oublié comment elle vibrait. Quelqu’un que j’aimais m’a dit un jour que j’étais le seul problème qu’il avait. Ses mots ont coupé les miens. Depuis ce jour, je parle silencieusement, je chuchote, ou je parle entrecoupé. Des fois, mes mots, blessés, saignent pendant mon sommeil, et je me réveille avec les lèvres rouges.
Je pense que j’avais une personnalité avant.
Ma voix a été un problème. Je suis un problème.
Au moins, je suis belle.
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C’est ce que maman disait
Deuxième prix
Par Derek Sheedy, Cégep Garneau
« Maman me fait mal », chuchotai-je.
Je refusais de me mettre en maillot de bain. Ma professeure ne comprenait pas. « Qu’elle aille se faire foutre. » C’est ce que maman disait. Parfois, j’ai peur, parce que je ressemble à maman. Quand mes veines bouillonnent, que ma voix déchire, que mes yeux se noient et piquent. Je hurlais au directeur. Je lui crachais dessus. « Tabarnak! » C’est ce que maman disait. Quand une gentille dame est venue, m’a adoucie avec sa belle voix, comme maman après une dispute, je lui ai dit : « Personne ne doit voir. » C’est ce que maman disait. La dame avait un joli sourire. C’était comme mettre mes pieds sur le calorifère quand j’avais froid. Pour elle, juste pour elle, j’ai chuchoté et j’ai relevé la manche de mon gilet. Elle a vu les belles couleurs. Le mauve, le jaune, le rouge. Ça faisait mal, mais c’était magnifique. « Des petites taches d’amour. » C’est ce que maman disait.
Maintenant, je suis chez une autre dame que je ne connais pas. Je n’ai plus les belles bouteilles à moitié vides. Je n’ai plus mon calorifère dans ma chambre. La gentille dame m’a découpé le cœur, m’a massacrée. Elle m’a arrachée de maman. Maman était effrayante, méchante, mais c’était ma maman. Aujourd’hui, les dernières taches d’amour sont parties. Maman n’est plus là du tout. La nouvelle maman m’apporte du chocolat. Elle pleure. « Je t’aime. » C’est ce que maman disait, quand je pleurais.
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