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« Les hivers enneigés de votre enfance ne reviendront jamais ». C’est le titre un peu déprimant d’un article de Radio-Canada publié en 2019 portant sur les quantités de neige qui ont vraisemblablement diminué dans les dernières années en raison des changements climatiques.
À l’aide de données d’Environnement Canada compilées sur la deuxième moitié du vingtième siècle, le journaliste Naël Shiab démontre clairement que notre fameux manteau blanc est en train de perdre de sa parure à une vitesse alarmante. « Quand la neige au sol a commencé à être mesurée à Montréal, l’épaisseur maximale au cours d’un hiver était d’environ 60 centimètres. […] Cette épaisseur maximale a fondu de moitié, selon les données les plus récentes disponibles. »
Deux ans plus tard, les choses ne semblent pas s’améliorer pour notre Belle Province, alors qu’elle sera davantage affectée par les changements climatiques dans le futur selon des experts.
Bon, peut-être que ces nouvelles vous réjouiront si vous faites partie de ces Québécois.es qui ont des haut-le-cœur à la vue des premiers flocons, mais les écarts extrêmes de température affecteront pratiquement tous les amateurs et amatrices de plein air si on se fit à un récent article porté par trois chercheurs en sciences de l’activité physique.
On s’est entretenu avec Paquito Bernard, l’un des trois auteurs et professeur à l’UQAM, afin de mieux cerner la grosseur de l’arbre vers lequel on fonce et savoir comment l’éviter à temps.
« On sait que si on continue avec un scénario de hautes émissions de GES et des chaleurs extrêmes comme on le voit actuellement, on estime qu’il y aura une réduction de 15 % des activités de plein air dans notre région géographique », explique d’emblée le chercheur.
Parmi ces activités, on retrouve des hits chez la communauté de plein air comme le ski de randonnée, le ski de fond, bref « tout ce qui se fait sur la neige » et même la pêche et la chasse.
«Les conditions saisonnières nécessaires pour faire ces activités seront définitivement mises à rude épreuve. On parle de saisons plus courtes et plus précoces.»
Le professeur de l’UQAM cite en exemple deux études qui soutiennent que le patinage sur glace à l’extérieur sera même « quasi impossible » dans plusieurs régions du Canada d’ici 2040 au rythme de dégradation actuel. « Les conditions saisonnières nécessaires pour faire ces activités seront définitivement mises à rude épreuve, indique-t-il. On parle de saisons plus courtes et plus précoces. Les précipitations hivernales deviendront choses courantes. »
Ironiquement, certains sports de plein air contribuent eux aussi aux réchauffements climatiques à leur manière. Paquito Bernard explique qu’il y a trois facteurs d’impacts néfastes principaux chez les pratiquant.e.s de sports de plein air : les déplacements (qui créent des GES), le régime alimentaire (plus dommageable si on prend des protéines animales) et les types de logements adoptés (tente, chalet, hôtel, etc.).
« En général, pour pratiquer des sports de plein air, on doit faire de grandes distances avec un moyen de transport polluant. Une étude allemande a calculé que les déplacements de sportifs de plein air représentaient le quart de leur taux d’émission de GES. C’est énorme », admet l’expert.
Pour espérer freiner les chamboulements de Mère Nature sur le plein air, il faut se battre sur deux fronts selon Paquito Bernard. « On doit, d’une part, revoir nos manières de faire du plein air (miser sur des alternatives plus près de chez soi au lieu de prendre l’avion pour faire un voyage, par exemple) et, d’autre part, exiger plus d’initiatives concrètes pour y arriver. »
«On aime mieux sacrifier des espaces verts pour des projets immobiliers ou commerciaux plutôt que de les aménager comme il se doit afin que les citoyens en profitent.»
Est-ce que toutes ces mesures seraient suffisantes pour sauver le beau territoire qui nous sert de terrain de jeu? On peut en douter. « Quand on regarde les émissions de GES dans les pays du G8, le Canada est le seul pays qui n’a pas vu son taux diminuer au cours des cinq dernières années. Même les États-Unis sous Trump ont eu de meilleures statistiques que nous… », se désole Paquito Bernard.
Le professeur de l’UQAM déplore entre autres qu’il n’y ait pas plus de transports collectifs qui permettent aux personnes sans véhicule d’avoir accès aux parcs nationaux et provinciaux du Québec. « L’autre jour, un collègue et moi avons ri un bon coup lorsqu’on a réalisé qu’on pouvait prendre un bus jusqu’à l’entrée du parc national de la Jacques-Cartier près de Québec, mais qu’il fallait une dizaine de kilomètres pour arriver au poste d’accueil depuis l’arrêt de bus. C’est insensé », martèle Paquito Bernard.
Le manque d’aménagements extérieurs et d’actions municipales favorisant la pratique des sports de plein air dans les grands centres urbains est également un dossier sur lequel les instances décisionnelles devraient se pencher selon l’expert. « En ce moment, on aime mieux sacrifier des espaces verts pour des projets immobiliers ou commerciaux plutôt que de les aménager comme il se doit afin que les citoyens en profitent. Ça fait en sorte que soit les gens abandonnent l’idée de faire du plein air parce qu’ils n’ont pas d’espace en ville et que ça devient trop compliqué, soit ils s’éloignent en milieu rural et contribuent aux émissions de GES pour en faire. »
En attendant que ces dossiers bougent, Paquito Bernard conseille aux gens qui souhaiteraient agir concrètement pour diminuer leur empreinte carbone de miser le plus possible sur le covoiturage et de rester au même endroit pendant plusieurs jours si de longs déplacements sont nécessaires. « Je ne suis pas en train de dire que tout le monde devrait arrêter de voyager et seulement faire le tour du bloc pour prendre l’air. Mais il faut trouver un équilibre rapidement dans nos pratiques extérieures si on ne veut pas en subir les contrecoups dans un futur proche », nuance le professeur.
Malgré que son message puisse paraître pessimiste et un brin déprimant, le chercheur souhaite au contraire que les adeptes de plein air, spécialement les millénariaux et la génération Z, soient conscients de l’ampleur de la catastrophe qui les guette et agissent pour changer les choses. « Je dis souvent à mes élèves que le plein air de demain au Québec est entre leurs mains. À eux d’anticiper ce qui s’en vient pour que les gens continuent d’avoir du plaisir en jouant dehors. »