Mathilde Corbeil

Les sosies et la science

Est-ce que ca existe pour de vrai, deux personnes exactement identiques ?

Avec 7,6 milliards d’humains sur Terre, c’est quoi les chances d’avoir un double quelque part ? La science nous répond.

Levez la main si ça vous est déjà arrivé : vous croisez une fille qui ressemble à s’y méprendre à votre cousine Julie de Rimouski. Tellement que vous la saluez chaleureusement, avant de lire l’incompréhension dans les yeux d’une parfaite inconnue et de réaliser votre erreur. Un peu gêné, vous vous dites : « Ayoye, c’est quoi les chances ? »

Teghan Lucas a la réponse. Cette professeure d’anatomie à l’Université de New South Wales, en Australie, s’est demandé si les mesures du visage (captées par des caméras de surveillance, par exemple) étaient aussi fiables que les empreintes digitales pour identifier un criminel. Elle a donc étudié les mesures faciales de près de 4 000 personnes. En combinant, disons, la taille du nez, la couleur des yeux et la distance entre les oreilles, elle a calculé que la probabilité que deux personnes soient identiques est de moins de une sur… un billion. Autrement dit, vous avez plus de chances de gagner au Lotto 6/49 que de tomber sur un vrai sosie de votre cousine.

SEUL AU MONDE

Michael Sheehan n’est pas surpris. Selon ce spécialiste de la neurobiologie et du comportement de l’Université Cornell, dans l’État de New York, plusieurs facteurs influencent l’apparence d’une personne : « Même dans le cas de deux jumeaux identiques, si l’un d’entre eux était par-dessus l’autre dans le ventre de sa mère, il sera généralement plus en santé, plus fort, ce qui influencera son apparence. » Bref, même les jumeaux monozygotes ne sont pas parfaitement identiques.

En plus des facteurs environnementaux, on peut remercier la sélection génétique pour notre bette unique. D’après Michael Sheehan, on a de très bonnes raisons d’avoir évolué de façon à se distinguer à tout prix des autres : « D’un côté, c’est pour recevoir les récompenses qui nous reviennent, comme dans le cas où une de nos actions attirerait l’attention de partenaires sexuels potentiels. » De l’autre, ça nous évite des problèmes. « Imaginez si quelqu’un veut du mal à une tierce personne, mais que ça retombe sur vous parce que vous lui ressemblez comme deux gouttes d’eau… » C’est simple : Mère Nature nous a faits différents pour éviter qu’on se fasse tabasser par accident.

ERREUR SUR LA PERSONNE

C’est clair, une personne ne sera jamais la photocopie d’une autre. Ce qui n’exclut pas que vous confondiez une inconnue avec votre cousine Julie. C’est que, selon certaines études, pour reconnaître quelqu’un, on regarde (dans l’ordre) les yeux, la bouche et le nez. Et même si le cerveau est une puissante machine, il ne fait pas grand cas de la longueur exacte de ces traits, contrairement à la professeure australienne Teghan Lucas. Si l’inconnue a les mêmes yeux en amande et un sourire semblable, ça peut être assez pour vous mêler.

En plus, le nombre de gènes qui influencent les traits du visage est limité. Inévitablement, on est nombreux à se ramasser avec une combinaison similaire. Ainsi, selon des calculs approximatifs effectués par la BBC, un homme aux yeux bruns (caractéristiques de 55 % de la population) avec un visage rond (plus de 10 % de la population), un nez charnu (24 % des Européens), des cheveux courts et blonds (respectivement 82 % des hommes et 2 % de la population) et une barbe (un Anglais sur six) partage ces traits avec environ 74 000 personnes.

« C’est essentiel de pouvoir reconnaître les visages de gens qui font partie de notre cercle social, mais c’est beaucoup moins important avec les gens moins proches de nous, » Cathy Mondloch, professeure de psychologie.

On commence à mieux comprendre comment on peut se tromper. Surtout si on ajoute le fait qu’il est normal de voir des ressemblances chez des gens qu’on connaît moins bien, d’après Cathy Mondloch, professeure de psychologie à l’Université Brock de St. Catharines, en Ontario. Elle cite en exemple le « cross-race effect », qui se produit quand les gens d’une ethnicité peinent à différencier ceux d’une autre — le fameux et politically incorrect « les [insérez le groupe ethnique de votre choix] se ressemblent tous ! »

« On croit généralement que c’est causé par le racisme, mais c’est généralisé à travers toutes les ethnies », résume cette experte. Le phénomène s’observe même chez les bambins, qui, déjà à 10 mois, ont de la difficulté à faire la distinction entre deux visages d’une autre ethnicité. La raison ?

Donc, dans une certaine mesure, quand on confond deux personnes, ça a plus à voir avec notre cerveau qui ne capte pas toutes les subtilités de leurs différences. Heureusement, parce que l’unicité de notre apparence est fortement liée à notre sentiment d’individualité. « Et l’individualité est une composante fondamentale des interactions sociales depuis très longtemps », rappelle Michael Sheehan. Votre mère avait donc raison : vous êtes vraiment un petit flocon de neige unique. Fiou !

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