Germain Barre

Les sorcières sont parmi nous – Première partie

Et on a pas l'intention de partir à la chasse.

Quand je repense à mes années de secondaire, il me vient plusieurs choses en tête: des devoirs de maths incompréhensibles, des petits mots passés discrètement à ma meilleure amie en cours d’histoire-géo et des soirées de magie blanche. Oui, vous avez bien lu!

Au début des années 2000, les fictions mettant en vedettes des sorcières ou des personnages dotés de pouvoirs surnaturels avaient vraiment la cote. Sabrina l’apprentie sorcière, Harry Potter, Charmed, Buffy contre les vampires,  Le loup-garou du campus, Magie Noire (The Craft), Les ensorceleuses (Practical magic) etc, ont inspiré toute une génération d’adolescentes, dont mes amies et moi.

On se rassemblait (probablement un soir de pleine lune), avec quelques chandelles, de l’encens à la rose ou à la fleur de pommier, du sel (très important pour éloigner les mauvais esprits) et des incantations magiques à réciter pour que l’on devienne les kicks de nos kicks!

Avec le recul, il s’agissait surtout d’un prétexte pour se retrouver entre nous. Ça nous donnait aussi l’impression de faire partie de quelque chose de plus grand que nous, d’une lignée de femmes qui pratiquent la magie depuis la nuit des temps. On se sentait fortes et puissantes!

Dans l’imaginaire collectif, le mot « sorcières » n’a pas bonne presse. À travers l’histoire, en Europe, entre le 14e et le 18e siècle, plus de trente mille femmes ont été exécutées pour sorcellerie. À Salem, à la fin du 17e siècle, des centaines de femmes ont été accusées d’avoir pactisé avec le diable, ce qui causa un grand nombre d’emprisonnement et d’exécution commandés par l’Église.

Le retour des sorcières?

Depuis quelques années, de plus en plus de femmes (et d’hommes) prennent la parole publiquement, et revendiquent leur identité de sorcière.

Rappelons-nous du fameux Tweet de Lana Del Rey en février 2017, dans lequel elle partageait une liste d’ingrédients afin de jeter un sort à Donald Trump, un mois après son investiture!

La chanteuse relayait en fait l’appel du mouvement W.I.T.C.H (Witches International Troublemaker Conspiracy From Hell), qui incitait les gens à se rassembler le 24 février à minuit, afin d’allier leurs forces contre le président des États-Unis.

On sent également que l’esthétique associée à la sorcellerie est très présente dans le travail de Lana Del Rey, surtout dans les vidéo-clips issus de son dernier album Lust For Life.

D’autres chanteuses américaines s’inspirent de l’imaginaire des sorcières, Princess Nokia dans le clip de la chanson Brujas, par exemple.

De son côté, la rappeuse américaine Azealia Banks se déclare carrément sorcière et adepte de la magie. On peut d’ailleurs l’entendre ici parler de sa pratique et expliquer comment se débarrasser des mauvaises ondes avec un oeuf (le fameux « egg spell »). Elle avait aussi suscité la controverse en 2016 en affirmant sacrifier des poulets à son domicile dans une vidéo publiée sur Instagram.

En mode et en haute couture, plusieurs designers s’inspirent de l’univers magique dans leurs créations. Sur les runways de Dior, Gucci et Alexander Wang, les colliers chokers, les capes, les vêtements à lacets et les filets sont partout!

« La magie est un prisme, une posture continuelle, une manière de vivre, de voir. J’essaie de faire chaque chose que j’entreprends avec magie, et donc avec amour.»

La sorcellerie a aussi pris d’assaut Internet et les médias sociaux. La preuve: le mot-clic #WitchesOfInstagram compte près de 1 645 000 publications à ce jour! Sur YouTube, on retrouve de plus en plus de chaînes de sorcellerie, de sortilèges, d’incantations comptant des milliers d’abonnés, majoritairement des femmes entre 18 et 30 ans.

Et si derrière la nostalgie des séries télés de notre adolescence, la mode witchy, les hashtags magiques et les vidéoclips à tendance ésotérique se cachait un réel mouvement de plus en plus populaire?

Pour comprendre le phénomène, j’ai discuté avec l’autrice Fanie Demeule, qui s’identifie ouvertement comme sorcière.

Fanie Demeule a découvert la magie quand elle avait 11 ans. Adolescente, elle s’adonnait à différents rituels, et n’a jamais cessé d’entretenir son intérêt et sa curiosité pour la sorcellerie.

« La magie est un prisme, une posture continuelle, une manière de vivre, de voir. J’essaie de faire chaque chose que j’entreprends avec magie, et donc avec amour. La magie englobe tout ce que j’incarne et ce que je revendique comme valeur : écologiste, antispéciste, végane, artiste. La magie est une sorte de liant qui teinte et influence tous mes rapports, que ce soit avec les autres, les objets, l’environnement, ou mon rapport à moi-même. Comme pour le véganisme et le féminisme, j’aime répéter en public que je suis sorcière!», explique la jeune femme qui pratique la Wicca éclectique, un mouvement spirituel qu’elle considère libre, ouvert et inclusif.

Contrairement aux grandes religions monothéistes, la Wicca et les autres mouvements de sorcellerie ne conçoivent pas le monde de manière binaire. En effet, il n’y a pas de bien et de mal; de moral et d’immoral; de blanc et de noir.

Mais dans le quotidien, ça ressemble à quoi être une sorcière? Fanie Demeule exprime son identité de sorcière à travers le tarot, la méditation védique (aussi appelée méditation transcendantale) et la réalisation de rituels avec des plantes ou des minéraux. Sa pratique est soutenue par une grande connexion avec la nature, les saisons, les cycles de la lune, et une compréhension intuitive du monde qui l’entoure. « J’aime accorder une place à ce qui est invisible, intangible. Tout n’a pas besoin d’être rationnel!», m’explique Fanie Demeule. Elle ajoute que pour elle, la magie est un moyen d’adresser des intentions précises dans tout ce qu’elle réalise, de canaliser son énergie et de célébrer la vie!

Contrairement aux grandes religions monothéistes, la Wicca et les autres mouvements de sorcellerie ne conçoivent pas le monde de manière binaire. En effet, il n’y a pas de bien et de mal; de moral et d’immoral; de blanc et de noir. Le monde est plutôt perçu comme un tout organique, dont les composantes sont en lien perpétuel et fluide. «La sorcellerie, surtout celle qui est pratiquée par les femmes, est une posture fondamentalement féministe, voire queer. Je me reconnais là-dedans et je pense que ça explique l’intérêt des milléniaux pour ce genre de spiritualité non-binaire et décloisonnée.»

Fanie Demeule suggère 3 sorcières à suivre pour s’inspirer.

La sorcière brooklynoise Pam Grossman. Elle s’intéresse aux relations entre les arts et la magie. Elle a son propre blog, et un excellent podcast, The witch Wave, où elle invite différentes personnes sorcières à discuter de leurs pratiques, et elle est aussi présente sur Instagram.

Bri Luna. On peut la suivre sur son site web, The Hoodwitch, et sur Instagram

Jenna Caprice, fondatrice de The White Witch Parlour. Elle fait régulièrement des publications sur sa chaine YouTube et sur sa page Instagram. Elle possède également son propre site web et une boutique en ligne.

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