Les ondes sont partout. Est-ce dangereux, docteur ?

Espace pour la vie et URBANIA s'associent pour mieux comprendre les ondes

Avant de lire cet article, prenez quelques instants pour regarder autour de vous. Essayez de visualiser toutes les ondes électromagnétiques qui vous entourent. Celles du WiFi, celles du soleil, celles du marteau-piqueur. Toutes ces ondes qui traversent l’espace autour de vous et toute l’énergie qu’elles transportent. Est-ce que ça vous émerveille? Est-ce que ça vous rend parano?

Thomas Gervais, professeur adjoint à Polytechnique Montréal nous aide à démêler tout ça!

Moi, en tout cas, ça me fascine. Enfin… je crois. Le problème, c’est que dès la sortie du secondaire, je me suis dépêchée de sacrer tous mes cours de physique à la poubelle. J’ai donc passé un petit coup de fil à Thomas Gervais, professeur adjoint au département de génie physique à Polytechnique Montréal et excellent communicateur scientifique, pour qu’il m’aide à démêler tout ça.

C’est quoi, une onde électromagnétique??

Une onde, c’est tout simplement un phénomène de vibration. Les tremblements de terre, ce sont des ondes sismiques. La voix, ce sont des ondes acoustiques. Elles peuvent se propager dans différents milieux. Les ondes électromagnétiques sont spéciales parce que ce sont les seules ondes connues qui sont capables de se promener dans le vide, c’est-à-dire entre les planètes. C’est pour ça qu’on voit la lumière des étoiles.

La gamme d’ondes électromagnétiques présentes dans nos vies est très vaste.

Si on pouvait voir les ondes à l’oeil nu, elles seraient comme les vagues de la mer. Sur une plage tranquille, les vagues s’échouent lentement les unes à la suite des autres: leur fréquence est faible. Et vice-versa si la mer est agitée. Selon leur fréquence, les ondes s’organisent en spectres. Voici un dessin du spectre électromagnétique que j’ai fait pour vous avec mes petites mains potelées. (Et ne venez pas me dire que je suis encore moins artiste que scientifique : je suis au courant.)

«La gamme d’ondes électromagnétiques présentes dans nos vies est très vaste. En sciences, on a découvert des applications à tous les types d’ondes électromagnétiques qu’on connait et qu’on peut générer. Donc c’est extrêmement important dans les technologies humaines, de nos jours.»

Qu’est-ce qui fait qu’une onde est dangereuse ou pas? 

Selon Thomas Gervais, il y a deux facteurs qui peuvent rendre une onde dangereuse. Premièrement, sa fréquence. Il y a certains systèmes qui sont plus sensibles que d’autres à telles ou telles vibrations. Certaines ondes ont une fréquence suffisamment élevée pour briser les liens dans notre ADN. Ces ondes-là sont synonymes de risques de cancer. On les appelle des ondes ionisantes. Sur mon dessin, ce sont toutes celles situées à droite du spectre visible.

Pour nous aider à comprendre le concept, j’ai composé un haïku : 

L’onde ionisante
a brisé mon ADN.
Sa fréquence est pas l’fun.

Par exemple, plus ma voix est forte, et plus ça fait mal aux tympans des autres. C’est la même chose pour les ondes électromagnétiques.

Le deuxième facteur, c’est l’intensité des ondes. C’est la même chose que pour la voix. Par exemple, la voix peut avoir différentes fréquences. Je peux parler grave ou je peux parler aigu. Mais ma voix a une intensité, aussi. Je peux parler tout bas ou je peux parler très fort. Bien entendu, plus ma voix est forte, et plus ça fait mal aux tympans des autres. C’est la même chose pour les ondes électromagnétiques.

Concrètement, quelles sont les ondes qui sont dangereuses et quelles sont celles qui ne le sont pas?

Les ondes qu’on considère comme dangereuses en dehors de tout doute, ce sont les rayonnements ionisants. Ils peuvent briser notre ADN, et ils sont bioaccumulables, c’est-à-dire que, tout au long de la vie, chaque exposition s’accumule et augmente le risque potentiel de cancer. Par exemple, on sait qu’il faut protéger sa peau du soleil dès l’enfance, car l’exposition aux rayons UV peut finir par causer un cancer de la peau.

Il n’y a pas de preuves directes que les radiofréquences peuvent causer le cancer.

Il y a d’autres rayonnements qu’on ne pense pas dangereux, mais sur lesquels on continue la recherche. Sur mon super dessin, ce sont toutes les ondes situées à gauche du spectre visible. Ça inclut les ondes radio, qu’on a nommées comme ça, car ce sont elles qu’on utilise dans nos outils de communication.

Leur fréquence est trop faible pour briser les liens des molécules. Cela dit, elles ont tout de même la capacité de venir faire vibrer les molécules dans notre corps, et à très forte intensité, ces vibrations se traduisent en chauffage. Si on trouvait le moyen de mettre la main dans un four micro-ondes allumé, on se brûlerait. L’enjeu, ici, c’est donc d’établir les bonnes normes pour que, quand on additionne toutes les sources d’ondes radio dans un endroit donné, les êtres vivants ne mettent pas à chauffer. C’est d’ailleurs une question que je me pose souvent : « ce sentiment vibrant et chaud qui m’habite quand je vois Jay Du Temple, est-ce l’amour ou les radiofréquences ? »

«Si on se mettait à chauffer, je pense que ça causerait des brûlures avant de causer des cancers. Le cancer, c’est plus une maladie d’origine génétique due à des bris dans l’ADN, et à la difficulté de l’organisme à réparer notre ADN. Il n’y a pas de preuves directes que les radiofréquences peuvent causer le cancer.»

L’utilisation des radiofréquences est un domaine de recherche en effervescence.

On fait déjà tellement de choses avec les ondes. Est-ce qu’il y a encore la place à de futures innovations humaines qui utiliseront les ondes?

Selon Thomas Gervais, il est très difficile de prédire la prochaine révolution, mais la tendance irait à ce que l’on retrouve de plus en plus de dispositifs dans l’environnement qui collecteront et partageront de l’information pour créer de gigantesques bases de données. Ces informations nous servent à prendre de meilleures décisions, à mieux organiser les systèmes, à perdre moins de ressources, etc. Par exemple, c’est ce qui permet à la fonction Trafic de Google de nous indiquer le chemin le plus rapide pour aller du point A au point B, en temps réel, sans presque jamais se tromper. On va voir arriver de plus en plus de dispositifs semblables, car l’utilisation des radiofréquences est un domaine de recherche en effervescence.

Quel pourcentage de risque est-on prêt à accepter pour profiter des bienfaits?

Dans le domaine médical, ce qui est incroyable, c’est que les ondes permettent de venir sonder le corps humain sans trop le perturber. Pour savoir si quelqu’un a une fracture, on a deux choix : soit on ouvre la jambe pour regarder l’os, soit on utilise les rayons X. En imagerie médicale, on utilise différentes ondes et c’est absolument révolutionnaire à chaque fois. L’innovation et le peaufinement des techniques se poursuivent. À travers ça, les médecins cherchent à contrôler les risques et les bienfaits de l’exposition aux ondes. «Quel pourcentage de risque est-on prêt à accepter pour profiter des bienfaits? Il faut prendre des décisions qui sont probabilistes. Et les ondes nous aident à les prendre.»

Une fois à niveau sur mes connaissances, je vous dirais que je suis d’autant plus terrifiée par l’ampleur des toutes les ondes qui nous entourent, que rassurée par le fait que l’humain sache autant les contrôler. Dans tous les cas, j’espère que les douces explications de mon expert vous auront fait, vous aussi, vibrer.

Si mes dessins ne sont pas assez clairs, courez voir le nouveau programme du Planétarium Rio Tinto Alcan de MontréalKyma, ondes en puissance. Un conte expérimental en 360° qui vous transportera au coeur de l’univers des ondes, à travers des images et une bande-son complètement dingues.

Pour lire un autre texte de Lucie Piqueur: «L’économie de partage… est-ce vraiment une bonne chose?»

«Journaliste bien biaisée.»

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