Les mèmes devraient être enseignés dans les cours de littérature

Donnez-moi un poste dans un cégep que je mette « Mème 101 » au corpus.

Ça fait 25 678 ans qu’on annonce la mort du roman (chiffre exact, très difficile à obtenir, chut) et depuis l’arrivée de l’internet dans nos domiciles on ne fait que craindre pour la lecture (et l’écriture). Pendant ce temps, on cherche désespérément l’avenir de la lecture sur le web. On parle d’hypermédia, de lecture fragmentée et d’économie de l’attention.

Mais sans préavis, une première forme de littérature née sur internet a fait son apparition. Je parle du  mème game actuel, et de comment c’est en train de devenir une forme littéraire imposante, même qu’on devrait commencer à l’enseigner tellement ça va prendre de l’ampleur dans les années qui s’en viennent.

On sait tous que les genres émergents se font toujours dénigrer par le genre dominant de l’époque. Le vers libre est une perversion de la poésie classique, le roman est une aberration devant la grandeur de la tragédie, video killed the radio star… etc.

Quand on parle de mème, on décrit une unité de savoir (humoristique ou non) qui comporte plusieurs niveaux d’interprétations, mais qui est le fruit d’un agencement d’informations pour en faire ressortir des significations. Bref, c’est un texte, une œuvre d’art, une expression individuelle qui existe entre l’art visuel, l’art conceptuel et l’art post-internet.

C’est un texte, une œuvre d’art, une expression individuelle qui existe entre l’art visuel, l’art conceptuel et l’art post-internet.

Le mème, c’est un poème en trois dimensions. Il repose sur l’agencement entre texte, image et référence culturelle. C’est accrocheur et ça détend l’atmosphère. C’est le genre d’outil qu’on aime beaucoup dans des classes universitaires bondées d’humains fatigués et stressés de leur vie: ça circonscrit rapidement et efficacement une unité de savoir.

Le mème actuel n’est pas proche de devenir une forme littéraire officiellement reconnue, mais ça ne veut pas dire que ça ne va pas arriver un jour, ne serait-ce que pour son usage politique et social, car c’est un outil très pratique pour la démonstration et la propagation de savoirs.

Les pages de mème comme cahier d’artiste

À force de regarder des mèmes, j’en suis venu à la conclusion que c’est un outil de communication très important sur le web actuel, qui est devenu un lieu miné de débats sans fond et de commentaires déshumanisants à n’en plus finir. Je n’échange textuellement pratiquement plus sur le web parce que je considère que c’est un endroit où toute nuance fait patate, mais je partage du mème en ti-bonhomme, par exemple. Le mème est devenu la forme décontractée de discussion sur la culture.

Le mème est devenu la forme décontractée de discussion sur la culture.

Je ne dis pas que les mèmes sont inoffensifs, car on sait bien qu’il y a plusieurs grandes écoles du mème qui injectent beaucoup d’idéologie dans leurs œuvres (genre les Russes), mais il m’apparaît que la logique ludique du mème permet un plus grand semblant de décorum que les horreurs syntaxiques qu’on peut voir dans les sections commentaires. Un débat livré entre mèmes conservera une aura de civisme (ou au strict minimum beaucoup d’humour) qu’on ne voit pas quand les gens s’obstinent avec le clavier. C’est peut-être complètement subjectif comme observation, mais je crois qu’elle est partagée par plusieurs.

De mème game à mème culture

Le mème peut aussi servir à la valorisation de la culture comme les autres arts littéraires. Malgré que l’on voit souvent des accusations portées envers les pages de mèmes locales sur le fait qu’ils ne font que traduire les mèmes populaires anglophones, je ne pourrais pas passer sous le silence l’apparition récente des mèmes du Captaine Patneaude

ainsi que le travail de Jean-François Provençal (des Appendices) de rendre disponibles des « templates » de mème bien de chez nous. Légende : modèle de mème créé par Jean-François Provençal:

Des mèmes pour la cause

Si on veut expliquer la popularité des mèmes, il faut comprendre que ça permet l’expression d’émotions complexes et insaisissables à l’époque de la communication en ligne. On sait bien qu’un des grands problèmes actuels de la communication via les réseaux sociaux est le manque de contexte, l’absence d’inflexion ou de ton quand on texte quelqu’un peut mener à des erreurs de communication. Avec les années, on a commencé à adopter le « lol » à toutes les saveurs afin de démontrer que les blagues sont faites sans malice ou le ¯\_(ツ)_/¯ pour signifier que tout est dit.

Mais puisque le téléphone intelligent est devenu un objet si important pour le contact entre humains, une telle incompatibilité de communication ne pouvait pas durer longtemps. C’est là que le mème vient palier à cette absence, le mème est un objet envers lequel on connecte, il est un symbole de communication efficace pour tous les contextes et permet une grande variété d’échanges. On a récemment souligné l’importance du mème dans l’expression de l’anxiété, de la dépression et même des idées suicidaires.

En fait, le mème peut nous permettre de communiquer avec notre entourage, sans filtre ni gaucherie de la part de la personne qui s’exprime.

Give mèmes a chance

Comme toute expression artistique, le mème est une façon de connecter authentiquement avec notre environnement. Ce petit texte/image devient notre porte-parole, l’ambassadeur de notre humeur et de nos intentions envers le monde. Se faire envoyer un mème par quelqu’un est un signe de volonté de contact et je ne connais personne qui n’aime pas en recevoir un de manière impromptue. Si communiquer sur le web est devenu complexe, l’on peut remercier le mème de rendre les échanges plus faciles, plus intimes et plus agréables.

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