Caroline Lavergne

Les jobs d’été à travers l’histoire

Que ce soit pour payer leurs études, un nouveau iPhone ou une passe à La Ronde, des milliers d’étudiants travailleront à temps plein cet été. Et ça ne date pas d’hier que les jeunes occupent une job estivale au Québec. En 1950, c’était par obligation; en 1970, pour s’acheter des bonbons à une cenne au dépanneur; et en 1980, pour aller voir Elephant Man au cinéma. Voici le portait de cinq jeunes Québécois qui, chacun à sa façon, ont occupé un emploi d’été bien de leur époque.

1950

Paul, 15 ans

Job d’été : commis de pharmacie

Salaire : 2 $/jour

Paul aide son père pharmacien à la pharmacie pour payer ses études dans ce domaine, avant d’éventuellement racheter le commerce de son père. Y a pas à dire : dans les années 50, c’est de père en fils que ça se passait, la pharmacie. Tout l’été, Paul compte les pilules à la main, mélange les recettes d’onguents à même les pots et confectionne des sirops dans le back-store. Comme tâches connexes, il divise des poches de 45 kg (100 lb) de boules à mites en sachets individuels et vend des paquets de cinq cigarettes Turret pour cinq cents. Paul doit aussi répondre aux questions des clients, qui n’ont malheureusement pas l’option de « googler » leurs interrogations embarrassantes.

1970

Guy, 14 ans

Job d’été : livreur d’épicerie en bicycle à pédales (et voleur des tips du laitier)

Salaire : 0,75 $/heure

Guy, le p’tit bum de Saint-Michel, s’est « gossé » un travail d’été sur mesure. Pour 75 cents de l’heure, il livre des commandes d’épicerie aux « belles-sœurs » du quartier sur son bicycle équipé d’un gros panier à l’avant. La plupart du temps, il reçoit comme pourboire des bouteilles de Coke vides qui valent deux cents l’unité. Par contre, Guy trouve que ce n’est pas assez. Ainsi, tout en faisant sa tournée, il vérifie le contenu des bouteilles de lait vides traînant sur les perrons avoisinants. Il espère y trouver des pièces de 25 sous destinées au laitier. Sans remords, il dérobe l’argent, jugeant que pédaler pour livrer des articles d’épicerie mérite davantage que de livrer six cruches de lait dans un pick-up motorisé.

1980

Sylvie, 15 ans

Job : monitrice de camp de vacances

Salaire : 50 $/semaine, logée et nourrie

Sylvie est monitrice dans un camp de vacances. Le matin, elle sert des toasts au beurre de pinottes aux enfants; les allergies, ça n’existe pas encore. L’après-midi, tout le monde part se baigner sans crème solaire; la couche d’ozone, on ne sait pas encore c’est quoi. Le soir, elle organise un grand jeu en canot sur le lac, et personne ne porte de veste de sauvetage; la noyade, ça n’a pas encore été inventé. Avec l’argent qu’elle gagne, elle couvre ses dépenses en spray net, et il lui en reste juste assez pour s’acheter un tout nouveau K-Way. La nuit, Sylvie et sa gang de « cool » boivent leur O’Keefe en dansant sur les rythmes endiablés de Kool & the Gang.

1990

Maxime, 17 ans

Job : sauveteur

Salaire : 6 $/heure

Toute l’année, Maxime rêve à son futur travail estival à la piscine municipale. Fan fini de Baywatch, il s’imagine déjà sauver des demoiselles en détresse aux maillots rubis échancrés. Il espère qu’empêcher des gens de se noyer, ce sera aussi palpitant qu’utiliser une grosse bouée sur les plages de Malibu. Mais Maxime réalise bien vite que sa job sera plutôt d’essayer de ne pas trop cramer, juché sur sa chaise au soleil. Il trouve que ça manque cruellement de sable et de vagues, une piscine municipale… En plus, à sa grande déception, il n’y a pas d’alertes au requin à lancer — et encore moins de Pamela — en vue de l’été.

2000

Geneviève, 16 ans

Job : faire des cornets de « molle » à la crémerie du coin

Salaire : 7 $/heure

Geneviève est chanceuse : son gérant lui laisse mettre ses propres disques gravés dans le lecteur CD de la crémerie climatisée. C’est vraiment plus motivant, twister des grosses « molles » deux couleurs avec du Santana et du Eiffel 65 dans les oreilles ! Aujourd’hui, Geneviève est particulièrement bien habillée pour servir des deux-boules à la gomme balloune : elle porte son médaillon de Leonardo DiCaprio, des minipinces papillon dans les cheveux et même du eye-liner blanc sur les yeux. C’est qu’elle souhaite finir assez tôt pour aller rejoindre ses amies au Salon Pepsi-Jeunesse afin d’y rencontrer les vedettes de 2 frères et de Tag, ses séries télé préférées !

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Lire la suite

Les pirates de la forêt

Parce qu'on ne sait jamais où peut mener une «simple» job d'été.