Camille Gladu-Drouin/Flamme

Les indestructibles : une série de portraits pour briser le silence

Les répercussions de la violence à caractère sexuelle, via huit témoignages.

Les indestructibles est une série de portraits de personnes victimes et survivantes d’agressions à caractère sexuel. Géantes, elles sortent de l’ombre et prennent courageusement parole pour nous offrir un regard sur différentes réalités. Elles brisent le silence.

(L’organisme Je suis indestructible et la photographe Flamme ont travaillé de concert avec chacun. e. s des intervenant. e. s afin de leur offrir une expérience et un concept allant de pair avec leur histoire et leur processus de guérison.)

AMÉLIE

En tant que personne qui a vécu des agressions sexuelles, parfois j’en ressens beaucoup les impacts négatifs sur ma vie, donc je me considère victime. J’ai été victime d’acte criminel, c’est indéniable. J’apprécie aussi beaucoup le terme “survivante” et je crois qu’il plait à beaucoup d’entre nous. D’autres fois, je me sens indestructible et je frise la mégalomanie. C’est con, mais les agressions sexuelles brouillent notre perception de soi : je peux facilement osciller entre la dévalorisation et la confiance totale. Passer de victime à héroïne, c’est lourd et troublant. Je peux-tu juste être une fille un peu polissonne qui aime danser et manger des tortellinis? Yup.

L’impact le plus grand se reflète surtout dans ma vie intime. Comme j’ai longtemps cru que je n’avais pas de valeur, je faisais des choix amoureux pas super. C’est comme si mon système d’alarme était déficient : il sonne quand je vis quelque chose de swell, pis il ne sonne pas quand je m’embarque dans une relation toxique. C’est dur après de faire confiance aux autres et à soi-même… Sinon, je ressens beaucoup de tristesse et de colère. Je dois dealer avec des émotions fortes qui nuisent à mes relations et avec des sentiments d’injustice et d’impuissance qui ont parfois menés à des idées suicidaires.

Inversement, j’ai développé beaucoup de force, de courage, de persévérance et je me suis dépassée dans plusieurs sphères de ma vie! Heureusement, le concept de résilience vient apaiser tout ça, et je le chéris le plus possible.

Pour la suite des choses, au niveau social, je trouve très pertinente l’idée d’aborder le #Etmaintenant. L’après, la mobilisation, puis ultimement la réconciliation sont très importants. On s’entend que s’il y a autant de personnes victimes, il doit y avoir une grande quantité d’agresseurs… On fait quoi avec ça? On fait quoi pour établir un dialogue? Pour sévir?

Même si je ne crois pas au système en général, je crois qu’une partie de la solution passe par une réforme du système de justice qui, on le sait tous, est assez nul. Lorsque j’ai porté plainte pour l’une de mes agressions, l’enquêteur, après avoir recueilli mon témoignage, m’a demandé si je ne faisais pas ça «pour avoir de l’attention». Simonak. Ça démontre le travail à faire!

Au niveau personnel, ce que je souhaite profondément, c’est me marier pis avoir des enfants. C’est tout! Pour le reste, j’ai foi que je peux continuer à accomplir mes rêves, car je suis fonceuse et magique. Et rien ne m’arrêtera!

I have been blessed with the power to survive.
— Joey Ramone

Pour lire la suite du témoignage d’Amélie et en découvrir plus sur l’importance qu’elle accorde à la spiritualité dans son processus de guérison, c’est par ici.

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MARIANE

Je crois que j’ai été, au départ, une victime d’un génocide qui perdure de manière plus perverse envers les femmes des Premières Nations et Inuit. Puis j’ai appris à survivre. Ma mémoire amnésique s’est chargée d’effacer les souvenirs des abus, la violence, mes racines, ma culture. Puis à force d’amour et d’espérance, la petite fille blessée, humiliée, se réfugiait dans le bois, respirait la terre, s’enroulait dans un nuage, disparaissait dans ce lieu unique, inconnu et inaccessible à personne d’autre… un jardin intérieur où je pouvais me retirer au plus profond de mon âme. C’est à cet endroit qu’est ma résilience. Je suis femme Forte et Fragile Debout.

Je suis une guerrière, alors je me prépare au combat en tant que femme, mère, conjointe, sœur, amie. J’apprends difficilement, mais j’arrive à baisser les armes et juste respirer. Je regarde le ciel par ma fenêtre, caresse la pierre traditionnelle, mes outils de sculpteure vieillots… Je savoure le fait d’être là!

Je cherche le positif et ne garde pas la Haine et la Vengeance en moi. Les bourreaux qui ont volé la petite fille, je ne leur donne pas Victoire. Je dénonce, je dis, j’agis intuitivement et me fais confiance.

Je libère ma voix étouffée depuis si longtemps et m’enveloppe de Sauge.

Je prends mon tambour et chante enfin (encore timidement), car j’ai le droit d’être.

Je pense à mes sœurs disparues, assassinées, et je prie. J’écris, dessine, raconte des histoires qui font rire. Je sculpte, je fais des bijoux en perle et tout ce que je peux apprendre de mes cultures, car c’est ma guérison. Je pars ailleurs, loin du mal, du jugement, de la souffrance, entourée des miens ou seule.

Je m’expose parfois, j’en ai la force maintenant.

Je ne sors jamais sans avoir dans mon sac de perles et de cuir pour faire mes mitaines ou un petit bracelet. C’est ma trousse de secours et mon endroit secret. Si jamais je vis quelque chose de difficile, je m’y plonge. C’est mon kit de survie.

Pour lire la suite du témoignage de Mariane et en savoir plus sur l’importance de se défaire de la honte, c’est par ici.

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ISABELLE

Je suis une survivante.

Une agression sexuelle est une violence qui entache le corps et l’âme. J’ai été victime lors des évènements. Mais pour moi, dès le lendemain, à mon réveil j’étais une survivante. Je respirais, je parlais, je mangeais. Je n’avais pas le choix de continuer, car la seule autre option était la mort. Ma voix et mes pas étaient chancelants, je ne savais pas trop ce qui s’était produit.

L’âme a de la difficulté à se dévoiler à elle-même la violence vécue. Il faut du temps et de l’accompagnement pour mettre des mots sur les actes et les ressentis. Je ne me sens pas indestructible. Au contraire, mon cheminement a été d’accepter ma parcelle de vulnérabilité. J’ai compris ce qu’elle abritait et comment en faire une compagne de vie. La vulnérabilité est en quelque sorte la part d’humanité en moi. Vulnérabilité ne veut pas dire faiblesse. Ça signifie pour moi m’autoriser à ressentir autant l’exaltation que la tristesse, et m’autoriser à dire non.

Je ne croyais pas ma psy lorsqu’elle disait que le temps nous guérit. Maintenant, je sais que c’est vrai. Mais guérir ne signifie pas oublier ni revenir comme avant.

Je ne peux revenir comme avant, pourtant j’ai essayé. Dès que j’ai compris ça, je me suis mise à guérir. La guérison est pour moi est un processus par lequel on “fait sens” de ce qu’on a vécu, afin d’intégrer l’événement à notre film de notre vie.

J’ai fait 5 ans de thérapie, j’ai lu sur les traumas, j’ai suivi des cours de yoga. Aujourd’hui, je dois encore apprendre à vivre avec mon anxiété.

La seule voie possible pour moi fut de fonder une famille sans homme.

Du point de vue individuel, la suite idéale serait de maitriser mon anxiété, de trouver une paix intérieure. C’est d’aimer mon fils et être fière de mon choix de l’avoir dans ma vie. Aussi, ce serait de réaliser une thèse doctorale qui change le monde! Je souhaite que la discrimination envers les femmes handicapées cesse, qu’on puisse être considérées comme des femmes sexuées pouvant être violées, torturées, pouvant aussi être en amour, pouvant enfanter. Peut-être qu’alors nos voix pourront s’élever pour réclamer justice.

Pour lire la suite du témoignage d’Isabelle et en savoir plus sur l’importance de se défaire de la honte, c’est par ici.

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ÉMILY

Je suis une personne qui accorde beaucoup de valeur aux mots et à leur signification. Le langage est, à mes yeux, éminemment politique. Je trouve essentiel de parler de territoire non cédés, de personnes que l’on racise, en situation d’itinérance ou de handicap, d’utiliser l’écriture et la parole inclusive.

Il est pour moi primordial de reconnaitre dans mon choix de vocabulaire les oppressions elles-mêmes, afin qu’elles soient nommées, vues, entendues, puisqu’il s’agit pour moi d’un pas en direction de leur abolition. Comme militante, comme artiste, comme personne ayant le privilège d’accéder à une tribune alors que tant d’autres n’en ont pas, je considère qu’il est de mon devoir d’utiliser celle-ci comme outil d’éducation, d’affirmation, de revendication.

Par contre, lorsqu’on me demande de me positionner face aux oppressions, aux injustices ou aux agressions que j’ai moi-même vécues, c’est beaucoup plus complexe. Je trouve difficile de m’exprimer, de choisir les termes adéquats, justement parce que j’ai conscience de leur charge et de leur pouvoir.

Prenant la parole aujourd’hui, j’aimerais être rendue plus loin dans mon processus de guérison. J’aimerais pouvoir me présenter aux yeux du monde en femme inébranlable et inébranlée, avec justesse, tact et précision, faisant preuve d’une grande résilience, mais je choisis de me présenter exactement comme je suis, à bout de souffle, mais fière, toujours en chantier, les yeux à demi sur le bordel qu’il y a dans la cour, à demi sur la p’tite cabane de mes rêves au beau milieu d’la forêt.

Je ne me considère pas “victime” d’agression sexuelle, car c’est un mot qui a encore pour moi une résonnance passive et fragilisante. Je l’associe à une faiblesse, au manque, à la perte… un peu comme si tout ce qui m’était arrivé n’était pas de ma faute du tout.

Je vous entends déjà et je pourrais le dire à n’importe quelle autre personne ayant vécu une agression sexuelle moi aussi : “Oui, tu es victime.” Du patriarcat, des relations de pouvoir et des construits sociaux qui ont profondément influencé ton développement et ta confiance en toi-même.

En vérité, si moi je n’arrive pas me sentir victime, c’est parce que je me sens encore aujourd’hui, un peu complice de chacune des agressions que j’ai vécues. Oui, je suis le résultat d’une accumulation d’expériences sociales qui ont contribué à mon manque d’estime personnelle, à mes réactions de fille polie, gentille, qui ne veut pas faire de vagues, mais je ne peux pas m’empêcher de croire que, si j’avais compris plus tôt dans ma vie le pouvoir de l’amour propre, les choses auraient été différentes. Que je n’aurais pas figé, que je me serais tenue debout, que je me serais défendue, que j’aurais été la victime parfaite que me dépeint l’imaginaire collectif, en fait.

On sent un malaise social à reconnaître l’étendue du problème du harcèlement et des agressions à caractère sexuel, parce qu’on aimerait croire qu’on est plus évolué que ça comme société.

Moi, j’ai pas envie de me voir comme une victime parce que j’ai envie d’me voir plus forte que ça. Je ne me sens pas survivante non plus, parce que ces mots réfèrent à une force et à une capacité de surmonter les choses auxquelles j’aspire, mais que je n’ai pas encore atteintes.

J’aimerais me peindre en guerrière triomphante, en féministe parfaitement déconstruite, en militante toute droite devant l’adversité, mais la vérité est que je livre beaucoup plus facilement bataille pour les injustices vécues par les autres que celles vécues dans mon intimité.

Quand j’ai eu peur de tomber dans l’angoisse, la panique ou la dépression face à toutes les micro-agressions quotidiennes qui me forçaient à revivre dans mon corps et dans ma tête le souvenir de ce qui m’était arrivé, je me suis répété que j’étais en béton armé, indestructible.

Indestructible, même si ce n’est pas un mot auquel je m’identifie, c’est un mot qui m’a permis de me battre et de continuer à vivre.

Pour lire la suite du témoignage d’Émily et en savoir plus sur son processus de guérison, c’est par ici.

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ANITA

Les conséquences de ces violences sont miraculeusement positives, en ce qui me concerne. J’ai eu le courage de partager mon histoire, et ce, dans le but de collaborer à cette conscience collective qui mûrit, Dieu merci, jour après jour en faveur du consentement. De la véritable jouissance.

En ce qui concerne le processus de guérison, je me suis stimulée mentalement et spirituellement, afin de ne pas permettre à ces violences de trôner au centre de ma vie. L’amour que je me porte, l’estime que j’ai développée au fil du temps pour la femme se retrouvant de l’autre côté du miroir sont désormais les pilliers de ma destinée et plus rien ne peut les ébranler.

Pour la suite des choses, je m’engage à écrire et à témoigner jusqu’à ce que les hommes (jeunes et moins jeunes) des quatre coins du monde comprennent que la liberté de décider, c’est sacré. Jusqu’à ce qu’ils voient en nous les divinités que nous sommes véritablement.

Pour lire la suite du témoignage d’Anita et découvrir le regard qu’elle porte sur le mouvement #Moiaussi, c’est par ici.

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AVERY

Récemment, j’ai conçu une liste de tous les événements ou types de situations ayant nui à mon autonomie corporelle, sexuelle et romantique. J’ai dénombré plus de trente événements où mon consentement a été brimé.

Depuis l’enfance : un viol en contexte conjugal; plusieurs agressions de nature sexuelle; des relations sexuelles dans le flou entre le consentement et l’absence de consentement; de nombreux abus de confiance; du harcèlement de rue sexiste, homophobe et transphobe; ainsi que du harcèlement sexuel à la pelletée.

Ces situations ont contribué à ce que j’intériorise que mon consentement n’est pas important, réflexe qui a été extrêmement difficile à défaire. J’ai aussi eu beaucoup de mal à faire confiance à autrui, surtout en contexte amoureux, à la suite du viol. Ça va mieux maintenant.

Comme deux de mes agressions ont eu lieu par-derrière, j’ai tendance à faire des crises de panique, subir des reviviscences, être anxieux et me sentir en danger lorsque je suis touché par-derrière, sans avertissement.

Bien que des personnes de tout genre puissent commettre des agressions sexuelles, les miennes n’ont été commises que par des hommes. Ainsi, je ne suis plus du tout intéressé par des relations sexuelles avec des hommes cis*, et rarement pour ce qui est des hommes trans*.

En raison des myriades de situations de harcèlement de rue, j’ai aussi l’impression récurrente que je n’ai pas droit à l’espace public et suis sur la défensive lors de mes déplacements.

Ce qui m’a aidé, c’est d’apprendre à communiquer, ce qui va de pair avec l’exigence de consentement en tout et pour tout (autant le mien que celui des autres). En effet, je suis convaincu que le consentement sexuel serait mieux respecté à l’échelle sociale si le consentement tout court était valorisé et respecté : Veux-tu un câlin? Préfères-tu visionner ce film ou un autre? Te sens-tu à l’aise de faire ceci? As-tu envie de socialiser ce soir? Non? Pas de problème! Tu n’as pas à te justifier, je t’apprécie comme ça!

Un autre élément de guérison a été de dénoncer, réagir et prendre la parole. Maintenant, je proteste quand quelque chose me déplaît. Je confronte les personnes envahissantes. Je “call out” ou “call in”. En faisant cela, j’ai l’impression de me respecter et de prendre ma propre défense, ce qui me fait du bien. Je me sens empowered.

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Cis, de cisgenre : qui s’identifie au genre lui ayant été assigné à la naissance. Un homme cis est né avec un pénis; une femme cis est née avec une vulve.

Trans, de transgenre : qui s’identifie à un genre autre que celui lui ayant été assigné à la naissance. Un homme trans est né avec un vagin; une femme trans est née avec un pénis.

Pour lire l’entièreté du témoignage d’Avery et réfléchir à l’importance de l’éducation dans la destruction de la culture du viol, c’est par ici.

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COCO

J’avais 18 ans la première fois que ça m’est arrivé, mais ce n’est qu’à 26 ans que je me suis avoué mon viol. Je n’avais jamais pu le dire à haute voix. En fait, j’ai commencé à être plus à l’aise en commençant ma formation à l’École nationale de l’humour, parce que j’avais maintenant des outils pour en parler sans que ce soit lourd.

J’utilise l’humour au quotidien. Pas pour faire semblant que la situation n’est pas grave, mais pour alléger la lourdeur, pour que je me sente correcte, pour me moquer du grand plutôt que du petit. C’est comme quand on rit à des funérailles parce qu’on a besoin de soulagement…

J’ai donc écrit un numéro sur l’agression sexuelle. J’ai commencé à le faire sur scène avant le mouvement #Moiaussi. Et c’est vraiment une chose différente, depuis! Avant, j’avais l’impression de me battre pour parler de quelque chose dont on ne voulait pas entendre parler. Je racontais mon histoire et, parfois, je réussissais à faire embarquer les gens, mais pas tout le temps. Et ça, c’était satisfaisant dans un sens, parce que si je me plantais, je me disais que j’étais en train de dire quelque chose d’important… Que je contribuais à ce que le viol ne soit plus tabou.

Puis quand #Moiaussi est arrivé, ça a tout changé! Tout le monde se battait pour la même affaire, je n’étais plus seule. Depuis, on est sur un bel élan. Les gens sont actifs et veulent participer à la discussion. On est toutes comme : «Hey on se voit, on devrait juste se prendre les mains, faire notre petite lignée, faire un cercle autour de tous les problèmes pis les aimer jusqu’à ce qu’ils soient morts.»

Si on continue à faire des efforts, et qu’on continue à avoir cette conversation-là, le futur de l’humour est fucking nice. Parce qu’il y a moyen d’être trash et choquant sans brimer autrui. Sans que ce soit gratuit ou que ça perpétue une conduite négative dans la société. Je sais que c’est possible. Difficile, mais ça se fait. Et notre humour n’en sera que meilleur.

Pour lire la suite du témoignage de Coco Belliveau et en savoir plus sur l’importance du contrôle dans les situations d’abus, c’est par ici.

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MÉLODIE

Je ne sais pas ce qui m’a le plus affectée dans l’agression sexuelle. Je pense que ce n’est pas l’agression en tant que telle, mais le “après”. Quand j’ai vu qu’il ne la reconnaissait pas. Moi, je m’attendais à ce qu’il me dise “pardon” le soir même et j’aurais été prête à l’accepter. Ç’aurait été une violence, mais j’aurais été capable de passer par-dessus. Sauf qu’il ne m’a pas dit pardon. Il m’a dit que ça avait été la meilleure baise de sa vie. Rendue là, je ne pouvais plus rien espérer de lui. Ça a été difficile de guérir de son aveuglement.

Ça faisait quelques années, quand j’ai porté plainte. Je l’ai fait au lendemain de la fête de ma fille. C’était symbolique pour moi, parce que je ne veux pas qu’elle vive seule. Je veux qu’elle ait une mère forte. Je n’obligerai jamais quelqu’un à porter plainte; à chacun sa démarche. Mais moi, j’étais rendue là. J’avais trop de frustration. J’avais besoin d’être dans l’action, je me sentais immobilisée.

Je ne sais pas si je guérirai. Elle ne se refermera peut-être jamais, cette blessure-là, mais je peux faire en sorte de la transformer. Si je l’ouvre, c’est moi qui vais l’ouvrir. Ce n’est plus lui. Puis, je vais continuer à écrire. Que ce soit là-dessus ou sur lui. Peut-être qu’un moment donné je serai tannée, et que je vais passer à autre chose. Et ce sera tant mieux! En même temps, je l’aime cette colère-là. Je l’ai apprivoisée. Ce n’est pas mal d’être fâchée.

Si je devais absolument me définir par un terme, ce serait indestructible, parce que je veux ce rapport de force là. Par rapport à lui, je me sens indestructible. Contrairement à lui, je n’ai plus peur.

Tous les agresseurs devraient avoir peur.

Pour lire la suite du témoignage de Mélodie et en savoir plus sur la situation des travailleuses du sexe victimes d’abus sexuels, rendez-vous ici.

PHOTOS PAR CAMILLE GLADU-DROUIN /FLAMME

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