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Les Gémeaux comme un pizzaghetti

J’ai toujours rêvé de gagner un Gémeaux. Jeune, je répétais même mes remerciements devant le miroir. À 20 ans, mon rêve s’est à demi réalisé. J’étais figurante au gala des Gémeaux. En d’autres mots, j’étais bouche-trou. Faut toujours qu’une salle de gala ait l’air remplie à la télé, même si c’est par des nobody. Quand Guy Jodoin se levait de son siège pendant une pub, on m’envoyait prendre sa place. J’étais personne, entourée de gens qui étaient quelqu’un… jusqu’à ce que Guy revienne et me fasse comprendre que mon règne était révolu. Je retournais m’accoter sur le bord du mur et attendre que la prochaine vedette s’éclipse.

Dimanche soir, c’était le 34e gala des prix Gémeaux, et comme j’ai pris ma retraite de la figuration depuis belle lurette, je me suis installée devant ma télé, armée d’un pizzaghetti de Marconi pour voir défiler le rêve devant mes yeux.

VÉRO ET LES TALONS HAUTS

Le numéro d’ouverture était justement à l’image de mon assiette : il voulait satisfaire tout le monde. Contrairement à Jean-Philippe Wauthier et ses malaises un an plus tôt, le parterre riait, et pas jaune. La gentillesse trouve meilleur public au Québec, faut croire. Véro n’est pas tombée de ses talons (merci aux nombreuses mains autour d’elle). Elle a dansééé, chantééé, entourée de danseurs et de pyrotechnie. Sa voix était à peine audible à travers la tonne de choristes. Il faut croire qu’après Les dangereux, elle a appris à se garder une petite gêne. En ce qui a trait à la chanson d’ouverture, disons que sa plus grande qualité était d’être bien plus compréhensible que la toune électorale des Libéraux. Bravo pour un français bien utilisé.

QUAND LE FEU POGNE

Reprenant à peine son souffle, Véro a commencé son animation, et à peine 11 minutes après le début du gala, le feu a pogné. Littéralement. Il y avait des flammes qui tombaient du plafond. Évidemment, ça nous a permis de faire le tour de tout le champ lexical relié au feu. « Véro est en feu ce soir. » « C’était un numéro d’ouverture de feu. » « Le gala est parti en fumée. » « On se brûlait de voir la suite. »

Comme l’a mentionné Olivier Niquet sur Twitter, on a failli perdre le star system québécois au grand complet.

Comme l’a mentionné Olivier Niquet sur Twitter, on a failli perdre le star system québécois au grand complet. La bonne nouvelle, c’est que la pause publicitaire précoce a permis à l’animatrice de prendre sa première respiration de la soirée.

DES PRIX, DES PRIX, C’PAS UNE RAISON POUR SE FAIRE MAL

Dans la catégorie Présentation de prix : humour, le Gémeaux est remis à égalité entre le quatuor composé de Guy A Lepage, Charles Lafortune, Julie Snyder et Christian Bégin (mention spéciale à Curieux Bégin) et le duo Pierre Hébert, Denis Barbu. Si les jokes de Véro n’étaient pas bien salées, ces six-là ont su pimenter la soirée avec leur humour qui fait des flammèches. Tellement que Denis Barbu, enragé comme toujours, a rebondi comme une gazelle sur l’incident en disant : « arrête t’es en train de me crinquer je vais recrisser le feu dans le décor. » Dans la catégorie Émotion, la présentation du Prix du public remporte les honneurs avec ses extraits d’émissions très human comme Faire œuvre utile et Deuxième chance. Tout le monde pleurait au parterre… et dans mon salon.

LE CHÂTEAU

Je dois dire chapeau aux animateurs de l’avant gala, qui n’ont posé aucune question vestimentaire à nos vedettes défilant sur le tapis rouge. C’est juste dommage, parce que si le Château n’avait pas twitté que Guylaine Tremblay et Benoît Drouin-Germain étaient fièrement habillés par eux, on l’aurait jamais su.

L’ANGOISSE DES REMERCIEMENTS

C’est la partie que je déteste le plus. Mon radar à malaises se déclenche assez vite et me force souvent à changer de poste. Quand c’est trop long, quand on mentionne le nombre de secondes qui restent sur le télésouffleur, ou que le gagnant n’a pas préparé de discours, même si ça fait des mois qu’il sait qu’il a une chance de gagner. Tout ça me rend très inconfortable.

Quand Olivier Arbour-Masse s’est emparé du micro, c’est comme si Découverte venait de commencer et que Charles Tisseyre m’expliquait les microdétails du street rap

C’est super que RAD ait gagné un prix. Quand Olivier Arbour-Masse s’est emparé du micro, c’est comme si Découverte venait de commencer et que Charles Tisseyre m’expliquait les microdétails du street rap. J’avais oublié que Véro en était à son 4e changement de robe et que le feu nous a fait passer proche de pas savoir comment allait finir District 31.

Sinon, quand le Bye Bye a remporté un Gémeaux, c’est juste dommage que Pierre Brassard ait remercié Guillaume Lafrance, au lieu de Guillaume L’Espérance. Une chance que Claude Legault lui a fait office de télésouffleur.

Y a aussi de purs moments de magie. Florence Longpré a ouvert le bal avec un premier remerciement exemplaire. Drôle, touchante, concise, elle a même prononcé le mot caca sans que ce soit vulgaire. Marie-Ève Janvier était bien préparé et a fait shiner l’agriculture d’ici.

Mais mon coup de cœur de la soirée, c’est Ève Landry, qui a remporté son premier Gémeaux à vie. C’est certain qu’elle a pratiqué longtemps son remerciement devant le miroir. Elle attendait ça depuis 26 ans. Elle s’est arrêtée quelques secondes pour prendre le temps de regarder ses collègues au parterre, et de savourer le moment.

Visiblement, je me suis vue en elle. Je n’ai toujours pas gagné de Gémeaux cette année, mais je suis contente de voir que de « nouveaux » visages se mêlent aux visages plus connus. Y a de l’espoir. Sophie Lorain a dit « Se préparer à ça, c’est une chose, mais vivre le moment, c’en est une autre. » Je ne sais pas si un jour je vivrai le moment (j’aurais clairement mérité le trophée de la meilleure bouche-trou à l’époque), mais je vais continuer à me préparer, juste au cas. D’ici là, je vais essayer de trouver un extincteur de fumée format sacoche. On sait jamais.

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