Les fusils, les fusils, c’est pas une raison pour se faire tirer

Pour la deuxième fois en sept mois, un policier a tué un sans-abri.  L’itinérant s’enfuyait.  Si Kill Bill m’a appris une chose, c’est bien qu’on ne tire pas sur un homme de dos.  Et qu’un one piece jaune, ça peut être adéquat.

Pour moi, fusiller un homme en fuite, c’est un peu comme kicker un bébé panda dans la face.  Il s’agit d’un acte qui dénote une carence de dignité humaine.  Je doute que les policiers auraient dégainé leur pistolet si le contrevenant avait été Véronique Cloutier ou la Duchesse de Cambridge.  N’enseigne-t-on pas aux flics à tirer ailleurs que dans le torse pour immobiliser un individu?  N’y a-t-il  pas des périodes de pratique d’une durée significative allouées à la maîtrise de l’outil capable d’enlever la vie en un temps un mouvement ?  Ne sont-ils pas entraînés à effectuer des prises de ninjas ?

On a inventé la bombe nucléaire et ceci.  On a même réussi à créer une nouvelle grippe ultra-mortelle (Pourquoi ?!).  Je trouve plutôt loufoque qu’on n’ait pas encore réussi à concevoir un immobilisateur à distance qui n’engendre pas la mort.

Est-on davantage porté à tirer sur un sans-logis? Est-on davantage porté à s’en crisser lorsqu’on l’apprend?  Au fond, ne croit-on pas que la vie d’un homme sans demeure, sans statut social, plan d’assurance ou tondeuse en acier inoxydable est juste un tantinet moins valable?  Est-ce que sans oser l’affirmer, une part de nous considère les itinérants comme des sous-humains, des bibelots laids offerts par la belle-mère qui pourraient être brisés par un bébé maladroit sans que ça ne nous fasse un pli sur la poche?

Lorsqu’on n’est pas en train de regarder Les naufragés des villes, on oublie rapidement que les plus démunis sont nos égaux, qu’ils ont une famille, qu’on leur a chanté bonne fête en 4e année, qu’ils peuvent ressentir la tristesse, qu’ils ont déjà frenché la plus belle fille de la classe et qu’ils ont peut-être même dansé la Macarena sur une scène ou serré la main de Julie Snyder.

Nous sommes désensibilisés.  On ne leur répond plus, on ne les voit plus.  Ils sont incrustés dans les murs gris du métro.  Les croiser est devenu aussi banal que d’entendre Charles Tisseyre dire : « Bonsoir, bienvenue à Découverte.». Parfois, on leur lance quelques sous et le lendemain, lorsqu’on apprend que l’un d’eux a été abattu, on dit : « Shit », puis on fait un haussement d’épaules intérieur.

Les dirigeants des services policiers auraient sans doute intérêt à visionner de nouveau La Guerre des tuques pour comprendre que les fusils, les fusils, c’est pas une raison pour se faire tirer.

(Photo: The Further Adventures of Hobobob)

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