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Hiba Elrhazi avait 25 ans quand elle a été retrouvée morte dans son appartement du centre-ville de Montréal, le 15 avril dernier. Son conjoint, arrêté à l’aéroport alors qu’il s’apprêtait à quitter le pays, a été accusé d’homicide involontaire. Il s’agit du neuvième féminicide présumé depuis janvier au Québec.
Le jour même, à 250 kilomètres de là, Christine Fréchette était assermentée et devenait la deuxième femme à occuper le poste de première ministre dans la province.
Dans la foulée, des voix se sont rapidement élevées pour exiger d’elle des actions concrètes.
Dans une lettre ouverte à l’intention de Fréchette publiée mardi matin dans La Presse, plus de 600 personnes, dont Klô Pelgag, Léa Clermont-Dion et Florence Longpré, ont joint la cheffe parlementaire de Québec solidaire (QS) Ruba Ghazal pour demander à la nouvelle première ministre d’agir « maintenant » pour prévenir de futurs féminicides.
Ghazal et ses alliés adressent trois demandes claires à Fréchette :
– qu’elle adopte une loi permettant aux femmes de vérifier les antécédents de violence de leur partenaire ;
– qu’elle crée un ministère des Droits des femmes et de l’Égalité ;
– qu’elle utilise la cagnotte de 250 millions de dollars laissée par le ministre des Finances, Éric Girard, pour financer les maisons d’hébergement dédiées aux femmes victimes de violence conjugale.
« Combien de fois est-ce qu’on va devoir dire, encore et encore, “pas une de plus” avant que ça change ? », s’est indignée la co-porte-parole de Québec solidaire lors d’un point de presse mardi.
La comédienne, documentariste et autrice Ingrid Falaise a ensuite livré un discours rempli d’émotions, se qualifiant elle-même de survivante, une histoire qu’elle a racontée dans son livre à succès Le monstre, ensuite adapté à la télévision.
« Depuis le début de l’année, elles sont déjà neuf. La prochaine est encore en vie, puis bientôt, elle ne le sera plus », a-t-elle laissé tomber, alors que des larmes lui montaient aux yeux. Elle a ajouté espérer que Christine Fréchette fasse « enfin les choses différemment ».
Ruba Ghazal et ses alliés pressent la première ministre d’adopter une « loi Gabie Renaud », ainsi nommée en mémoire d’une femme de 45 ans tuée en septembre dernier par son conjoint multirécidiviste en matière de violence conjugale.
Cette loi permettrait aux femmes de consulter les antécédents de violence conjugale de leur conjoint et « de prendre des décisions éclairées ».
« L’information donne du pouvoir », estime Ruba Ghazal.
La proposition s’inspire de la loi de Clare, instaurée au Royaume-Uni en 2014 après le meurtre de Clare Wood par son ex-conjoint, qui avait un long historique en matière de violence conjugale. D’ailleurs, plusieurs provinces canadiennes, dont la Saskatchewan et l’Alberta, ont déjà adopté cette loi. Pour les signataires de la lettre ouverte, le moment est venu pour le Québec d’emboîter le pas.
Dans le discours qu’elle prononçait à Québec lors du dévoilement de son conseil des ministres, Christine Fréchette a réitéré son engagement à adopter une loi Clare. La députée solidaire Manon Massé s’en réjouit, mais insiste : « Maintenant, le temps compte. Il faut la mettre en action, cette loi-là ».
Au Québec, dans les maisons d’hébergement pour victimes de violences conjugales, c’est une demande sur deux qui est refusée, preuve d’un manque criant de financement.
« Au cœur du filet social, il y a les maisons d’aide et d’hébergement. Des maisons qui débordent et qui se voient contraintes de mettre des femmes sur des listes d’attente pour leur offrir du soutien sans hébergement », déplore Louise Riendeau, porte-parole du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.
Et selon Ruba Ghazal, le gouvernement dispose des fonds nécessaires pour pallier le problème, le dernier budget ayant prévu 250 millions de dollars comme marge de manœuvre à la successeure de François Legault. « Nous, on veut pas que cet argent-là soit la cagnotte électorale de la CAQ pour se faire réélire en octobre. Il y a des besoins criants », dit-elle, citant des places en hébergement.
La co-porte-parole de Québec solidaire souligne aussi la nécessité d’investir dans des ressources venant en aide aux hommes. « Quand un homme a envie de fesser, il va falloir qu’il ait des ressources pour l’accueillir, pour qu’il ne fesse pas. Ça ne peut pas être seulement sa conjointe qui porte ce poids-là. »
L’écrivaine féministe Martine Delvaux a joint sa voix à celles des centaines de signataires de la lettre ouverte. À ses yeux, au Québec, les féminicides sont devenus un véritable « problème de santé publique ».
« J’aimerais qu’il y ait une vraie éducation à l’égalité, à la diversité, aux rapports de sexe et de genre dès la garderie », nous a-t-elle dit en marge du point de presse. Selon Delvaux, il faut s’intéresser davantage à la misogynie et au sexisme, qui sont, selon elle, la source du problème. Et surtout, elle croit qu’il faut agir, dès le plus jeune âge. « C’est la seule manière d’enrayer ce problème-là. »
De son côté, l’autrice-compositrice-interprète Safia Nolin s’inquiète de la montée des discours masculinistes en ligne et dans l’espace public. « Les enfants se font “driller” ça dans la tête. »
Les neuf féminicides présumés jusqu’ici au Québec cette année :
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Hiba Elrhazi, 25 ans, Montréal
Katerine Alejandra Mejia Salinas, 18 ans, Montréal
Danielle Lascelles, 67 ans, Saint-Jérôme
Sonia Maricela Gonzalez Vasquez, 54 ans, Brossard
Marie-Kate Ottawa, 39 ans, Manawan
Véronic Champagne, 40 ans, Rougemont
Susana Rocha Cruz, 44 ans, Québec
Mary Iqiquq Tukalak, 54 ans, Puvirnituq
Tadjan’ah Desir, 31 ans, Montréal