Les exilés du ROC : Émilie et l’Alberta

Émilie peut décider de partir communier avec la nature quand elle veut, où elle veut; pas besoin de réserver 6 mois à l’avance un emplacement de camping dans un parc national. C’est l’un des avantages qu’elle a trouvé en quittant sa province d’origine pour l’Alberta.

“Au Québec, c’est plate parce que si tu veux vraiment camper dans la nature et que tu n’as pas de terrain, tu peux quasiment juste aller dans les parcs nationaux, où tu n’as pas le droit d’amener de chien et où il y a tout plein de monde à un seul endroit. Ici, je prends ma carte topographique, je trouve une montagne qui a l’air cool, et on y va”, nous dit Émilie sur Skype à partir de son salon albertain, juste avant de quitter pour une randonnée avec ses parents qui sont en visite.

Là où elle reste, à la jonction entre la fin des Plaines et le début des Rocheuses, une grande partie des terres appartient en effet au gouvernement provincial, qui a décidé d’en faire du “Public Land”, c’est-à-dire des terrains où on peut gratuitement et librement se promener, se baigner, camper et même couper un peu de bois. Les conditions? “Stay safe while you’re having fun!” nous énonce comme première règle le site d’Environment and Parks Alberta.

Soyons francs, il y en a quand même quelques autres, mais elles ne sont pas trop contraignantes (14 jours maximum de camping au même endroit, bien éteindre ses feux, ne pas jeter de déchets et être poli avec les autres campeurs).

C’est clairement la nature qui a amené cette Sherbrookoise dans l’ouest : après un hiver à faire du snow dans les Rocheuses, elle était conquise. Elle est retournée passer un an au Québec, puis a déménagé définitivement, avec son chien Moko.

Si c’est pour les montagnes, pourquoi avoir opté pour l’Alberta plutôt que la Colombie-Britannique? “Le coût de la vie est beaucoup moins élevé ici, et il y a plus de travail. Et Banff et Jasper, c’est quand même de belles montagnes!”

Parlant d’argent. Émilie a fait une technique en aménagement de la faune au Cégep de Saint-Félicien. Au Québec, elle faisait 16 $ de l’heure. En déménageant, elle a retrouvé l’équivalent de son poste en Alberta… à 30 $ de l’heure. “Le coût de la vie est plus élevé ici qu’au Québec, mais ce n’est vraiment pas le double, alors que pour les salaires ça peut l’être.” Ajoutons à ça l’absence de taxe provinciale et le taux d’imposition le plus bas au Canada. Et le camping gratuit. Bel endroit pour faire quelques économies!

Les cowboys ne chialent pas

Maintenant que nous avons bien parlé de la nature, il est temps d’aborder la sainte-trinité des clichés sur l’Alberta : qu’en est-il de la fameuse combinaison cowboys/pétrole/puritanisme?

“Le syndrome du gros pickup existe, et le sport national est de tirer des gros feux. Voir des cowboys à cheval qui déplacent leurs vaches, ça arrive”, concède Émilie, qui habite dans une ville rurale de 2000 habitants.

Un paradigme culturel différent qui n’a pas que du mauvais. “Il y a aussi un côté positif aux différences culturelles. Les gens sont plus courtois, t’ouvrent la porte à l’épicerie, les voitures s’arrêtent quand tu veux traverser, tu marches dans la rue et les gens te saluent… j’ai déménagé ici pour les montagnes, mais je reste aussi pour les gens et leur esprit.”

Cet esprit comprend pas mal moins de chialage qu’à l’autre bout du pays.

“J’ai réalisé juste quand j’ai déménagé à quel point les Québécois étaient vraiment chialeux! Et tout le discours qui entoure la politique… Quand tu entends les Québécois parler de politique, c’est toujours la fin du monde, c’est tellement dramatique. Ici aussi il y a de la magouille politique, mais on dirait que les gens sont moins émotifs là-dedans.”

Ce qui ne les empêche pas de voter pour du changement, par exemple lorsqu’ils ont mis fin à 44 années de règne du Parti progressiste-conservateur au provincial en mai dernier, en élisant un gouvernement du NPD à la grande surprise de tous.

Parce que même les plus conservateurs ont parfois envie de changement. “Dans les milieux ruraux comme où je vis, ça vote conservateur, mais dans les villes, ça change beaucoup. Il faut dire que notre richesse en Alberta vient du pétrole et du gaz. Les gens aiment les conservateurs surtout parce qu’ils sont ceux qui sont le plus pro pétrole et gaz.”

Et il s’agit peut-être de l’un de sujets qui suscite le plus d’émoi chez ces grands pragmatiques politiques. “Par exemple, la tournée de Neil Young contre les sables bitumineux, les gens sont très émotifs là-dessus. Ils n’aiment pas que ceux qui sont contre les sables bitumineux ne soient jamais allés voir un site, qu’ils ne connaissent pas vraiment ça, qu’ils ne fassent que se baser sur des photos de chantiers pas très beaux.”

Et hum… pour conclure, comment dire… est-ce que c’est vrai que si tu embrasses un Albertain, tu dois le marier direct?

Apparemment non, parce que Émilie a été six ans en couple avec un garçon sans avoir eu à entrer dans une église.  

“C’est vrai que c’est beaucoup plus traditionnel par contre. Ici les gens se marient encore beaucoup à l’église, il y en a plus qui ont des enfants. Après six ans de relation, les gens me demandaient pourquoi je n’étais pas mariée!”

Mais pas d’une façon envahissante, apparemment. “Ici, c’est vraiment vivre et laisser vivre, à propos de tout.”

Les cowboys ne sont-ils pas reconnus pour être des esprits libres, après tout?

Émilie vit à Blairmore, est consultante en faune et a une compagnie de dog watching. Elle confirme que les Albertains ne font pas aussi bien le party que les Québécois.

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