Les Dragons de Métal

Ce texte est extrait du #33 spécial Hiver québécois | présentement en kiosque

Il fait (enfin) froid à Montréal. En ce lundi soir de janvier, je marche avec mon fils de 5 ans sur la rue Beaubien.

Nous revenons d’une fête d’enfants. Il est presque 20 h. C’est toujours étrange de se promener avec un enfant quand il fait noir. J’ai l’impression que Jack Bauer va surgir d’une camionnette et me ramener au CTU pour m’interroger. « Pourquoi ton enfant n’est pas couché ! Réponds, ou je te branche les couilles sur une batterie de char !  » Je presse le pas, prétextant qu’il fait froid. En tournant le coin, sur St-André, on voit une chenillette de déneigement remonter vers nous en dégageant la neige à vive allure. Respectueusement, nous nous effaçons dans une entrée pour la regarder manœuvrer.

– Papa, pourquoi le monsieur est en manches courtes ?

La question est pertinente. Il fait -6000 degrés Celsius et le conducteur est en t-shirt, un café à la main.

– Il fait chaud dans sa cabine.

Il est dans une bulle de chaleur, isolé de la froideur du monde. Comme un astronaute soviétique dans sa capsule Soyouz. Je les envie, ces conducteurs de chenillettes jaunes. Toute la nuit, ils jouent dans la neige avec des Tonka grandeur nature. Le fantasme de n’importe quel ti-cul. En plus d’être plaisant, c’est un boulot gratifiant. Devant eux, l’infini du chaos immaculé. Après leur passage, un couloir lisse pour la bonne marche de l’humanité. Il faudrait ériger un monument au déneigeur inconnu.

Arrivé chez moi, je déchante. Le con a laissé un immense amas de neige devant mon escalier. Pourquoi… Bêtise ? Paresse ? Malveillance ? Toutes les hypothèses défilent dans ma tête. Nous rentrons dans la chaleur de l’appart. Pas de bain ce soir, il est trop tard. Jack ne serait pas content. En attendant que mon fils enfile son pyjama, je scrute la rue par la fenêtre. Un lampadaire découpe l’ombre d’une cordillère de neige parfaitement façonnée par la charrue. On dirait les Andes en miniature. Soudain, un grondement lointain.

-Vite, viens voir la souffleuse.

Mon fils bondit sur son lit. Je me demande lequel de nous deux est le plus excité. Emmitouflé comme un bibendum, un guide ouvre la parade. Précédant la souffleuse, il veille à ce que personne ne se fasse avaler par la gueule du monstre.

Lisez la suite dans le #33 spécial Hiver québécois | présentement en kiosque

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