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Les détectives qui traquent le virus

Un appel à la fois, ils tentent de freiner la propagation.

12 juin 2020
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Chaque jour, de nouveaux chiffres sont rendus publics : « Québec annonce 181 nouveaux cas de COVID-19 et 43 décès », titrait Radio-Canada le 12 juin. Derrière ces chiffres et ces statistiques, il y a des vies, mais aussi des enquêteurs qui tentent d’en sauver.

«Bonjour Madame, X. Vous avez été en contact avec quelqu’un qui a reçu un diagnostic positif à la COVID-19.» L’appel ou le courriel qu’on redoute tous depuis le début de la pandémie, c’est eux qui l’envoient.

À travers des enquêtes épidémiologiques, ces enquêteurs essaient de «geler» le virus le plus rapidement possible en retraçant méticuleusement tous les contacts.

Avant que la pandémie ne soit déclarée, l’équipe d’enquêteurs (dans ce cas-ci on devrait plutôt parler d’enquêtrices) de la santé publique de Laval était composée de 5 infirmières spécialisées dans les maladies à déclaration obligatoire, comme les ITSS. Quand tout a éclaté, en l’espace de quelques jours, plus de 80 enquêteurs de la COVID-19 se sont joints à elles, rapatriés de divers postes de travail dans une cellule de crise.

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Au pic de la crise, l’équipe devait analyser plus de 150 cas par jour, chaque cas nécessitant un appel de 1 à 2 heures avec la personne infectée ainsi qu’avec toutes les personnes susceptibles d’avoir été en contact avec elle.

Une situation qui s’apaise

Quand j’entre dans l’édifice où oeuvrent les détectives depuis 12 semaines, c’est plus tranquille que ce à quoi je m’attendais. Les employés portant le masque discutent à deux mètres, rigolent. L’ambiance est détendue, signe que la pandémie est sous contrôle, pour l’instant.

Laval n’a décelé que 19 nouveaux cas depuis la veille. Depuis les deux dernières semaines, on note une baisse importante du nombre de cas et certains enquêteurs ont été retournés à leurs fonctions habituelles. Ils ne sont maintenant que 56.

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Je suis les flèches des corridors à sens unique pour me rendre au bureau de Catherine Robichaud qui coordonne l’équipe Enquêtes et suivis.

Celle qui auparavant s’occupait de la promotion et la prévention populationnelle à la Santé publique a rapatrié toute son équipe au début de la pandémie pour suivre les traces du virus.

«Il y a des personnes qui vivent avec plusieurs personnes à Laval», rigole-t-elle, sarcastique, faisant référence à la définition de « ménage » que certains citoyens se plaisent à élargir.

«Quand on a décelé les premiers cas à partir du 13 mars, les gens atteints avaient été en contact avec un grand cercle de personnes. Ça s’est apaisé deux semaines plus tard, grâce aux mesures de confinement», fait savoir Catherine. Mais depuis que les mesures de déconfinement sont à l’ordre du jour, le nombre de contacts augmente. « Il y a des personnes qui vivent avec plusieurs personnes à Laval », rigole-t-elle, sarcastique, faisant référence à la définition de « ménage » que certains citoyens se plaisent à élargir.

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Catherine Robichaud, coordonnatrice de l’équipe Enquêtes et suivis.

Elle me fait faire le tour de leurs installations temporaires. Quand un test est positif au laboratoire, le dossier du patient est acheminé à l’équipe de la gestion des cas. Aujourd’hui, c’est une hygiéniste dentaire et une employée d’un bureau de médecin de famille qui montent la garde. «Le beau côté de tout ça, c’est qu’on va connaître vraiment plus de travailleurs du réseau à la fin de cette histoire», lance la coordinatrice.

Le cas est ensuite transmis au dispatch, qui jusqu’à il y a deux semaines, recevait une copie papier du dossier. Vous avez bien lu : une copie papier, pas numérisée. En 2020.

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Sans accès à une copie numérique du dossier, impossible pour l’équipe de travailler de la maison. Il fallait donc être extrêmement prudent pour ne pas propager le virus entre les murs de la Santé publique. «On a fait en deux mois un virage numérique qui aurait été beaucoup plus long en temps normal», explique Catherine qui encourage maintenant son équipe à faire du télétravail.

Des boîtes de dossiers à archiver jonchent encore le sol. «Avant, il y en avait des dizaines comme ça un peu partout dans le bureau.» Parmi ces dossiers, on retrouve aussi ceux des gens décédés, classés par ordre alphabétique, témoins du drame des dernières semaines.

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Avec les cas qui diminuent ces jours-ci, le déconfinement, les points de presse qui se font moins présents dans notre quotidien, on peut avoir tendance à oublier que les morts s’accumulent depuis 3 mois. Plus de 5000 morts au Québec, classés par ordre alphabétique quelque part dans des boîtes et des systèmes.

Pour éviter que d’autres personnes s’ajoutent aux statistiques, les nouveaux dossiers déclarés positifs sont ensuite remis à un enquêteur qui va assurer le suivi jusqu’à la fin de la maladie.

Apprendre à vitesse pandémique

Si vous avez été, pendant 15 minutes, à moins de deux mètres d’un cas déclaré positif, vous faites partie des cas suspectés par la santé publique de Laval. À travers un document de 13 pages, les enquêteurs identifient les facteurs de risques et déterminent le statut. Si vous avez des symptômes, on va tenir pour acquis que vous êtes infecté.

Ceux qui sont asymptomatiques doivent quand même se placer en quarantaine pendant 14 jours, plus s’ils développent des symptômes liés à la COVID-19 pendant leur isolement.

Est-ce qu’ils ont un moyen de savoir si les gens qu’ils contactent mentent? Pas vraiment. «On doit se fier à la bonne foi des gens», explique la détective en chef.

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Les enquêteurs suivent l’évolution de la maladie à travers des carnets de bord que les cas suspectés doivent remplir chaque jour. «On encourage maintenant tous les gens contactés à aller se faire tester», martèle Catherine. Une navette a été déployée depuis mercredi sur le territoire lavallois pour accroître la quantité de tests.

Est-ce qu’ils ont un moyen de savoir si les gens qu’ils contactent mentent? Pas vraiment. «On doit se fier à la bonne foi des gens», explique la détective en chef. Une scène de «crime sanitaire» laisse moins de traces qu’un homicide.

L’équipe a quand même quelques moyens à sa disposition pour sévir si des citoyens contactés ne collaborent pas, ou ne décrochent pas le téléphone. «On peut envoyer la police au domicile d’une personne qui ne nous répond pas», fait-elle savoir.

Préparer la deuxième vague

« Je n’ai plus d’appels à faire pour aujourd’hui », lance Hélène, une enquêtrice de l’équipe de Catherine. Même son de cloche chez les autres membres rencontrés en faisant le tour des installations. Ils suivent des dossiers en cours, mais rien d’alarmant à signaler pour le moment, ce qui n’était pas le cas il y a quelques semaines à peine.

Pour l’instant, ils n’ont plus que 988 cas actifs sur le territoire (en date du 9 juin), et ça diminue chaque jour.

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«On se prépare pour la réouverture des camps de jour, on surveille les garderies», explique Catherine qui redoute une recrudescence dans les prochaines semaines avec l’arrivée des mesures de déconfinement. Pour l’instant, ils n’ont plus que 988 cas actifs sur le territoire (en date du 9 juin), et ça diminue chaque jour.

Mais peut-être pas pour longtemps. Après plusieurs formations suivies dans l’urgence, l’équipe est maintenant prête à affronter le retour en force du virus, la fameuse « deuxième vague » même si personne ne souhaite qu’elle se pointe le bout du nez. Pour ces détectives de pandémie, manquer de job dans le contexte actuel, c’est et ce sera toujours la meilleure des nouvelles.

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