.jpg.webp)
À la conférence de presse des Courageuses qui se tenait mardi au Conseil des arts de Montréal, l’ambiance était fébrile et chargée d’émotion.
Moins d’une heure après que le très attendu jugement a été rendu public, les quatre avocats dans l’affaire ont traversé la salle déjà bondée pour rejoindre les Courageuses, dans une petite salle à l’arrière. Dès qu’ils en ont franchi la porte, des applaudissements ont retenti, étouffés par de grands rideaux gris.
Ce moment marquait le dénouement d’une des sagas judiciaires les plus suivies au Québec.
Après près d’une décennie de procédures, l’ex-magnat de l’humour Gilbert Rozon devra verser 880 000 $ à huit des neuf demanderesses qui l’accusent d’agressions sexuelles dans un procès civil.
Bien qu’il s’agisse d’un montant nettement inférieur aux 14 millions de dollars qu’elles réclamaient, celles qu’on appelle les Courageuses – à l’instar de leur équipe juridique –, considèrent ce jugement comme une victoire majeure, pour elles comme pour l’ensemble des victimes de violences sexuelles.
.png.webp)
« Aujourd’hui, ce n’est pas juste une victoire pour huit femmes qu’on souligne, c’est un pas de plus pour toutes les femmes, toutes les personnes victimes de violences sexuelles », a déclaré Me Anne-Julie Asselin.
Elle a souligné les avancées qu’aura ce procès civil : l’affaire fera entre autres jurisprudence sur deux points importants.
.jpg.webp)
Le camp Rozon contestait la constitutionnalité de deux récents articles du Code civil, soit l’interdiction d’utiliser en preuve certains mythes et stéréotypes contre les victimes de violence sexuelle, et l’abolition du délai de prescription. Mais la juge Tremblay a rendu une décision reconnaissant leur validité.
Dorénavant, des questions comme « Pourquoi vous n’avez pas crié? » et « Pourquoi vous n’avez pas porté plainte plus tôt? » n’auront plus leur place dans les tribunaux civils.
De plus, des victimes de violences sexuelles pourront porter plainte et obtenir des réparations, même des décennies après les événements.
« Le mot justice a enfin trouvé un sens », a pour sa part laissé tomber Annick Charette durant son discours.
« Nous ne baisserons plus jamais la tête. Celui qui devrait le faire, de honte, n’est pas ici », a-t-elle ajouté, devant le regard ému d’Anne-Marie Charette, une de ses « sœurs de combat ».
« Aujourd’hui, la honte a changé de camp », a déclaré la comédienne Patricia Tulasne, en référence au célèbre slogan popularisé dans la foulée de l’affaire Pelicot.
« C’est bittersweet », a quant à elle laissé tomber Anne-Marie Charette en entrevue avec URBANIA. « Je suis contente, puis en même temps, je suis un peu déçue des montants. Pas parce qu’on voulait des sous, comme on l’a dit, mais parce qu’à mon avis, [Gilbert Rozon] n’est pas assez puni. Il ne sera jamais assez puni. […] Mais c’est une victoire pour nous, c’est sûr. »
Me Bruce Johnston a abondé en ce sens. « Ils sont décevants, ces montants-là. Comment ça se fait que pour diffamation, tu peux avoir un million de dollars en dommages, mais pour un viol qui déraille complètement une vie, c’est 100 000 $ ? »
Martine Roy, elle, a mentionné avoir encore « le cœur dans la gorge ». Toute cette histoire a été « super dure » pour elle, a-t-elle confié, et l’a coupée de certains membres de sa famille. Mais elle s’est réjouie des pas en avant effectués aujourd’hui. « Je me sens debout avec plus de paix, plus de force et la certitude que nos voix comptent. On avance ensemble. »
Cette victoire des Courageuses clôt donc un chapitre qui aura duré des décennies, marqué par le « silence », la « honte » et la « culpabilité ».
Les Courageuses espèrent maintenant que leur victoire donnera le courage à d’autres victimes de dénoncer leur agresseur.
.png.webp)
.png.webp)
.jpg.webp)