.gif.webp)
Ces chats de nos amants, ces vieux chats qui nous laissent entrer dans leurs territoires. Ces chats fiers, jaloux et possessifs, ces chats griffés. Ces chats qui nous reniflent avec dédain. Ces chats qui ronronnent, qui te donnent ta chance. Ces chats qui te fixent en train de faire l’amour, ces chats anti-aphrodisiaques. Je pense à eux parfois, que sont-ils devenus, se sont-ils amadoués avec l’âge, sont-ils toujours aussi farouches avec le premier venu?
Et que pensent-ils de ce va-et-vient, s’attachent-ils aux amants de leurs maîtresses? Se réveillent-ils la nuit en se demandant, mais où est passé le grand basané? Où est le petit trapu qui sent la pluie? Le barbu qui sentait l’herbe fraîche? Peut-être sommes-nous devenus que de vieux fantômes dans leurs mémoires, de vieux souvenirs qu’ils enterrent dans leurs litières.
Lui seul peut pétrir de ses griffes un cœur amoché. Je le surnomme le boulanger : il sait user de ses pattes, il malaxe ma peau, avec toute la délicatesse du monde malgré les rasoirs acérés qui lui servent de griffes. Il me sait fragile, il me couve comme une portée, il me berce de son bourdonnement, il me dit qu’une vie de perdue, c’est huit de retrouvées. Son odeur de croquettes se mêle à mon odeur d’aisselles. Il ne me juge pas, même à mon 9e épisode Netflix en rafale, même si mon hygiène est douteuse, même si j’ai l’air d’un animal blessé, il ne me juge pas. Par solidarité, il dormira des heures et des heures avec moi, délaissant son spot préféré pour mon lit. Sa fourrure me servira de doudou, comme celle qui rappelle l’enfance et les doux automnes.
On sent de moins en moins le whiskas, on atterrit sur nos pattes, et c’est un peu grâce à lui. On tombe amoureux, d’autres chats entrent dans nos vies. On appréhende le moment de leur rencontre comme on redoute le premier souper chez la belle famille. Et si son chat ne m’aime pas? Et s’il griffe mon visage en guise de protestation, et s’il urine sur mon manteau la nuit? Et s’il me trouve repoussant? Devrais-je lui faire une offrande? Du catnip? Une conserve aux fruits de mer? Est-il allergique aux poissons? On essaie de la jouer cool, mais c’est le chat qui décide. Lentement, il faut gagner son cœur, à lui et à elle.
Et là, sans crier gare, le chat vous saute dessus, vous reconnaît, se laisse flatter, vous donne sa bénédiction, son aval. Il semble quand même viser du regard votre jugulaire en vous miaulant : « fais gaffe, ne joue pas au chacal, je te watch, n’oublie pas que mes ancêtres sont des lions ». Mignon, on prend le risque de le prendre en photo, il devient le fond d’écran de notre cellulaire, ses poils s’accrochent dans tous nos chandails et il devient un peu nôtre. Je me rappelle de tous les chats de mes amoureuses, je me souviens de toutes vos petites faces moustachues, vos manies, vos excès, votre douceur, votre amour. Je me souviens de tous vos drôles de prénoms, et je n’oublie pas que vous êtes partis intégrantes des grandes et des petites histoires d’amour.
Pour lire un autre article d’Hamza Abouelouafaa: « Bienvenue à Enfant-ville ».