Les cadavres de mon pays

AVERTISSEMENT : Ce billet présente des images terriblement dérangeantes pouvant heurter la sensibilité de plusieurs lecteurs.

La crâne défoncé à coup de batte de baseball.

Les yeux crevés par des balles de magnum.

Le visage défiguré d’un jeune homme retrouvé pendu à un arbre au petit matin.

Bienvenue chez mes grands-parents.

Je suis à moitié Mexicain.  En fait, mon père Agustin Diaz-Romero, un mexicain pure laine d’Acapulco, a connu ma mère québécoise à la fin des années ’70.
Et en ’70, tout était beau.  C’était l’époque du Acapulco Gold, des plages de touristes qui se la coulaient douce sous le soleil chaud, des boîtes de nuit mexicaines où les ginos arborant l’affro se déhanchaient sur le dernier succès des Bee Gees en se prenant pour des John Travolta bronzés amateurs de cerveza.  Le Mexique de mon enfance.  Celui de l’époque dorée de L’Idole d’Acapulco avec Elvis Presley, du temps où l’endroit était encore le paradis des vacanciers, des soirées passées à manger des crèmes glacées à la lime en regardant les plongeurs de la Quebrada se lancer dans le vide.

Tout ça est mort.

Mon Acapulco n’existe plus.

 
“Regarde ça!  17 cadavres de policiers empilés dans un camion!”

Le constat est d’abord venu de mon père, revenant de visiter sa mère la semaine dernière avec une pile de journaux rapportés de chez lui.  Faisant rage depuis plusieurs mois, la guerre entre les autorités locales et les traffiquants de narcotiques s’est maintenant déplacée jusque dans la rue.  Un affrontement musclé à l’arme blanche, aux explosifs et au pistolet qui fait Pow-Pow en plein centre-ville qui a transformé la ville de mon enfance en charnier à ciel ouvert.

“Chaque matin, ils découvrent des têtes de policiers coupées et emballées dans des sacs!”, de raconter mon père de son fort accent latino, visiblement déçu de retrouver son patelin déchiré par la violence.

Suffit de feuilleter la revue Alarma! du 15 juin, sorte d’Allo Police version full contact, pour constater à quel point le vieux pays s’est transformé en terrain de Paintball géant.

En page couverture : le cadavre d’un homme le crâne enfoncé par une balle appuyant le gros titre “17 muertos en miniguerra!”

En pages 4 et 5 : les juteuses et troublantes photos de policiers en civils retrouvés déchiquetés par un affrontement au bazooka.

Et le carnage continue.

À la veille d’élections législative au Mexique, à l’heure où les politiciens s’associent aux narcos sous peur de subir leurs représailles, où des brigades policières saisissent des cargaisons de requins remplis de cocaine et où les touristes ont presque complètement abandonné Acapulco sous peur de se faire attaquer dans les autobus publics, le Pentagone Américain a dressé sa liste des deux pays qui menacent actuellement la sécurité américaine : le Pakistan et…  le Mexique.

La Bamba est terminée.

Les bouteilles de cervezas sont à sec.

Le Mexique de mon enfance est mort.

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